Et si les écrans nous permettaient de mieux connaitre nos ados ?

A l’heure où les écrans occupent de plus en plus de place dans notre quotidien et dans celui des adolescents, beaucoup de parents s’interrogent et s’inquiètent. Cet article propose de trouver quelques repères dans la manière d'accompagner les adolescents dans leur rapport aux écrans.

 

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A l’heure où les écrans occupent de plus en plus de place dans notre quotidien et dans celui des adolescents, beaucoup de parents s’interrogent et s’inquiètent.

En effet, la société et les progrès techniques évoluent à une vitesse vertigineuse et les changements ne constituent plus, actuellement l’exception, mais la règle. 

La popularisation d’internet tout comme l’accessibilité à tous écrans confondus crée une sorte de démarcation imaginaire entre la génération qui est née « avec » et celle « sans ».

La génération de parents actuelle s’est construite sans cette multitude d’outils numériques et cet accès ultra rapide et démocratisé d’internet. Ils sont face à leurs enfants totalement familiers à tous ces dispositifs. D’une certaine façon, les parents sont dépassés par leurs enfants, qui souvent, utilisent plus volontiers les possibilités multiples offertes par internet et les technologies du numérique, qu’eux-mêmes. 

Bien que la deuxième génération de joueur soit en train d’arriver, elle n’est pas encore majoritaire.Ainsi, la plupart des parents n’ont pas de modèle éducatif sur lequel s’appuyer. Ils doivent de fait, relever un défi qui n’est pas des moindres -au vu de la place occupée par ces nouvelles technologies- en trouvant et créant de nouveaux repères éducatifs.

Pas facile. Beaucoup de mots circulent et de raccourcis aussi. Le seuil critique de deux heures d’exposition aux écran définit par la société américaine de Pédiatrie a été largement diffusé dans la littérature tout comme de nouveaux termes, pas toujours bien compris, tels « cyberdépendant », « geek », « hikikomori », « nolife », « addict » … Les messages de prévention et d’alerte sont diffusés, internet ainsi que les nouvelles technologies n’échappent pas à ce décryptage, souvent anxiogène. Les adultes sont démunis et ne savent plus où placer le curseur entre ce qui est normal et ce qui doit être inquiétant en ce qui concerne la relation qu’un jeune entretien avec les écrans.

Il parait donc important de prendre un peu de hauteur.

Les professionnels de l'adolescence accueillent régulièrement des appels téléphoniques de parents inquiets, qui pensent que leur enfant est Cyberdépendant. Pour l’instant, aucun consensus scientifique n’a été trouvé pour définir ce que serait cette addiction. Par ailleurs, l’existence même qu’une addiction au jeu existe est contestée notamment par les psychologues Yann Leroux ou Serge Tisseron. En effet, que les parents se rassurent, leurs ados, bien que très attachés à leurs téléphones, consoles …. n’y sont pas accros comme à une substance psychotrope. Pour plusieurs raisons : Les écrans ne contiennent pas de substances addictives et les effets des écrans produits sur l’individu ne sont jamais les mêmes. En effet, les expériences de jeu par exemple sont très différentes l’une de l’autre, la nature des émotions et sensations également. Un jeune qui joue à Minecraft  et à Call of Duty de même qu’un autre qui passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, ne vont pas du tout ressentir et vivre des expériences comparables. En somme, on ne peut pas mettre sur un même plan les milles et une façon d’utiliser ces divers outils numériques.

Pourtant, il peut arriver que l’usage de tous ces écrans crée des conflits au sein de la famille et c’est souvent pour cela que les parents s’inquiètent. Néanmoins comme nous l’explique Yann Leroux, il convient d’être vigilant et d’éviter de plaquer un diagnostic qui nous éloignerait de l’essentiel. « Le problème de la notion d’addiction appliquée aux jeux vidéo est qu’on cristallise un trouble de la dépendance et qu’on apporte, sur un plateau, une explication facile, liée à un objet externe, séducteur et terrible, qui plongerait la personne dans des difficultés sociales et personnelles. Mais il en va des jeux comme des autres objets. Quelqu’un loggué jusqu’à trois heures du matin sur un jeu massivement multijoueurs peut utiliser le jeu pour éviter d’avoir des relations sexuelles avec son conjoint ou penser à ses devoirs du lendemain, ou encore pour avoir des relations sociales riches avec d’autres joueurs. D’un côté, l’objet sert un enfermement, un refus, permettant de délaisser son environnement proche, de l’autre, il créé une ouverture. »

Ainsi comme nous le voyons, la situation est bien plus complexe qu’il n’y parait. Il y a lieu de ne pas pathologiser ce qui serait plutôt une passion, de ne pas enfermer un jeune dans un diagnostic tout en restant vigilant à ce que pourrait cacher comme mal-être, un temps excessif passé derrière les écrans. Il convient donc de se demander toujours de façon assez naturelle quelles sont les raisons qui conduisent un ado à passer autant de temps derrière son écran.

