Nous sommes le 4 juin 2017.

 

Aujourd’hui c’est la journée Internationale des enfants victimes d’agression (mise en place par l’ONU depuis 1982).

 

Et avec Lyes Louffok, Membre du Conseil National de la Protection de l’Enfance, nous attendons… Comme chaque année, nous attendons que la lutte contre les violences faites aux enfants soit enfin une priorité des pouvoirs publics, qu’elle soit déclarée Grande Cause Nationale, qu’elle soit reconnue comme un problème majeur et urgent de santé publique, que des mesures ambitieuses et un effort exceptionnel en terme de moyens humains et financiers soient mis en place, que le président de la République et les membres de son gouvernement s’engagent à une mobilisation sans précédent pour protéger chaque enfant vivant en France et en Outre-Mer de toute forme de violence, et pour respecter les droits de chaque enfant victime de violence à être protégé, soigné, soutenu, aidé et accompagné pour obtenir justice et réparations, et pour que sa santé, son développement et son avenir soient préservés.

 

Pourtant les enfants ne peuvent pas attendre… pour paraphraser l’ouvrage de l’UNICEF auquel j’ai participé paru en janvier 2016 à l’occasion de l’audition de la France par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, ils sont ce qu’il y a de plus précieux, ils sont l’avenir, la richesse de notre démocratie, mais ils sont en devenir, particulièrement vulnérables et dépendants des adultes et les protéger de toute injustice, de toute domination et de toute discrimination, de toute atteinte à leur intégrité physique et mentale, et de toute atteinte à leur dignité est un impératif humain qui est au coeur de nos valeurs les plus universelles.

 

Et pourtant nous attendons… Si les années 2016 et début 2017 nous avaient donné espoir avec la nouvelle loi de protection de l’enfance centrée à nouveau sur l’intérêt supérieur de l’enfant, la création du Conseil Nationale de la Protection de l’Enfance, et le 1er plan de lutte et de mobilisation contre les violences faites aux enfants (abordant enfin la nécessité de prendre en charge les conséquences psychotaumatiques sur la santé des enfants victimes de violences et d’autres traumatismes, et la promotion d'une éducation sans violence) mis en place par Laurence Rossignol, ministre des Famille, de l’Enfance et des Droits des Femmes, le nouveau gouvernement en supprimant le ministère de l’enfance, des familles et des Droits des Femmes, ainsi que le secrétariat d’État à l’Aide aux Victimes, en ne nous donnant aucune garantie sur sa volonté de se préoccuper en priorité des droits des enfants, de la lutte contre toutes les formes de  violences, y compris la violence éducative et les châtiments corporels, et de l’amélioration de la prise en charge des enfants victimes que ce soit au niveau sanitaire, social et judiciaire, ni sur l’application du 1er plan de lutte et de mobilisation contre les violences faites aux enfants, nous préoccupe. Ce sont autant de mauvais signaux qui montrent à quel point, protéger les enfants de toute forme de violence, ne semble pas une priorité pour ce nouveau gouvernement.

 

Et nous attendons… Mais à l’évidence nous rêvons, rien ne vient…

 

Et les enfants peuvent bien attendre… toujours pour paraphraser l’ouvrage de l’UNICEF de 2016.

 

Or non, ils ne peuvent en aucun cas attendre, cela représente pour eux une effroyable perte de chance, un risque vital, une révoltante injustice, un scandale de Santé Publique.

 

Puisqu’il faut le rappeler encore et encore, comme nous l’avons déjà fait dans notre Manifeste Stop aux Violences Faites aux Enfants lancé en mars 2017 qui est co-signé par 25 associations, de nombreuses personnalités et 27 700 personnes, et dans notre lettre ouverte à M. le Président de la République :

 

Les violences faites aux enfants sont de graves atteintes à leur intégrité physique et mentale, ainsi qu’à leurs droits. L'exposition précoce à la violence a été reconnue par la communauté scientifique internationale comme la principale cause de mortalité précoce et de morbidité à l’âge adulte. Il s’agit d’une urgence humaine et sociale, et c’est un problème majeur de santé publique.

 

Fréquentes et répandues dans tous les milieux, les violences sont avant tout commises par des personnes censées protéger les enfants. Elles s’exercent dans le cadre de rapports d’inégalité, de privilège et de domination des hommes sur les femmes et les filles, des adultes sur les enfants. Plus les enfants sont vulnérables et en situation de handicap et de discrimination, plus ils subissent de violences. Les enfants sont les principales victimes de violences sexuelles, les filles bien plus que les garçons : 81% des violences sexuelles débutent avant 18 ans, 51% avant 11 ans, 21% avant 6 ans (Enquête IVSEA, 2015). 

