La révolution du sourire: paroles d'artistes algériens

Kamel Yahiaoui est un artiste algérien vivant en France. A travers l'entretien qui suit, il exprime son point de vue sur le mouvement de contestation populaire qui a cours en Algérie et sur son rôle en tant qu'artiste.

Comment perçois-tu le Hirak à sa seizième semaine ?


Je préfère voir les choses d'un point de vuepositif.Ala seizième semaine, je considère que le mot Hirakne convient plus à la réalité carau constat de l'évolution de la situation, l'ampleur du sursaut populaire a pris la dimension d'une révolution.
L’Algérie vit un réveil inéditdes consciences. Il reste, bien entendu, toute une adaptation etune application à une nouvelle République avec toutes les contradictions, les différences, les libertés fondamentales et les diversités culturelles. Le chemin est encore long pour trouver un consensus de cohabitation au sein du peuple.

Quelles seront les retombées de l’annulation des élections présidentielles sur le mouvement ?

Pour moi, c'est un acquis populaire important. C'est une preuve que cette révolution avance vers une issue très prometteuse et le pouvoir qui s'accroche n'a aucun autre choix. Le peuple l'a mis devant le fait accompli.

Marcher pour ne pas mourir © Kamel Yahiaoui Marcher pour ne pas mourir © Kamel Yahiaoui

De votre point de vue, quel rôle l’art peut-il avoir dans le soulèvement populaire actuel?


Je peux dire que l’art est essentiel et indispensable. Les dimanches, Place de la République est un terrain d'expression artistique libre. Un collectif d’artistes indépendants est présent tous les dimanches et je les félicite car il faut un minimum d’encadrement. Je trouve ces actions artistiques qui ont lieu à République, très fortes. J’ai été très ému par la participation des enfants aux ateliers artistiques.

Je ne peux être présent tous les dimanches à Place de la République car je travaille dans un atelier situé à 500 km de Paris. Certains artistes dont je fais partie réalisent des œuvres très parlantes dans leurs ateliers en rapport direct avec la révolution. Je participe à cette révolution avec d’autres outils qui, à mon sens, sont indispensables : l’art, l’écriture, la poésie. Je suis présent dans cette révolution avec tout mon être d’expression.

L’art a-t-il vocation à être au service des causes ?

L'art ne sert aucune cause. Il est la cause même des bouleversements, des changements, des évolutions, des révolutions. L'art est matière de la vie même. Mettre l'art au service d'une cause revient à l'enfermer dans une niche, alors que l'art n’existe qu'à travers la liberté. Il circule librement; il contribue à sa guise à la marche des temps; il est au cœur de l'humanité.

 

 

 



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