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Journaliste/ Ecrivaine / conceptrice et animatrice de rencontres-débats et d'émissions sur les réseaux sociaux : "AlternaCultures" et "l'Interview". En charge du Prix littéraire AFA

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Billet de blog 13 décembre 2025

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Quand le MAK tourne le dos à l’aspiration des autres peuples à l’autodétermination ?

Le MAK a proclamé l'indépendance de la Kabylie dimanche 14 décembre dans une salle privée à proximité de l'Arc de Triomphe. Cette déclaration unilatérale a suscité de vives réactions. Deux aspects retiennent particulièrement mon attention : la position du MAK sur la question palestinienne et sur celle du Sahara occidental.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une indépendance à géométrie variable ?

Illustration 1

Commençons par la Palestine.

Comment le MAK, qui prétend représenter un « peuple » et se dit démocratique, attaché à la liberté et à la justice, à l'auto détermination, peut-il être indifférent voire opposé à la lutte du peuple palestinien, colonisé depuis 1948, et revendiquer le droit à l’autodétermination de la Kabylie, principe cardinal du droit international public, ainsi que la préservation de son identité linguistique et culturelle ?

Comment ce mouvement peut-il renier la logique même de la solidarité avec un peuple colonisé et dominé,  exproprié et privé de sa terre, jeté sur les chemins cahoteux de l'exil, alors que lui-même tire sa légitimité du soutien et de la solidarité de certains pays  comme Israël, le Maroc, la France et qui bénéficie de relais avec l'extrême droite française ? Comment peut-il qualifier les résistants palestiniens de « terroristes » tout en affichant une « solidarité totale » de la Kabylie avec Israël, un État qui, dans une impunité totale, poursuit son entreprise coloniale en Palestine et le génocide des habitants de Gaza ?

Le Sahara occidental

Cette contradiction se manifeste également dans la question du Sahara occidental, un autre territoire colonisé dont près de 80 % du territoire est contrôlé par le Maroc, tandis qu'il continue de revendiquer pacifiquement son droit à l'autodétermination. 
Comment le MAK, qui se présente comme un défenseur des libertés, peut-il alors refuser voire nier la légitimité de cette lutte ? La contradiction est là encore flagrante : on réclame pour soi un droit fondamental que l’on refuse à d’autres. Dans une interview publiée sur YouTube intitulée « Kabylie : Ferhat Mehenni parle du Sahara occidental marocain », ce dernier affirme que « la Kabylie et le Sahara occidental ne sont pas des cas similaires ». Les quelques arguments qu’il avance à ce sujet me laissent sur ma faim et mériteraient d'être davantage développés car nous ne pouvons pas nous satisfaire d'explications sommaires, superficielles et expéditives. Cette tendance est récurrente chez Ferhat Mehenni. Si certains et certaines s'en accommodent nous sommes plusieurs à demander une profondeur analytique et des arguments solides dans ses discours politiques qui, force est de constater, brillent par leur style militant et passionnant. Il faut reconnaître que Ferhat Mehenni n'excelle pas en rhétorique. 

Où est la cohérence dans une telle posture ? Quelle logique politique ou éthique peut justifier une position qui revendique pour soi la liberté et la dignité tout en la refusant à autrui ?

Il y a là une contradiction flagrante, à la fois éthique et politique.

Illustration 2

De quelle Kabylie parle-t-on alors ?

De celle, minoritaire et repliée sur elle-même, qui s’enferme dans une logique d’exclusion et d’isolement ?

Ou de celle, plus vaste et solidaire, qui se tient aux côtés des peuples opprimés, comme les Sahraouis et les Palestiniennes et les Palestiniens, ces femmes, ces hommes et ces enfants vaillants et résilients qui, au quotidien, continuent de braver l’apartheid israélien au nom de leur liberté et de leur terre ? Je n'ai pas mentionné les autres conflits qui ont lieu actuellement dans le monde car le MAK ne les évoque pas. Ce n'est pas anodin que ce mouvement ne cite que la Palestine et le Sahara occidental.

Illustration 3

Pour une Kabylie r-attachée à l’Algérie.

Qui est ce « peuple kabyle » auquel le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) fait référence ? Quelle réalité recouvre ce terme ? Combien de Kabyles adhèrent réellement à ce projet séparatiste ?

Et surtout, qu'adviendra-t-il en Kabylie de toutes celles et de tous ceux — Kabyles ou non Kabyles — qui ne se reconnaissent pas dans cette perspective d'indépendance ?

Que se passera-t-il ?

Faudra-t-il diviser la Kabylie ?

Faudra-t-il forcer des femmes et des hommes à quitter leurs terres, leurs montagnes, leurs morts, leurs racines ?

Faudra-t-il leur imposer de rompre avec leur alma mater pour qu'ils deviennent des exilé·e·s dans leur propre pays ?

Et qu'en sera-t-il des Kabyles qui résident dans d'autres régions d'Algérie ou à l'étranger ? Quel sera leur statut ? Seront-elles/ils autorisé.es à rentrer sur leur terre natale ? Devront-elles/ils obtenir une autorisation ? Un visa ? 

Je ne peux concevoir une Kabylie fracturée, pas plus qu’une Algérie amputée de l’une de ses régions les plus vivantes, qui a tant donné pour son indépendance et son développement. Mon lien avec la Kabylie est profond : c'est ma terre natale, le lieu de mes commencements, la mémoire de mon père, son legs le plus précieux, la terre de l'olivier de mes aïeux, du figuier de mon grand-père, de la vigne de mon père. Mon attachement à cette région, à ses symboles, à ses valeurs, à ses repères culturels, est viscéral et nul n’a le droit de m’en déposséder.

Pour ma part, je me situe dans une perspective humaniste, solidaire, juste et ouverte sur le monde. Je suis profondément attachée à la reconnaissance de la diversité des cultures, au dialogue entre les peuples et à la construction de liens fondés sur le respect et la solidarité. 

Illustration 4

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