Douce France

Douce France, que n'es-tu un peu moins rude avec ces jeunes désœuvrés qui fuient les guerres là-bas chez eux où ils vivaient leur vie comme se vit la vie chez eux. Et qui n'en veulent point à la France, quand-bien même savent-ils tous que ce sont – en bonne partie - les bombes françaises qui ont détruit leurs chez eux.

Douce France

Douce France, que n'es-tu un peu moins rude avec ces jeunes désœuvrés qui fuient les guerres là-bas chez eux où ils vivaient leur vie comme se vit la vie chez eux. Et qui n'en veulent point à la France, quand-bien même savent-ils tous que ce sont – en bonne partie - les bombes françaises qui ont détruit leurs chez eux. Avec souvent des enfants qui dormaient tranquillement dans leur sommeil et leurs rêves de petits d'hommes. Ou des enfants qui révisaient leurs leçons. Ou bien qui jouaient aux osselets joyeusement entre frères et sœurs...
Et que nos jolies bombes ont transformés en cendres.
Et ces jeunes-là, devraient-ils penser que la France est méchante ?
Ou simplement que nos bons gouvernements se doivent d'être bienveillants avec des dirigeants certes un peu ou beaucoup dictateurs mais bon, on sait bien que ces peuplades sont encore trop mineurs pour accéder à la belle démocratie occidentale que nous héritons de nos grands penseurs des siècles de lumière du temps où ces bons sauvages étaient aussi sauvages qu'ils le sont encore.
Ou tout simplement nos dirigeants ne peuvent-ils rien refuser à ces bons musulmans de pauvres Saoudiens qui croulent sous leurs milliards de dollars à n'en savoir que faire, et alors pourquoi pas une jolie petite guerre pour anéantir des Yéménites arriérés comme aux temps de la Reine Saba... euh... même si on leur doit d'être les premiers hommes à avoir inventé l'irrigation en relief, les barrages et tout et tout. A moins que, comme dans Stargate pour l'Egypte, ce ne soient encore ces champions d'Américains du futur qui seraient revenus de leur futur pour leur enseigner tout cela que nos ancêtres à nous autres ne pouvaient même en imaginer le bout du bout du bout.

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Bref, on ne peut pas dire, n'est-ce pas, que la France aurait une quelconque animosité envers quelque peuplade arriérée qui aurait mérité une nouvelle colonisation. Non, c'est juste que ce sont les autres qui nous réclament avec un fort enthousiasme nos armes si avancées technologiquement et si compétitives. Et que ça soit dit au passage à l'intention de cet écrivaillon qui se prétend le cœur à gauche et qui vient nous donner des leçons alors qu'il est censé se rappeler que la France avait bien été généreuse de lui ouvrir les bras dans sa jeunesse lointaine, que cet ingrat sache que nos bombes donnent du travail à nos bons ouvriers français.Et si elles déversent leur terreur... euh... si elles prouvent leur pleine efficacité, là-bas où ces jeunes vivaient, eh bien ils n'avaient qu'à faire attention à ne pas se retrouver dans la direction de nos bombes.
Et ces même jeunes qui, soi-disant terrorisés tels des troupeaux de gnous fuyant les meutes de loups dont nous sommes, ont honteusement déserté leur pays pour venir nous poser tant de problèmes jusque chez nous, à nous obliger à sans cesse serrer les vis de nos lois démocratiquement votées, ces jeunes qui sont partie en errance sur des routes implacables où d'autres prédateurs les attendaient pour encore en manger, est-ce notre faute si nous ne pouvons pas recevoir toute la misère du monde, même si « toute la misère du monde », qui se déverse dangereusement sur notre belle Europe et sur notre belle France, ne représentent en vérité que 5% des réfugiés du monde. 
Je rentre à la maison, ma chère douce France, toi qui ne sais plus que tu nous mènes droit dans le mur...
En tout cas, je laisse Calais à sa jungle, et la jungle à Calais. 
- Je m'en vais avec le souvenir du tendre Meçay qui m'a guidé partout dans ce capharnaüm sans queue ni tête, entre Nigérians, Ethiopians, Soudanais, Yéménites, Afghans,Iraniens et les autres...
- Je m'en vais avec Bijou dans mon cœur, et tout le petit peuple du Blue's Café.
- Je m'en vais surtout avec l'immense amour de ces a-i-mants éternels qui m'ont accueilli comme un des leurs.
- je m'en vais avec le souvenir émouvant de ces trois parties de jeu de dames avec ce jeune nigérian en plein milieu de la jungle. Je garde en moi son regard quand il a parlé de ces salopards de Libyens, en me disant d'une voix qui tient entre dignité et peur: Eux ils jouent pas, pour un rien c'est paf! et il m'a tiré une balle en pleine tête de son pistolet virtuel...
- Je m'en vais avec la douleur du souvenir de ce que les hommes font aux hommes, comme pour assouvir quelque haine originelle...

PS : Cela ne s'invente pas: Calais, Jungle des migrants, rue des huttes.

(MK, écrit au Channel de Calais, car dans les pires tourments, seul l'art reste vrai)

 

 

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