Dans certains cas, le temps passé derrière les écrans est un révélateur de quelque chose d’autre qui ne va pas, comme des troubles de l’adaptation par exemple. Un usage problématique des outils numériques peut avoir des conséquences sur les résultats scolaires, sur la motivation, la fatigabilité, sur l’ambiance familiale. Le jeune peut doucement s’isoler, délaisser ce qu’il aimait faire d’autre. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que ces conséquences sont liées à des causes qu’il est nécessaire de trouver. Il s’agit dans le fond, de découvrir pourquoi ces outils deviennent un refuge.

Et pour ce faire, il n’y a qu’une solution : Parler et s’intéresser à ce que notre ado est en train de faire pour découvrir peu à peu ce qu’il est en train de vivre plus largement.

En effet, si la question du rapport aux écrans interpelle dans une famille, plutôt que de paniquer, il me semble qu’il y a là une formidable occasion de nouer ou re-nouer un dialogue qui pour une raison ou une autre s’est un peu effiloché.

La première des choses me semble-t-il, pour aller de l’avant, c’est de s’intéresser réellement à ce que fait notre ado, et peu à peu découvrir quel est l’intérêt et le plaisir qu’il trouve dans les jeux par exemple. Ces premiers pas permettront d’y voir plus clair, créeront une complicité et aussi permetteront de découvrir que les jeux développent des capacités opératoires (résolution de problème, développement de stratégie…) et émotionnelles (socialisation, concertation de groupe…). De fait, notre perception des jeux vidéos, par exemple, deviendra plus fine.

Mieux comprendre évite de grands malentendus et surtout de se discréditer auprès de notre ado. Plus nous nous y connaitrons, plus nous aurons de légitimité (aux yeux du jeune) et de facilité à poser des limites structurantes. Les limites doivent être claires, averties, adaptées et surtout expliquées.

Par exemple :

  • L’ordinateur après les devoirs et jusqu’à telle heure le soir
  • S’assurer qu’il y ait des temps sans écrans durant la journée
  • Les téléphones et tablettes doivent être hors des chambres à coucher des ados
  • Respecter les normes PEGI (avec souplesse selon la maturité)
  • Limiter les jeux très violents et lorsqu’on les autorise pour un petit moment, ce n’est qu’après avoir réfléchi avec l’ado, ce qu’il y fait : le snipper explore le sentiment de toute puissance.
  • Réseaux sociaux en fonction de la maturité et après avoir informé des fonctionnements et risques
  • Contrôle parental
  • Application lumière bleue

Comme nous l’avons vu, la société évolue avec ses outils, plutôt que d’en avoir peur et de se sentir dépassé par ces évolutions, il me parait intéressant d’intégrer cette nouvelle donne, d’en faire un atout, tout en restant prudent.

Les outils numériques sont formidables, pratiques, ludiques, attractifs et il convient de les utiliser de sorte à ce que ceux-ci apportent une plus-value au plus grand nombre. A nous parents, comme de tous temps, à chaque fois qu’il y a eu des grandes avancées, de trouver des repères d’utilisation en fonction de nos constats, sans diaboliser de façon réactionnaire,  mais sans ignorer non-plus les méfaits de certains usages.

Ainsi, les ados à travers l’utilisation des écrans, nous parlent. Le fait de jouer à tel ou tel jeu ou la manière d’y jouer, si tant est qu’on s’y intéresse, vient nous dire quelque chose de ce que notre ado traverse. La façon dont il utilise les réseaux sociaux vient nous dire quelque chose de lui. Ce langage est un peu nouveau et il convient de nous familiariser avec lui pour accompagner au mieux nos enfants vers l’âge adulte.

 

 

 

 

 

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