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Billet de blog 8 oct. 2021

Les Pandora papers dans les médias, de l'écran plat à l'écran de fumée

Le non traitement médiatique des Pandora papers, cette enquête révélant des milliers de milliards de capitaux planqués dans des paradis fiscaux, ne fait qu'ajouter à l'ignominie de l'affaire. C'est aussi un révélateur, celui d'une presse aux ordres d'une oligarchie financière, dont il faut préserver à tout prix l'impunité.

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Contrairement aux fraudeurs de la CAF, qui sont régulièrement l'objet de tous les fantasmes, le scandale des Pandora Papers, qui fait état d'une somme astronomique planquée dans les paradis fiscaux, est relayée au rang de fait divers. Tout juste a-t-elle fait l'ouverture des JT.

Pourtant, d'habitude si prompts à dénoncer les horribles méfaits des pauvres, naturellement portés vers la vénalité, politiques et médias sont restés muets sur ce qu'on a coutume d'appeler "affaire". Pourtant, d'affaire, il n'y a que le nom. L'enquête qui a révélé cette fuite massive de capitaux parle de 13 300 000 000 000 de dollars. Ce qu'il faudrait pour éponger la dette. L'équivalent des PIB de l'Allemagne, de la France et de la Russie réunis. Pour bien comprendre cette somme, qui échappe à l'entendement des gens raisonnables, 2% de cette somme permettrait d'éradiquer la faim dans le monde sous dix ans...  À ce niveau, il s'agit bien d'un crime.

Pourtant, ce crime demeure non seulement impuni, car ce n'est qu'une énième affaire d'évasion fiscale massive (liste des scandales financiers récents), mais n'est pas dénoncée par ceux qui sont censés le faire. Les grands journaux n'ont ont que très rarement fait la une. Pour deux raisons.

Parce que l'évasion fiscale est considérée comme une donnée du logiciel capitaliste, une "fatalité", pour laquelle on ne peut pas grand chose. La relative indifférence de l'opinion publique (qui contraste furieusement avec son indignation vis à vis des fraudeurs de la CAF) le confirme.

Parce que le système médiatique dépend directement des oligarques qui profitent de ce même logiciel. La presse française est championne en matière de relation toxique au Capital. RSF en dénonce régulièrement les travers, reléguant la France à la 34e place, en terme de liberté de la presse. Elle pointe notamment "la concentration verticale des médias, autrement dit leur intégration à des groupes ayant des intérêts dans d’autres secteurs de l’économie", situation nourrissant  "les conflits d’intérêts" et le "climat de défiance". Mais ce que nourrit surtout cette situation, c'est l'autocensure, la mise à l'écart de sujets pouvant nuire aux intérêts des financeurs de presse. On comprendra le silence assourdissant de la presse (à quelques exceptions près) quand aux Pandora papers.

Le pauvre, coupable fabriqué

Pour préserver les intérêts financiers des puissants, la fabrication de coupables désignés prend tout son sens. Le coupable idéal, c'est le pauvre, et s'il est musulman, c'est encore mieux. Si nous sommes en déficit, ce n'est pas à cause de l'évasion fiscale, qui pourrait l'éponger intégralement, non, c'est à cause du  petit fraudeur. Vous n'en êtes pas convaincu? Il suffit aux chaînes d'info d'en parler tous les jours. La télévision ne reflète pas l'opinion publique, elle la fabrique. Parlez de pauvres et d'islam toute la journée, ils deviendront le centre de l'attention. Bourdieu a étudié ce genre de rouages à travers le prisme du sondage: "une des propriétés des sondages consiste à poser aux gens des problèmes qu’ils ne se posent pas, à faire glisser des réponses à des problèmes qu’ils n’ont pas posés, donc à imposer des réponses". La fabrication du coupable désigné de la crise économique, le pauvre, permet d'éclipser tous les autres. En agitant le fantasme du pauvre profiteur, la presse donne l'illusion que le pauvre n'est pauvre qu'à cause d'autres pauvres. Ya pas à dire: le système est bien foutu.

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