L'origine d'immondes

L'immonde, l'infâme, semblent satisfaire, jour après jour, l'oeil gourmand de milliers de spectateurs, à la télévision, comme dans la rue. Cette émotion vulgaire qui bannit toute pensée rationnelle du langage.

C'est fou, chaque jour. Chaque jour, un étron verbal émane de quelques bouches médiatiques et politiques. Une sorte de complaisance scatologique dans la provocation crasse, le discours xénophobe, la pensée réactionnaire la plus vile et la plus simpliste. L'émotion vulgaire. La haine gratuite. Une sotte flatterie des bas instincts, qui mériterait l'indifférence mais qui est trop obscène pour qu'on reste de marbre.

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En parcourant, ces dernières semaines, les actualités, toutes portées, comme autant d'instruments, vers l'harmonie dissonante de la haine, je lisais le fruit de cet entretien, entre un journaliste et Eric Zemmour, lequel disait: "être français, c'est porter un nom français". Un homme dont le prénom est d'origine scandinave, le nom d'origine nord-africaine, et le physique d'origine disgracieuse, ose donc donner des leçons d'origine française, tout comme le font les chantres de la souche française, dans une langue de Molière littéralement violée. C'est donc ça, le paradoxe de la France réac, d'être la moins française? Loin de vouloir m'attarder aux grossièretés de cet homme, qui porte, comme Ménard, Finkielkraut, et bien d'autres intellectuels médiocres, l'étendard du nationalisme cynique, je contemple, avec le gai désespoir qui m'anime sans cesse, l'étendue illimitée du cynisme de l'homme. Romain Gary résumait le nationalisme honteux de la sorte: "le patriotisme, c'est l'amour des siens; le nationalisme, c'est la haine des autres". Voici comment résumer la pensée réactionnaire qui cancérise nos sociétés, et qui accompagne inéluctablement l'individu moderne, dont l'égoïsme forcené passe pour une force, dans le culte capitaliste. 

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Maintenant, nous avons le choix. A nous de saisir la chance de ne pas tomber dans le précipice de l'évolution humaine, éteindre la télévision, changer d'air (et d'ère), rester sourd aux appels d'air d'une éditocratie flattant les bas instincts, et muet aux tentatives honteuses de l'obscénité xénophobe. Et raisonner. Penser. Réfléchir. S'interroger. La posture philosophe est plus que jamais nécessaire pour ne pas aggraver le délitement moral que subissent de plein fouet nos sociétés. Non, il ne s'agit pas d'avoir la prétention de se penser meilleur que ces gens-là, quoi qu'il ne serait pas très difficile d'atteindre cet objectif. Il s'agit simplement d'accepter notre condition tragique, sans pour autant y apporter de l'obscène. Vivre sans haine, ce n'est ni bien pensant (sinon tout le monde suivrait ce précepte), ni facile, mais simplement salutaire. Oscar Wilde, énonçait, dans un élan de lucidité: "nous sommes tous dans le caniveau, mais certains regardent les étoiles". Au lieu de contempler le caniveau, comme le font les usurpateurs de la Nation, contemplons, comme Oscar, les étoiles, qui nous rappellent chaque jour ce que nous sommes: pas grand chose, et tous semblables.

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