Qu’est-ce qu’un «arabo-musulman»?

On aimerait bien poser cette question, « qu’est-ce qu’un arabo-musulman ? », sous la forme des Lettres persanes en tenant compte des contextes, époques historiques, à partir desquels cette question, nullement abstraite, concerne les enfants, les femmes, les hommes, les familles, vivant aujourd’hui dans des pays, territoires, nations, sociétés, états qui ne relèvent pas ou plus de l’aire de civilisation dite, à partir du discours historique sur les sociétés, les civilisations, « la civilisation arabo-musulmane ».

Si l’on se réfère à cette dénomination, on pourrait, selon des critères de langues et de religion, retenir que cette dénomination est bien trop générale et oublie d’autres réalités, existences linguistiques et religieuses présentes dans cette aire.

La civilisation dite arabo-musulmane a concerné, depuis la naissance de cette religion nouvelle que fut l’islam au VIIe siècle de notre ère  jusqu’au  XVe siècle, plusieurs pays, de l’Orient lointain à l’Occident proche, de la Chine à l’Andalus, jusqu’à l’expulsion des musulmans ainsi que celle des juifs à partir de l’année 1492 ; et, nombreux furent et sont les pays qui eurent pour cadre de vie juridique, esthétique, politique, religieux, l’arabe comme langue et non comme ethnie, l’islam comme religion dominante – de domination sans exclusion principielle des autres langues, cultures, religions, par exemple juive, chrétienne, araméenne, égyptienne,  grecque, latine, berbère… auxquelles la civilisation arabo-musulmane, assurément, doit beaucoup en science, littérature, esthétique, philosophie, médecine, mathématique, astronomie, traduction et transmissions des œuvres…

La plupart des civilisations qui, à un moment de leur histoire, se mettent à conquérir des territoires, faisant ainsi acte d’impérialisme dominant, connaissent des phénomènes d’inclusion, d’intégration, et, à l’inverse, d’exclusion, de ségrégation, à la limite, d’extermination. Et si l’aire de civilisation arabo-musulmne fut, comme tant d’autres, une aire et ère de différenciation, de stigmatisation, de statuts hiérarchisés des personnes et communautés qui n’étaient pas, comme nous le disons aujourd’hui si aisément, d’origine et de confession musulmane, comme en témoignent pour les communautés juives et chrétiennes les dhimitudes, il n’en est pas moins vrai, historiquement, que « pouvaient » – ce mot marque bien l’arbitraire de ces statuts de dhimis – coexister des personnes et communautés de différentes langues et croyances.

L’analogie avec les guerres civiles que connaissent la plupart des pays dits arabo-musulmans est à remarquer ainsi que c’est l’intégrisme islamique qui fit tant de tort à cette civilisation à partir de la fin du XIe siècle. Intégrisme qui toucha autant les pays du Proche-Orient que ceux du Maghreb et de l’Andalousie ; et, la civilisation arabo-musulmane fut déjà victime de l’intégrisme à cette époque. 

Tout ceci pour dire que la dénomination « arabo-musulmane » n’est pas aussi simpliste que le laisserait supposer une caractérisation ethnique dont la fonction de bouc émissaire est en accord avec la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, dont fait état aujourd’hui le rapport de 2014 de la Commission nationale contre, précisément le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.

Relevons, cependant, que le terme « arabo-musulman », dont parle le rapport, n’est à l’occasion utilisé que par des personnes que l’on dira cultivées, et ne fait pas partie du vocabulaire courant, commun, banal, d’un racisme ambiant, pour autant que ce vocabulaire raciste, commun, ambiant, et, néo-colonial, se contente de termes plus direct et simple comme ceux d’arabes, maghrébins, africains, niant toute diversité et différence pour enfin dire que ces personnes maghrébines, arabes, et, finalement, musulmanes, sont non seulement inassimilables selon une logique ancienne de l’inassimilable et au fond, au fond des fonds, surtout, indésirables.

Mieux vaut rester entre soi pour bien s’entretuer soi-même.

S’il est un livre qui mériterait d’être lu et relu pour sa valeur d’histoire des aléas, fluctuations, violences sociales et surtout politiques contre celles et ceux dont les pays furent colonisés puis devinrent indépendants, c'est bien le livre de Patrick Weil déjà paru en l’année 2002 de ce siècle dont on aimerait bien qu’il soit à l’origine d’un autre discours que celui qui fut tenu sur les juifs, les étrangers, les arabes, les immigrés durant le siècle passé, qui fit tant de tort à la civilisation humaine, tout court, et, en tant que telle.

La question du titre de l’ouvrage de Patrick Weil serait à méditer autant que celle déjà posée par le livre de Montesquieu puisque le titre de ce livre est, je vous le donne en mille, et, peut-être avez-vous deviné, oui : «  Qu’est-ce qu’un français ? »

Opportune question qui nous fait comprendre que l’étranger fait partie de nous tout comme les dits « arabo-musulmans », qui pourraient être des « arabo-chrétiens »,  ou, des juifs parlant arabe, que l’on dirait alors « arabo-juifs », sans offense pour quiconque, qui parlent aujourd'hui français, d’autres langues, aussi, et font partie du territoire et de la civilisation actuelle de ce pays qu’est la France.

A la question « Qu’est-ce qu’un arabo-musulman ? » ne pourrait-on pas répondre, aujourd’hui, après tant de violences, arbitraires, malentendus : « eh bien, un français comme les autres : différent, semblable, et, français. »

Est-ce si difficile d’être soi-même avec l’autre, plutôt que contre ?

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