De l’authenticité

Les tribulations de la vie nous bousculent et il est difficile parfois de s’y retrouver. Il y a là quelque chose d’une tâche qui peut paraître e infinie. Nous sommes à peine sortis d’une situation difficile, que la vie inventive, nous propose un nouveau défi. Bien que nous ayons appris des épreuves déjà traversées, nous devons continuer à imaginer de nouvelles issues.

 

 

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Les tribulations de la vie nous ballotent et nous bousculent et  il est difficile parfois de s’y retrouver.

Il y a là quelque chose d’une tâche qui peut paraitre infinie et par moment décourageante. Nous sommes à peine sortis d’une situation difficile que la vie, inventive, nous propose un nouveau défi d’un tout autre genre.

Bien que nous ayons appris des épreuves que nous avons déjà eu à traverser, la diversité de ces dernières, le contexte dans lequel nous nous trouvons, nous conduisent à devoir toujours nous découvrir nous-même d’avantage pour imaginer de nouvelles réponses adaptées à ce que nous sommes en train de vivre.

Quel dénominateur commun y-a-t-il entre le fait d’accepter une promotion professionnelle qui nous angoisse, vivre une rupture amoureuse ou sortir d’un conflit familial lié à la mise en œuvre complexe d’une succession ?

Ces trois situations bien que différentes les unes des autres, nous interpellent et nous mobilisent singulièrement au regard de nos histoires de vies. A chaque fois, d’autres espaces intimes sont convoqués et doivent être mis au travail pour surmonter ce qui fait obstacle. Nous comprenons bien ici, que s’il n’existe pas de solutions à nos problèmes clés en main, il existe par contre un chemin qui, quel que soit la nature du problème que nous rencontrons, peut nous mener à nos propres ressources.

Accepter la transformation

Nous sommes uniques, il existe une manière propre à chacun d’entre-nous de continuer le chemin. Néanmoins, nous devons accepter que le défi, que nous nous apprêtons à relever, nous transformera. Nous ne serons plus les mêmes après lui, car il nous aura marqué de son sceau. Nous sommes faits de ces estampilles, qui sont autant d’expériences qui nous modèlent et font de nous des êtres en perpétuel devenir.

En effet, la subversion de l’épreuve consiste à nous déranger et à nous façonner d’une certaine manière. Celui qui reste « de marbre » face aux défis de la vie, se comporte comme une statue imposante et immuable. Empli des certitudes qui le rassurent, envers et contre tout, rien ne le fera bouger de « sa vérité » qu’il considère comme la seule valable.

Ici l’épreuve ne transforme pas, elle ronge, elle érode l’édifice ou alors, elle le torpille tout bonnement.

De la nécessité de penser par soi-même

Il n’existe pas de solutions plaquées pour faire face à nos difficultés, certains conseils peuvent nous inspirer, d’autres totalement nous perdre. En effet, nous ne pouvons pas nous reposer sur la pensée des d’autres pour avancer. Si nous supposons que l’autre a forcément raison parce qu’il détiendrait un savoir que nous n’aurions pas, nous risquons d’être aliénés à sa parole et de suivre un avis valable peut-être, mais inadapté pour nous-mêmes. Souvenons-nous de l’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Il en va ainsi de notre responsabilité de quitter certaines positions infantiles, où nous cherchons en dehors de notre intériorité, des maîtres  à penser en tous genres. Bien entendu, les échanges nous permettent de réfléchir et ils sont précieux, tant qu’ils ne sont qu’au service d’une construction personnelle de notre pensée. Les discussions, les essais, les conseils ne doivent pas être pris pour argent comptant, ils sont là pour nous permettre une certaine plasticité de la pensée. Hors de ce champ, nous cédons du terrain à d’autres et notre paysage personnel se réduit comme peau de chagrin.

Les masques

Nous voyons donc à quel point il est indispensable de rester le maître  à bord, plus nous serons proches de ce qui constitue notre singularité, plus nous serons à même d’établir un rapport authentique entre nos personnalités de surface et notre personnalité profonde.

En effet, nous sommes multiples, nous portons de multiples masques, selon les circonstances. Certains sont nécessaires, comme les masques que l’on porte pour des raisons professionnelles par exemple, d’autres par contre nous encombrent, ils sont le reflet de nos névroses. Il peut arriver que nous ne parvenions plus à discerner, dans l’épreuve ou dans la vie quotidienne, si c’est l’un de nos masques qui s’exprime ou notre moi profond. Lorsqu’un de nos masques prend la main sans que nous ne réussissions à l’identifier, nous naviguons en plein fourvoiement et il est rare que ce soit le malentendu qui résolve nos contrariétés.

