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Billet de blog 25 janv. 2022

Entre maltraitances et dividendes, Orpea n'a pas hésité

La sortie du livre de Victor Castanet « Les fossoyeurs » publié chez Fayard, rouvre le débat de la façon dont nos sociétés traitent les plus vulnérables, ici les personnes âgées. A travers cette question, c'est aussi celle des financements publics au sein de structures privées qui cherchent prioritairement la profitabilité.

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La sortie du livre de Victor Castanet "Les fossoyeurs" publié chez Fayard, rouvre le débat de la façon dont nos sociétés traitent les plus vulnérables, ici les personnes âgées. Le groupe privé Orpea mis en cause, se défend. Jamais le groupe ne traiterait leurs résidents d'une façon aussi indécente. 

Ce sont certains des salariés des résidences d'Orpea qui, avec Victor Castanet ont permis de rendre public, à travers leurs témoignages, les conditions indignes dans lesquelles travaillent les salarié-e-s et vivent  les patients et les résidents dont certains dont certains d'entre eux sont particulièrement vulnérables en raison de leurs pathologies.

Dans son communiqué de presse du lundi 24 janvier, le groupe privé indique : "(...) ORPEA exerce son activité dans un secteur qui fait l’objet de règlementations strictes et de contrôles réguliers par les autorités publiques. Il n’aurait évidemment pas été en mesure d’assurer son développement en France et à l’international s’il ne respectait pas scrupuleusement les obligations qui sont les siennes."

Dès lors, je me pose la question : quels sont les modalités de contrôle effectués par les "autorités publiques" ? Comment et à quelles fréquences s'exercent-ils ? Car le groupe Orpea bénéficie de fincancements publics et on espère qu'en effet, la façon dont est dépensé cet argent public est contrôlé... on espère.

Car est-on certain que ces financement publics dans une institution privée soit réellement dépensés selon une éthique à but non lucrative, c'est à dire qu'ils ne permettent pas l'enrichissement de la société privée que l'Etat, à travers les impôts, subventionne. En effet, si Orpea dévisse depuis hier en Bourse suite à la sortie du livre de Victor Castanet, le bilan 2020 du groupe a été plutôt florissant :

"Au cours des six premiers mois de l'année, le groupe a dégagé un bénéfice net de 102 millions d'euros, contre 73 millions d'euros au premier semestre 2020. Le groupe a confirmé qu'il visait une croissance de plus de 7,5% de son chiffre d'affaires annuel par rapport à 2020, à plus de 4.215 millions d'euros (...) Ces objectifs tiennent compte d'une série d'acquisition annoncées fin juin en Irlande, en Suisse et en Espagne. "En termes de développements organiques, Orpea dispose d'un réservoir de croissance record de plus de 26.000 lits en construction, dont plus de 4.000 auront ouvert sur 2021", a indiqué la société dans un communiqué." (1)

Avec le vieillissement de la population dans les pays européens, le secteur des Ephad est en plein développement et l'investissement semble intéressant, financièrement parlant. (2) Nous sommes donc dans un business. Crée par un médecin, le Dr Jean-Claude Marian, en 1989, le fondateur d'Orpea est la 245ème fortune de France avec 400 millions d'euros en 2021. (2) 

"Malgré les acquisitions massives réalisées l’an passé - le nombre de lits exploités est passé de 68 000 à 77000 en un an -, l’exploitant de maisons de retraite a maintenu sa marge d’exploitation, à 16,7%. Les dirigeants promettent que croissance et profitabilité seront encore au rendez-vous cette année. En signe de confiance, ils augmentent le dividende, qui passe de 0,90 à 1 euro par action." (3)

Par ailleurs, Jean-Claude Marian, le président et fondateur d’Orpea (en 1989) quitte ses fonctions à 78 ans pour se consacrer à sa vie privée. Le docteur Marian laisse derrière lui un bilan exceptionnel. En vingt ans, le nombre de lits a été multiplié par quinze." (4)

La croissance, la rentabilité et la profitabilité n'ont à ce point pas de limites qu'elles mènent à la maltraitance des vieux qui pourtant paient à prix d'or, avec l'aide de l'Etat leur place. Et avec la privatisation de la psychiatrisation -voir le groupe Korian avec Inicéa par exemple-. Ce n'est qu'un début. Les plus vulnérables, les invisibles, sont déshumanisés et c'est le dividende qui devient LE référent indispensable, un quasi personnage sacré qu'il faut protéger, faire croître pour s'en partager les fruits entre membres d'une même caste. Un, cent ou mille vieux, malades, personnes vulnérables, ne valent rien face aux dividendes et aux actionnaires de ces sociétés qui ne s'intéressent absolument pas à leurs résidents et aux salariés précarisés et sous-payés qu'ils emploient mais à l'argent que ceux-ci leur ramènent et qui nourriront leurs futurs investissements.

A plus de 80 ans, le Dr J-C Marian n'envisage pas de vieillir en Ehpad. C'est dommage, on pourrait lui conseiller celui de Neuilly, sur les bords de Seine, Orpea jure qu'on y est bien traité. Allez, chiche Jean-Claude ! Tout va bien se passer.

1) Source : https://investir.lesechos.fr/actions/actualites/orpea-confirme-ses-objectifs-pour-2021-apres-un-benefice-superieur-aux-attentes-au-s1-1980938.php

(2)Voir notamment : https://www.ehpad.com/les-bonnes-raisons-dinvestir-avec-orpea/

(3) Source : https://www.challenges.fr/classements/fortune/jean-claude-marian-et-sa-famille_1409

4) Source : Le Revenu, le 29 mars 2017 : https://www.lerevenu.com/bourse/valeurs-en-vue/orpea-jean-claude-marian-part-la-retraite-sur-un-bilan-exceptionnel

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