Et si nous devenions joyeux ?

La joie porte en elle un potentiel de transformation. L’Homme a deux possibilités pour accueillir la joie : accueillir l’émotion lorsqu’elle se présente, ou alors choisir que la joie devienne un « état intérieur ». La joie est subversive, contagieuse. Son pouvoir est mésestimé, ce sont les êtres joyeux qui changent positivement le monde

 

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La joie ne se décrète pas, ne se commande pas, libre, elle s’éprouve.

La joie est une émotion qui jaillit des parties les plus florissantes d’un Etre, elle scintille et traverse toutes les fortifications, même celles que nous avons eu peine à ériger.

Il est difficile de définir ce qu’est la joie, et il ne s’agit pas là d’entrer dans des considérations lexicales, alors nous pourrions dire que la joie, ce sont un peu les couleurs vives d’un dessin d’enfant, ce sont les éclats de rire impossibles à contenir, ce sont les larmes que le bonheur a déposées sur nos joues rebondies, ce sont les bulles dansantes d’une flûte de champagne ou les yeux tous plissés de l’enfant qui croque dans un bonbon acidulé.

La joie a ceci de spécifique, qu’elle est une émotion qui ne se laisse pas saisir. Elle est à la fois imprévisible, fulgurante, ponctuelle, trop souvent conditionnée, mais il est possible, à y regarder de près, que tout à la fois, elle s’établisse et demeure de manière durable dès lors qu’un espace intérieur lui est dédié.

Au quotidien, nous sommes affairés à un certain nombre d’occupations que nous prenons très au sérieux. Nous organisons nos semaines avec un emploi du temps plus ou moins structuré, qui nous permet d’aménager nos journées avec pragmatisme.

L’espace psychique consacré à cette tâche, malgré tous les ingrédients qui épicent cette construction, fait de nous de véritables gestionnaires ! Nous tentons de concilier, bon an mal an, fonctionnement et plaisir. Nous essayons d'être heureux, de rendre heureux et aspirons aux représentations que nous avons du bonheur

Dans cette petite cuisine bien rodée, la joie s'immisce de surcroit et lorsqu'elle se présente, elle nous procure cette sensation délicieuse de fraîcheur et de légèreté. Puisque cela est agréable nous tentons de reproduire ces situations, ainsi par exemple, nous gâtons nos enfants pour nous réjouir de leurs sourires radieux. Nous répétons certaines situations, mais nous voyons bien qu’il n’y a pas de recette pour susciter immanquablement la joie ; non pas que cette dernière soit capricieuse mais elle exige la délicatesse d’une certaine atmosphère.

Il est vrai qu’elle se présente souvent par surprise, elle accompagne les bonnes nouvelles, l’amitié, le rire, l’amour, la beauté, ingrédients indispensables au processus alchimique. Néanmoins, les ingrédients ne font pas la recette, bien qu’ils y contribuent.

En effet la joie, tel un voile léger dansant au gré du vent, parait effrontément libre, elle peut être durable ou furtive, dans tous les cas, insaisissable !

Nul ne peut être son geôlier, et ainsi va-t-elle, souveraine.

Vagabonde, elle peut se trouver partout, même dans les paysages qui paraissent désolés, et contre toute attente, il semble pourtant qu’elle affectionne certaines terres et qu’elle choisisse de s’y établir, malgré son âme nomade.

Il est donc bien naturel de vouloir lui faire hospitalité en trouvant dans notre cœur le creux accueillant où elle pourrait nicher.

Et bienheureux celui en mesure de porter la joie en bandoulière. Cette émotion, par sa nature, est si bienfaisante et agréable qu’elle en devient contagieuse. Quiconque est au contact d’une personne profondément joyeuse, en ressent très vite les grâces. Très rapidement, cette personne devient une source d’inspiration et d’élévation.