Carl Gustav Jung a nommé ce fonctionnement que nous utilisons tous plus ou moins sciemment, « la personna ». Il nous explique que « la personna est ce que quelqu’un n’est pas en réalité, mais que lui-même et les autres pensent qu’il est » en d’autres termes, la personna est ce qui nous permet de nous re-présenter aux yeux des autres, de nous-mêmes et d’entrer en relation avec eux. D’une certaine façon, la personna est indispensable puisqu’elle permet l’altérité, mais nous ne devons pas être dupes de ses supercheries. Nous ne sommes pas la mise en scène que nous partageons sur les réseaux sociaux pas plus que nous ne sommes uniquement la profession que nous exerçons.

Lorsque nous ne parvenons pas encore à établir de différenciation, nous pouvons dire que les masques agissent et réagissent en adhérant fortement à nos parts inconscientes.

Il va sans dire, que dans ces moments, nous sommes à la merci de notre inconscient, ce qui fait barrière à l’accès à notre profondeur. Or c’est dans ce lieu même que se trouve notre force.

Ces défenses qui ne nous protègent pas

La plupart de nos masques sont l’expression de « nos petits moi » capricieux qui, sous leur mille visages grandioses ou épleurés, n’ont de cesse que de vouloir s’affirmer et de contester leur caractère étriqué.

En effet, nous n’aimons pas souffrir, nous détestons sortir de nos zones de confort car cela nous confronte à notre vulnérabilité. Nous avons tous en horreur de constater nos faiblesses et nos manquements, alors les stratégies ne manquent pas pour éviter de voir en nous les failles qui nous embarrassent. Pour cela nous usons de projections, nous prêtons aux autres les défauts que nous avons nous-mêmes, nous trouvons toutes sortes de justifications pour cautionner nos agissements, nous adoptons des positions victimaires, nous rendons les autres responsables de notre malheur, nous invoquons une enfance malheureuse pour expliquer un échec ou encore par le jeu d’habiles manipulations nous rendons l’autre responsable de nos petites lâchetés. La liste des exemples est infinie, car nous ne manquons pas d’astuce pour mentir aux autres et nous mentir à nous-mêmes.

Lorsque nous sommes mis à mal, nous adoptons ces postures défensives pour nous préserver, essentiellement nous préserver de l’angoisse générée par la réalité de la situation que nous rencontrons.

Nous nous comportons comme si reconnaitre nos défaillances nous exposait à notre propre écroulement. Nous choisissons de sauver les apparences, pourtant, il s’agit de faire un pas supplémentaire et de nous sauver nous-mêmes !

Paradoxalement, les forteresses que nous érigeons ne nous protègent pas, pourtant nous en faisons tous usage, tout simplement car nul n’est parfait et nul ne l’assume pleinement.

Nous n’avons pourtant pas d’autre choix, repérer nos défenses dans un premier temps, c’est observer en soi toutes nos parts perfectibles.

C’est également accéder à une perception plus fine de nous-mêmes et commencer à discerner qui s’exprime lorsque nous parlons. Depuis quel masque parle-t-on ?  

C’est accepter aussi que nous sommes faits des mêmes défauts que ceux que nous détestons chez les autres. Cette prise de conscience peut devenir une réelle expérience.

Lorsque réellement nous acceptons d’admettre nos parts d’ombres, d’un coup nous admettons plus facilement celles des autres. Nous devenons plus indulgents car nous savons parfaitement à quel point nous-mêmes avons de quoi nous mettre au travail.

La parole authentique

Dès lors que ce travail de déblaiement et de tri commence à se faire, nous pouvons peu à peu, nous connecter à une pensée et une parole plus authentique. Contrairement à ce que proposent nos défenses, nous nous protégeons réellement. Nous ne fuyons plus ce que nous ne saurions voir mais nous identifions nos zones de souffrances et les empêchons de nous gouverner. Cette démarche est capitale, elle nous élève. Elle nous permet de prendre de la hauteur pour appréhender d’une meilleure façon un problème et dans le même temps elle nous conduit à pratiquer l’exercice des vertus, ce que nous recommandait déjà Socrate en grand amoureux de la sagesse.

Ainsi avec du discernement, nous pouvons nommer les émotions et pensées qui nous traversent et plutôt que les éluder, nous pouvons le cas échéant les intégrer à notre parole. Cela comporte des avantages, le premier point, qui n’est pas des moindres, permet une meilleure connaissance de soi et le second permet qu’un échange authentique puisse advenir. Lorsqu’une parole est dans l’axe, dans sa verticalité, il n’y a plus de confusion du côté de celui qui parle et cette clarté peut contaminer celui qui écoute. Nous donnons une chance, un espoir dans l’échange du côté de la vérité.

 

 

 

 

 

 

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