«Révolution du Sourire»: Le Hirak à Sétif vu par une artiste

Nedjoua Seraa est artiste, peintre, plasticienne et Art thérapeute. Elle vit à Sétif ( Nord-Est de l'Algérie). Tous les vendredis, elle se mêle à la foule qui manifeste, massivement, dans les rues de Sétif pour revendiquer une Algérie nouvelle, juste, libre, fraternelle où le peuple jouirait d'une légitimité et d'une souveraineté.

Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa
Comment les habitants de la ville de Sétif s’organisent-ils dans cet élan de contestation populaire ?

Depuis septembre 2018, des manifestants se regroupent, chaque mardi, devant la wilaya de Sétif pour protester contre la corruption, les mauvaises conditions de travail, les sommes élevées des factures d’électricité, et surtout pour dénoncer le trafic mobilier. Les choses se sont accélérées le 22 février 2019 pour refuser la candidature d’Abdelaziz Bouteflika qui avait envisagé de se représenter pour un cinquième mandat. Les revendications ont, par la, suite,  évolué. Les revendications actuelles s’articulent autour de deux exigences : le départ des tenants du pouvoir algérien et l’édification d’une nouvelle République. 80% des Sétifiens et des Sétifiennes sortent chaque vendredi dans la rue principale de la ville (rue de Constantine, de la fontaine, Aïn El Fouara à Aïn El Mzabi, à proximité de la Wilaya). Les marches sont pacifiques. Elles se poursuivent tout au long de la semaine, à l’hôpital, à l’Université, au stade… Sur des banderoles, les manifestants retranscrivent des slogans qui traduisent des vérités; les manifestants revendiquent des droits et dénoncent les corrupteurs sétifiens en usant de l’humour. 

Quelles sont les actions innovantes à Sétif ? 

Chaque vendredi les rues se ferment et la fête commence. Les tables s’installent dans les rues pour servir le couscous. Les Sétifiens portent des costumes de festival confectionnés aux couleurs du drapeau algérien. Les femmes portent lemlaya (habit traditionnel en toile de couleur noire). 

Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa

En votre qualité d’artiste, comment percevez-vous ce mouvement de contestation populaire ?

En tant qu’artiste, je suis très fière de mon peuple qui, uni et révolté, déclare ses droits de manière pacifique, «Silmya». En adoptant ce type de comportement, il a montré sa grandeur au monde entier. Je constate que l’unique et merveilleuse production de ce système mafieux qui a duré trop longtemps, c’est d’avoir donné naissance à une génération intelligente, éveillée et révoltée. Sans eux, nous n’aurions pas pu nous réveiller. 

 Beaucoup d’artistes s’expriment en faveur de la contestation populaire par le biais de l’art. Que pensez-vous de cet engagement artistique ?

Je crois que l’artiste est la première personne qui a donné des ondes positives à ce Hirak. Son rôle est de rendre visible et de promouvoir ce que l’autre ne parvient pas à voir.

Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa

Comment participez-vous à ce mouvement populaire en tant que femme et en votre qualité d’artiste ? 

Autant que femme sétifienne, j’ai organisé des tables rondes avec des jeunes professionnels pour débattre de nos problèmes, définir nos buts et les rendre publics en les transcrivant sur des banderoles que l’on brandit lors des manifestations, tous les vendredis. En tant qu’artiste ma révolte contre cette gangrène remonte à 2014 à travers mes peintures notamment et sur Facebook. J’ai peint des portraits de jeunes manifestants qui m’ont marqués lors des rassemblements qui ont lieu à Sétif et ailleurs en Algérie. L’un de ces portraits concerne celui de Sofiène d’Alger, auteur du slogan « Yetnahaw Ga3 » (« qu’ils dégagent tous »).

Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa

  

Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa Hirak à Sétif © Nedjoua Seraa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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