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Billet de blog 12 mai 2019

Révolution du Sourire: paroles des Algérien.ne.s

Les étudiant.e.s algérien.ne.s ont massivement investi le mouvement de révolte actuel. Tous les mardis, elles/ils manifestent. Quelques-uns de leurs slogans ? «Revolution of justice», «Toutes et tous pour une Algérie meilleure», «La voix du peuple est l’onde acoustique qui détruira la paroi de votre système satanique». Adlène Belhmer, étudiant à l’Université de Béjaia s’exprime sur ce mouvement.

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LEs étudiants algériens manifestent © Aidoune AZZEDINE

N. A. Que pensez-vous du mouvement de révolte en vigueur depuis plus de trois mois en Algérie ?

A. B. : D'abord à ces débuts le mouvement populaire, que je préfère à l'appellation de Hirak, a surgi d'une manière spontanée. Personne ne s'y attendait. L’affront de trop que constitue le 5ème mandat a été la goutte qui a fait déborder le vase. N'en déplaise aux adeptes de la théorie du complot, jusqu'au 21 février les pays occidentaux tout comme l'armée algérienne soutenaient mordicus un 5ème mandat qui garantissait leurs intérêts stratégiques. D’où le caractère moral que revêtait le mouvement à ses débuts, qui exprime une dignité collective bafouée de se voir gouverner pour 5 ans de plus par un président au plus faible de sa santé. Cette expression morale n'a été que de courte durée car elle a assez rapidement cédé place à une expression politique plus conséquente qui est révélatrice des causes substantielles qui ont poussé les algériens à sortir dans la rue au-delà d’un événement conjoncturel que constitue le 5èmemandat. On trouve ainsi dans chaque marche des revendications démocratiques, après une chape de plomb autoritaire marquée par la dérive monarchique de Bouteflika et les verrouillages sur les espaces d'expression, d'organisation et de conscience. Comme on trouve des revendications sociales et économiques, vilipendant le bradage légalisé dont se sont donnés les tenants du pouvoir au point d'avoir 10% des plus riches accaparer 80% de la richesse nationale, selon certains chiffres. L’une des causes substantielles est aussi le chômage de masse – 8,1% : chez les hommes, 20% : chez les femmes et 17.6% : chez les jeunes diplômés -, ce qui confère aux jeunes une place importante dans la composante sociologique du mouvement. Outre le chômage, on trouve la précarité des travailleurs et des retraités, avec des salaires les plus faibles autour du bassin méditerranéen et un SNMG qui n’a pas bougé depuis 2012. Ce sont tous ces éléments combinés qui s’expriment, d’une manière directe ou indirecte, durant les marches des corporations de la semaine comme celles des vendredis, des fois, avec un humour mordant typiquement algérien.

N. A : Comment qualifieriez-vous l’évolution de ce mouvement de révolte populaire?

A. B. : Nous sommes, à mon avis, dans une étape décisive du mouvement en cours. Pour cause, on observe une polarisation du débat politique sur deux niveaux. Le premier se situe au sein du pouvoir actuel incarné par l’état major de l’ANP, à leur tête Ahmed Gaid Salah (AGS). Les derniersévénements et la campagne de judiciarisation du débat politique et qui culmine avec l’arrestation de Said, Toufik et Tertag, témoigne d’un processus de recomposition qui consacre le déplacement du centre de gravité du pouvoir de la présidence vers l’armée. Ce processus place AGS en arbitre pour sauver ce qu’on appelle en terme orwélien, le«système». Le deuxième niveau de polarisation du débat concerne le mouvement de protestation et son adaptation en termes de mots d’ordre et de revendication aux contingences politiques actuelles. Le rejet d’une solution dans le cadre constitutionnel étriqué, tout comme le rejet des élections voulues et imposées par le pouvoir de fait pour le 4 juillet est catégorique. On est à même de penser que la rupture avec l’ancien régime et ce qu’il a représenté comme monde, est consommée.

N. A : Comment vous êtes -vous impliqué dans ce mouvement de révolte ?

A. B. : Etant étudiant, ma réponse concernera uniquement le mouvement étudiant dans lequel j’évolue. D’abord le mouvement estudiantin est d’un apport certain durant le mouvement en cours, notamment avec les marches du mardi. Le mouvement populaire a amorcé une dynamique d’auto-organisation dans de nombreuses universités avec des représentants élus démocratiquement en assemblées générales. Les organisations satellitaires qui constituent les relais du pouvoir sont toutes disqualifiées. A l’université de Béjaia au sein de laquelle je poursuis mes études, est connue pour sa tradition de luttes et son organisation. Néanmoins le mouvement l’a poussé à renouveler ses formes d’organisationincitantles étudiants à se structurer en comités de facultés. Tout au long de la semaine, l’université de Béjaia est rythmée par des activités (conférences,débats...) permettant un foisonnement des idées aussi bien ausein des enseignants et ATS que des étudiants. On observe au sein de toutes les universités algériennes, une articulation dialectique entre théorie et pratique, qui définit une démarche consciente qui place l’université en avant-garde du mouvement actuel. Le défi qui se pose actuellementest de pouvoir dépasser le cloisonnement des dynamiques en cours dans une optique de construction d’un organe national représentant toutes les universités du pays.

Manifestations des étudiants © Aidoune AZZEDINE

N. A : Quelles sont, de votre point de vue, les alternatives à la situation actuelle.

A. B. : De mon point de vue, il s’agit de dépasser le stade du «dégagisme» abstrait et d’aller vers une expression conséquente des revendications des masses populaires en lutte. Cette expression trouvera son accomplissement complet et concret à travers une Assemblée Constituante souveraine représentative des aspirations de la majorité de la population.Celle-ci doit êtrel’émanation de la base. On en a cure des remodelages cosmétiques du pouvoir actuel qui est dans une logique de pallier à ses contradictions internes que de répondre aux aspirations réelles des algériens. Ce à quoi l’assemblée constituante est à mon sens le seul moyen pour donner les bases d’une trajectoire politique, sociale et économique maitrisée.

N. A. : Quel type de société souhaitez-vous voir émerger en Algérie ?

A. B. : La société à laquelle nous aspirons et celle d’une société socialement plus égalitaire et réellement démocratique. Les 20 ans de règne du Bouteflikisme triomphant a laminé le vivre ensemblequ’ilfaut réinventer. La jeunesse doit imposer son existence et s’affranchir du bonheur illusoire qu’inspire l’autre rive. La trajectoire historique du pays doit cesser d’être instrumentalisée à des fins de légitimation politique. Un regard critique doit être porté sur nous-même pour nousdébarrasser des approches essentialistes qui sont en vogue chez certaines de nos élites qui expriment souvent une posture qui relève du complexe du néo-colonisé primaire. Enfin, il s’agit de développer un système de gouvernance qui faitde la diversitélinguistique et culturelle une richesse et non pas des réalités clivantes.

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