La Révolution du Sourire : L’Art dans la rue à Béjaia

Mohamed Yargui est réalisateur vivant à Béjaia. Avec un groupe d’artistes bougiotes, il a initié l’opération «l’Art dans la rue» qui, tous les mardis, se déploie dans les rues de la ville, invitant grands et petits à s’initier à l’Art. En quoi consiste cette action lancée dans le cadre des protestations populaires qui ont lieu en Algérie depuis le 16 février ?

Art dans la rue © Said Ouarti Art dans la rue © Said Ouarti

Nadia Agsous : Comment est née l’opération «l’Art dans la rue » ?

Mohamed Yargui : C’est à l’issue d’un rassemblement initié par le Café littéraire de Bejaia que l’opération «l’Art dans la rue » a vu le jour. Cette réunion avait pour objet le rôle de l’artiste dans la révolution qui a actuellement cours en Algérie. Nous sommes sortis de ce rassemblement avec le sentiment que notre rôle en tant qu’artistes, ne devait pas se limiter à produire des discours mais que nous devions agir en occupant le terrain avec des actions concrètes. Quelques jours plus tard, Nouredine Saidi, plasticien et moi-même lancions un appel pour organiser un événement artistique dans la ville. Au même moment, un groupe de musiciens et de photographes, à leur tête, Said Ouarti et le groupe des « Perturbateurs», ont eu la même idée que nous. C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés et rassemblés pour mener une action commune que nous avons baptisée « l’Art dans la rue ». Nous voulions occuper l'espace public n utilisant l’Art comme moyen de revendication.

L'Art dans la rue © Said Ouarti L'Art dans la rue © Said Ouarti

N. A. : En quoi consiste cette action qui vise à démocratiser l’Art ? Où a-t-elle lieu ?

M. Y. : Tous les mardis, nous occupons l’espace public pour initier la population et notamment les jeunes et les enfants aux arts : musique, chant, dessin, peinture, photographie… Les activités sont libres et spontanées. La scène est ouverte aux artistes professionnels et aux amateurs. L’opération « l’Art dans la rue » a accueilli des chanteuses et chanteurs confirmé.e.s, des jeunes qui, spontanément, ont pris le micro pour chanter, la troupe de théâtre «les Globe-trotters »; le danseur Nounou et ses amis. Mais l’activité qui rencontre le plus de succès est celle consacrée aux enfants. Cette opération baptisée « l’Enfance de l’art » a la particularité de laisser les enfants donner libre cours à leur imagination par le biais de la peinture et du dessin. Les activités artistiques ont lieu dans plusieurs quartiers névralgiques de la ville de Béjaia : l’Esplanade de la Maison de la Culture, Place Gueydon, Place Lumumba. Nous pensons élargir le terrain d’investissement et organiser des activités dans des quartiers populaires.

l'Art dans la rue © Said Ouarti l'Art dans la rue © Said Ouarti

 

N. A. :Quels sont les objectifs de cette opération artistique ?

M. Y. :L'idée est de créer ou plutôt de retrouver la tradition de l'art de la rue. Nous souhaitons trouver de nouveaux espace d'expression artistique et de créer une proximité avec le public. Nous aspirons à avoir une liberté dans les thèmes que nous souhaitons aborder à travers nos créations artistiques. Notre but est de nous libérer de la définition officielle de l’Art, de ses règles et de son influence.

N. A. : Quelle est l’importance de cette approche culturelle et populaire dans le contexte actuel ?

M. Y :Pour nous, il s’agit d’un besoin de nous exprimer, de créer, de participer à la contestation populaire et de faire participer à des activité artistiques. Nous aspirons à vulgariser l'art et à montrer qu'il est accessible à toutes et à tous et à susciter l'intérêt des jeunes et pourquoi leur vocation artistique. Notre but est d’utiliser l'art comme moyen de revendication car la situation actuelle nous a donné du courage et nous a fait prendre conscience que le mal être et le besoin de changement est général et urgent. Les activités dans le cadre de l’opération « L’Art dans le rue » sont ouvertes à toutes les franges de la société. Les personnes qui nous rejoignent sont, au début, intriguées puis elles finissent par participer aux actions que nous initionsMais les enfants sont ceux qui s'intègrent et s'amusent le plus. Notre action est une pierre que nous apportons à la construction de la nouvelle République.


L'Art dans la rue © Said Ouarti L'Art dans la rue © Said Ouarti


Mohamed Yargui © Mohamed Yargui Mohamed Yargui © Mohamed Yargui

Mohamed Yargui a réalisé, en 2017, «Je te promets », un film de fiction de 17 min. En 2016, il a mis en scène deux spectacles : "Nouna au pays des contes" et "Timuciha n Jidda" (les histoires de grand-mère).



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