#Covid-19: infectée par le virus

Monique est confinée. Elle fait partie de celles et de ceux qui ont été contaminé.e.s par le Corona virus. Elle raconte le confinement et surtout la maladie et sa lutte acharnée contre le virus. Il se dégage de son récit une envie irrésistible de s'accrocher au radeau de la vie.

La République des balloons © Monique Perret La République des balloons © Monique Perret

Infectée !

L’annonce du confinement le 17 mars ne m’a guère embarrassée. C’était banco pour quinze jours, un peu d’exercice physique, davantage d’attention pour le jardinet, la réalisation de tisanes, quant aux albums photos, ils n’avaient qu’à bien se tenir pour échapper aux rangements, que dis-je, aux re-rangements. Leurs souvenirs allaient bercer les jours et nuits à patienter pour revenir à la vie ordinaire. Sans compter qu’en cas de déprime qui surviendrait, le stock de livres en attente serait consolateur.

La première période de confinement allait toucher à sa fin, qu’une toux sèche vint s’immiscer entre le thé au lait et la biscotte. D’une nature à minimiser, je n’y prêtais pas attention mais c’était être vite rattrapée par une salve de douleurs et d’épuisement. Il fallut bien que je m’en réfère à mon médecin et c’est ainsi que je passais dans le groupe des symptomatiques du Convid-19.

Compte-tenu des plus de 20 000 décès en France et des très nombreux malades graves, je vous épargnerai et moi tout autant, le détail des détails et les plaintes par rapport à cette période. J’ai très peu communiqué par pudeur pour ma famille et parce que les réseaux sociaux, ce n’est pas la vraie vie.

J’en retiens des courbatures ou contractures indescriptibles, des membres inférieurs incontrôlables, des cauchemars comme jamais je n’avais vécus ou survécus : un wagon de métro qui grimpe comme un ascenseur, une chimère qui sort des étagères, des sables mouvants et peu de souffle pour s’en extirper. Le bruit était insupportable et la musique des jeunes voisins résonnait comme une banda dans mon crâne.

Une lutte incessante contre le virus...

Exténuée, cela venait altérer le moral. Il y a eu 3 à 4 jours ou je me suis bien demandée comment j’allais m’en sortir.

Je rassemblais grosso-modo mes forces sur le début de matinée mais ensuite, je retombais en miettes. C’est ainsi que j’ai décidé de me révolter contre le virus et l’intense fatigue.

« Nous sommes en guerre ! » : offensive pacifique...

Dès que je vacillais, j’accrochais un rêve sur une guirlande imaginaire (ou était-ce une liste d’ envies ?). Du plus petit rêve, d’aller faire une photo d’un lieu où je repousse de m’arrêter, aux livres que je n’ai pas commandés, au flan portugais que je veux cuisiner, à de plus conséquents, des voyages, des amis à embrasser. Pourquoi ne pas visiter Prague ? Certes, mais est-ce que je ne dois pas d’abord aller plancher un peu sur Saint-Augustin à Souk-Ahras ? Parfois en panne d’optimisme, je partais à la cueillette de rêves. Clarisse m’écrit : « Turin, on y retournera ». Assommée, il m’est arrivé de demander de l’aide aux intimes. Isabelle : « A Saint-Marcel, on le refera » et pour Bruno, les œufs mimosas et la tarte aux pommes pour le premier repas de dé-confinement.

J’étais comme échouée sur la plage à marée basse...

Il m’est arrivé de demander qu’on me prête des rêves, le temps de tenir la tête hors de l’angoisse mais parfois ils ne sont pas arrivés. J’étais comme échouée sur la plage à marée basse à attendre le flux montant pour me propulser plus loin sur la berge. Je le dis en passant à Arezki, mais cela peut être terrible un rêve qui n’arrive jamais et plus encore de s’interroger en quel endroit il a pu se retrouver bloqué lui aussi.

A J plus de 30, il demeure le sentiment d’avoir été envahie par le virus qui n’a rien de la transformation ronde et colorée dont on l’affuble pour l’illustrer. Il est plus incisif que cela, il sème la confusion et beaucoup de doutes. Il y a les bobos annexes et effets indésirables à colmater, bientôt l’été passera sa caresse bienveillante sur ces mauvais souvenirs. Il y a ce que je ne vous écrirai pas.

Merci ! 

C’est le moment de remercier mes enfants qui ont été aux petits soins, mes amis (chéris) Isabelle, Eric et Sylvain pour lesquels j’attends impatiente le 11 mai ; Kaltoum et Ahmed qui après avoir été durement malades sont retournés renforcer la grande famille des soignants, cela m’a vraiment encouragée à me secouer, et un très grand merci à Françoise, notre médecin de famille qui a été attentive au jour de jour.

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