E3C: Chronique d’une catastrophe annoncée

Depuis mi-janvier les lycéens sont amenés à passer les premières épreuves d’E3C (Épreuves Communes de contrôle Continu). La résistance qui s’exprime contre les réformes Blanquer est non seulement légitime mais également salutaire. Elle pose le seul et vrai problème de ces épreuves : la disparition pure et simple du principe d’égalité.

Depuis désormais la mi-janvier les lycéens sont amenés partout en France à passer les premières épreuves d’E3C ( Épreuves Communes de contrôle Continu, ces nouvelles épreuves s’étalent sur trois périodes : deux sessions au 2e et 3e trimestre de la classe de première, et une session au 3e trimestre de la classe de terminale ). Partout en France, mais pas en même temps et surtout pas dans les mêmes conditions, c’est le moins qu’on puisse dire !

Rien d’étonnant à ce que ces épreuves aient été perturbées dans de nombreux établissements quoiqu’en dise le ministre Blanquer. Et ce n’est pas parce que personnels enseignants, parents d’élèves et élèves se sont mobilisés pour faire reporter ces épreuves qu’il y a eu perturbation mais parce que ces dernières se sont déroulées, se déroulent et on peut d’ores et déjà l’affirmer, se dérouleront, dans des conditions indignes d’épreuves entrant en compte pour le baccalauréat.

Revenons donc sur la forme et le fond.

C’était déjà mal parti pour les sujets eux mêmes, en ligne tardivement sur une plateforme dédiée. Comme un trimestre s’est à peine écoulé, les professeur-e-s font part rapidement de leur perplexité quant à la pertinence des sujets. De plus ils ne semblent pas adaptés aux filières technologiques dont les heures d’enseignements sont moins importantes en Histoire Géographie par exemple, que pour les filières générales.

Peu importe, les épreuves doivent commencer en janvier et s’étaler dans le temps, les chefs d’établissement ayant carte blanche pour organiser ces épreuves. Peu importe encore l’impréparation, les conditions différentes d’un lycée à l’autre tant pour passer ces épreuves, les surveiller ou les corriger !

Très vite et à juste titre enseignant-e-s mais aussi élèves et parents s’insurgent contre les conditions dans lesquelles les E3C se passent : les sujets et plus tard les corrigés circulent sur les réseaux sociaux, les élèves passent des épreuves sans aménagement propres au Bac (ce qui conduit à des tricheries, c’est de bonne guerre), pire encore des proviseurs et des inspecteurs divulguent les thèmes des sujets posés !

Tout cela le ministre le sait. Mais JM Blanquer continue à tenir des propos lénifiants sur « tout va très bien », expliquant sans rire que les EC3 « se déroulent dans de bonnes conditions ». Or on a atteint l’apothéose, la semaine du 3 au 8 février, avec, dans certains lycées, l’intervention des forces de l’ordre, CRS et gendarmes mobiles, organisant l’entrée des élèves dans leur propre établissement!

La réponse à ces épreuves dont l’impréparation et les conditions injustes dans lesquelles elles se sont déroulées ne sont plus à démontrer, c’est la répression : menaces de zéro pour les élèves ayant boycottés les épreuves, garde à vue, menaces de sanctions disciplinaires pour les enseignant-e-s, présence des forces de l’ordre et des équipes « sécurité du rectorat », du jamais vu pour ma part dans l’éducation nationale depuis que j’enseigne.

Un comble, un paradoxe au sein d’un lieu, l’école, censé incarner le savoir, les connaissances et au delà l’émancipation. A l’esprit critique d’élèves remettant en cause la légitimité de ces épreuves, JM Blanquer a répondu par la brutalité, l’arrogance et le mépris. Nos hiérarchies intermédiaires n’ont pas agi de meilleure manière justifiant tout et n’importe quoi, allant jusqu’à affirmer que comme ces examens concernent du contrôle continu ça n’était pas grave de renseigner les élèves sur les épreuves qu’ils auraient à affronter! On aura été très loin dans la mauvaise foi, la malhonnêteté intellectuelle et l’absurde.

Or la résistance qui s’exprime sur les établissements contre les réforme Blanquer et en particulier contre la mise en place de ces épreuves de contrôle continu, sont non seulement légitimes mais également salutaires.

Elle pose le seul et vrai problème de ces épreuves : la disparition pure et simple du principe d’égalité. Ce n’est pas le résultat d’un dégât collatéral de la réforme du bac mais bien une position assumée tant du ministre de l’éducation que du pouvoir Macron-philippe. L’introduction du contrôle continu n’a qu’une fonction, briser le caractère national du baccalauréat. Depuis l’instauration de Parcours sup jusqu’à la réforme du bac, il s’agit de développer avant tout la compétition entre élèves et entre établissements. Nous nous dirigeons vers des diplômes propres à chaque lycée, ce qui comptera alors c’est l’origine de la scolarisation du lycéen-n-e. Peu importe si ces épreuves se déroulent dans des conditions abjectes, ou si elles dévalorisent les épreuves elles mêmes. Ce qui se pratique dans les lycées pro depuis la réforme des Bac pro de 2009, devrait nous alerter. Personne ne s’en est soucié parce que le contrôle continu concernait une minorité d’élèves ( en moyenne autour de 30% des élèves sont scolarisés en LP) issus de classes sociales modestes. A l’époque c’est la droite et ministre de l’éducation Chatel qui avait mis en place cette réforme. Faut-il rappeler que Mr Blanquer était membre alors de son cabinet? A l’époque la réforme Chatel avec le contrôle continu en Bac pro a contribué à faire de colossales économies et à dévaloriser le bac pro, faisant de ce dernier un diplôme local.

JM Blanquer est en train de provoquer les mêmes dégâts avec le bac général et le bac techno. Ce qui est doublement insupportable c’est à la fois la rupture avec le principe d’égalité et le mépris souverain avec lequel il traite les enseignants, les élèves et les parents d’élèves. Faut il rappeler que le conseil supérieur de l’éducation avait voté contre sa réforme? Faut il rappeler que l’écrasante majorité des organisations syndicales s’oppose à sa réforme? Peu importe JM Blanquer s’obstine et raconte des histoires quant à la mobilisation, parlant avec hargne d’une « minorité radicale agissante ».

Mais à son mépris nous répondons par le notre. Non pas par effet de miroir ou par dépit, mais parce que nous méprisons une réforme médiocre et mortifère, nous méprisons ceux qui démantèlent le service public d’éducation et mettent en danger l’école.

Devant les erreurs et les fautes graves accumulées en ce mois de janvier, devant l’iniquité qui règne désormais et qui a prévalu pour ces épreuves, à cause de cette réforme qui fait fi des enseignements et des savoirs et qui soumet les élèves à un bachotage incessant, Mr Blanquer a fait la démonstration qu’il était indigne de diriger le service public d’éducation. Il devrait en tirer une seule conclusion : sa démission.

 

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