 

Dans le monde, un enfant sur quatre a subi des violences physiques, une fille sur cinq et un garçon sur treize des violences sexuelles, un enfant sur trois des violences psychologiques (Enquête Hillis citée par l’OMS 2016 voir page OMS-ACE). En France, nous avons très peu de chiffres et pas d’enquête de victimation directe auprès des enfants, mais à partir de celles faites auprès d’adultes qui rapportent les violences subies dans leur enfance, on peut estimer que chaque année, plus de 124 000 filles et 30 000 garçons subissent des viols ou des tentatives de viols (CSF 2008, CVS INSEE-ONDRP 2012-2015), 140 000 enfants sont exposés à des violences conjugales (CVS INSEE-ONDRP 2012-2015), et au moins 300 enfants sont tués (environ 100 homicides d’enfants de moins de 15 ans sont rapportés chaque année par la police et la gendarmerie et au moins 200 décès inexpliqués d’enfants de moins de 1 an seraient en réalité des homicides, Turz, 2010) voir page CHIFFRES.

 

Destructrices et traumatisantes, les violences ont de très lourdes répercussions sur la vie, le développement, le comportement, la scolarité et la santé des enfants avec des atteintes physiques, psychiques et neurologiques, endocriniennes et immunitaires et même génétiques qui risquent de les impacter dès leur vie foetale (violences lors de la grossesse), à leur naissance, et tout au long de leur vie. Le cerveau des enfants est très vulnérable aux violences et au stress extrême. (voir page violences faites aux enfants)

 

La très grande majorité des enfants victimes de violences ne sont jamais protégés, ni reconnus (c’est le cas pour 83% des enfants victimes de violences sexuelles, IVSEA, 2015). Ils n’ont que rarement accès à la justice et à des réparations. Leurs traumatismes psychiques à l’origine des très lourdes conséquences sur leurdéveloppement psycho-moteurs et cognitif, leurs comportements et leur santé à long terme, ne sont presque jamais pris en charge. 

 

Ces enfants en danger sont condamnés à survivre seuls aux violences ainsi qu’à leursconséquences psychotraumatiques, et plus particulièrement à une mémoire traumatique qui leur fait revivre à l’identique les pires moments comme une torture sans fin. Afin d’échapper à cette souffrance intolérable, les enfants mettent en place, tout au long de leur vie, des stratégies de survie hors norme pour s’anesthésier émotionnellement (ce sont des conduites dissociantescomme des addictions à l’alcool ou la drogue, des mises en danger, des troubles alimentaires, etc.). Ces stratégies qui sont des tentatives désespérées d’auto-traitement sont très préjudiciables pour leur santé, et leur vie qualité de vie, elles aggravent leur vulnérabilité et le risque de subir de nouvelles violences, elles sont rarement rapportés aux violences par les professionnels de la santé, et elles leur sont très injustement reprochées.

 

AVOIR SUBI DES VIOLENCES DANS L’ENFANCE :

  • est la principale cause de décès précoces à l’âge adulte, 
  • le déterminant principal de la santé 50 ans après, 
  • et peut faire perdre 20 ans d’espérance de vie, 

comme l’ont démontré de grandes études épidémiologiques internationales sur les ACE depuis 1998  (Adverse Childhood Experience, les expériences négatives de l’enfance : Felitti et Anda, 1998, 2010, Hillis, 2016, Brown, 2009), voir page OMS-ACE.

 

Ces études révèlent que les principaux facteurs de risque pour la santé et les principales maladies mentales et physiques à l’âge adulte ont de très forts liens avec des violences subies dans l’enfance (Fulu, 2017). Ce risque est gradué en fonction de la gravité des violences et de leur nombre.

 

De très forts liens sont également retrouvés avec de nombreux troubles psychiatriques, cardio-vasculaires, endocriniens et gynécologiques, avec des maladies auto-immunes et neurologiques, des infections sexuellement transmissibles, des cancers, des ostéo-arthrites, des douleurs chroniques, etc. 

 

Pour ces enfants cette absence de protection et de prise en charge est une lourde perte de chance en termes de santé, de développement, de vie affective, de scolarité, d’insertion sociale et professionnelle, elles aggravent les inégalités et mettent en danger la cohésion sociale.Cette perte de chance est d’autant plus scandaleuse que les soins sont efficaces et permettent d’éviter la répétition des violences et la plupart des conséquences à long terme. 

 

Sortir du déni, protéger et soigner ces enfants est un impératif humain absolu et une urgence de santé publique et nécessite une volonté politique forte.

 

 

Quand verrons-nous cette volonté en marche ?

 

Dre Muriel Salmona

Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

Lyes Louffok

Membre du Conseil National de la Protection de l’Enfance, auteur de "Dans l'enfer des foyers"

 

 

Pour signer le Manifeste de l'association Mémoire

Traumatique et Victimologie et soutenir ses 10 actions cliquez

ICI

25 associations et de nombreuses personnalité en sont cosignataires

et la pétition de soutien a recueilli plus de 27 600

signatures

http://www.mesopinions.com/petition/politique/manifeste-stopaux-

 

violences-aux-enfants/28367

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