En effet, la joie pose ses valises dans un cœur débarrassé des scories des faiblesses humaines. Elle s’établit durablement hors de portée de nos mauvais penchants. Il s’agit donc d’un climat particulier à créer et à maintenir pour se garder des assauts de nos névroses résolument incompatibles avec ce délicat état intérieur.

L’être joyeux est un jardinier, il répand naturellement le bonheur autour de lui et sa présence inspiratrice fertilise les âmes. Il ne laisse personne indifférent.  Les laideurs de la vie ne semblent pas avoir de prises sur lui et malgré les peines, il trouve toujours où réchauffer son âme.

En effet, partout où il regarde, l’être joyeux voit la lueur, avant tout, il perçoit les qualités de toutes choses. Qu’il s’agisse d’un paysage, d’une rencontre, d’une lecture ou quoique ce soit d’autre, il est happé par la beauté avec laquelle il est en présence et est en résonance avec elle.

L’être joyeux est doté d’une aptitude singulière, lorsqu’il regarde il semble bénéficier d’une double vision : Il perçoit ce qui est en train de se passer et dans le même temps il voit le potentiel fertile de l’instant. Devant une maladresse par exemple l’être joyeux sourit, gorgé de tendresse, car il reconnait déjà les balbutiements de l’habileté naissante.

Il perçoit tant et si bien les qualités des personnes qu’il côtoie, que ces dernières s’expriment toujours plus. Il est de fait bien précieux d’avoir dans son entourage un être joyeux car son regard si bienveillant pousse tout un chacun à donner le meilleur de lui-même.

L’être joyeux ne s’attarde pas sur sa condition lorsqu’il se trouve confronté à l’épreuve, il se préoccupe d’avantage des enseignements à en tirer que du malheur qui en découle. La laideur ne l’intéresse pas et il ne l’alimente pas. Il a à cœur à ne pas laisser de traces négatives dans le monde, à la manière d’Etty Hillesum  qui nous livre dans son bouleversant journal  écrit depuis l’horreur des camps de concentration « Soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il ne l'est déjà. ».

Partout il cherche le sens profond de tout ce qui lui est donné à vivre. Là où certains d’entre nous sommes accablés, lui cherche à résoudre l’énigmatique signification de son affliction. Il va même plus loin, lorsque le ciel s’éclaircit à nouveau, l’être joyeux s’émerveille de l’intelligence bâtisseuse des peines qu’il a traversé comme nous l’indique Jacqueline Kelen dans la Divine blessure : « En certains instants illuminés, la blessure qui marque toute existence n'est plus une douleur, une honte, mais un honneur, une visitation. La Beauté et l'Amour viennent au plus près de l'être par un souffle puissant, par des traits acérés, en ce lieu du coeur où toute séparation est levée, où s'abolit en un éclair la distinction entre la déchirure et la grâce. »

Il gagne de par son attitude une force vive et créatrice avec la certitude que le positionnement que nous adoptons face aux évènements de la vie est essentiel car il conditionne de manière extraordinaire notre rapport au monde.

Celui chez qui la joie s’est établie, n’est pas un optimiste invétéré au sourire béat, il sait s’indigner lorsque cela est nécessaire. Il s’agit même là d’un devoir moral. Ceci dit, l’objet de l’indignation ne saurait entamer son édifice intérieur. Pour l’être joyeux, ce qui importe, passé la révolte, c’est d’aller de l’avant en construisant un lendemain meilleur.

La joie comme nous le voyons, sait se présenter sous plusieurs visages, elle peut être à la fois conjoncturelle et durable. Elle porte donc en elle, un potentiel de transformation. L’Homme a deux possibilités  pour accueillir la joie : Cela peut se faire manière aléatoire, c'est-à-dire accueillir l’émotion lorsqu’elle se présente, ou alors choisir que la joie devienne un « état intérieur » en modifiant en lui-même tout ce qui pourrait faire obstacle à son installation et c’est dans ce désir là précisément, que se situe le pouvoir transformateur de la joie.

 

 

 

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