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Billet de blog 3 janv. 2009

Nouvelles israéliennes, en vrac

L'opération a commencé. Je ne sais pas quoi faire. Mon amie Rose m'a téléphoné hier et m'a demandé comment j'allais. Ça va, ça va. Rose, qui me connaît bien, insiste : non, mais vraiment... comment vas-tu, toi ? c'est en parlant avec elle, je me rends compte que non, je ne vais pas bien, je suis dans un état de grande anxiété depuis mon retour.

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L'opération a commencé. Je ne sais pas quoi faire. Mon amie Rose m'a téléphoné hier et m'a demandé comment j'allais. Ça va, ça va. Rose, qui me connaît bien, insiste : non, mais vraiment... comment vas-tu, toi ? c'est en parlant avec elle, je me rends compte que non, je ne vais pas bien, je suis dans un état de grande anxiété depuis mon retour.

Chaque avion qui passe me fait sursauter, chaque sirène me fait peur. Dès que je ne fais pas « quelque chose », l'angoisse s'empare de moi... faire quelque chose ? C'est à dire : manifester ou lire les journaux. J'ai du mal à travailler, j'ai du mal à penser.

Quoi penser ? Rien que de l'horreur.

On tue. En mon nom. A quelques kilomètres d'ici. Des femmes et des enfants, des civils.

Je fais ce que je peux. Mais ce n'est pas assez, non. Alors, quoi faire ? Rien, non ? Tourner en rond, en cercles... essayer de mettre des mots sur ce qu'on ressent. Mais à quoi ça sert... ? Pas grand chose. Je ne me suis jamais sentie si impuissante.

Ce matin, nous sommes allés manifester dans la ville Arabe-Israélienne de Saknine. C'était énorme : certains parlent de cinquante mille manifestants. Je dois dire, à mon grand regret, que nous n'avons vu qu'une dizaine de manifestants « Juifs-Israéliens »... certes, c'était une manifestation des partis arabes-isaéliens. Et c'était loin (deux heures du centre du pays). Et il fait froid. Mais bon... c'est juste dommage que les actions communes, si peu nombreuses, soient si peu suivies.

Nadav et moi sommes partis de Tel-Aviv avec un bus affrété par les « Anarchistes contre le Mur ». Dans le bus, à quatre exceptions près, nous inclus, seulement des Arabes-Israéliens, la plupart de la ville de Lod... dont un jeune homme étudiant en médecine à Rome qui s'amuse de son mauvais Français avec nous...

Arrivés, on se perd dans la manifestation... De tous les villages arabes du pays, des gens sont venus protester contre les bombardements israéliens. Des hommes et des femmes, certaines voilées, d'autres sexy en diable. C'est très très mélangé.

On ne comprend pas les slogans... on se tient un peu à l'écart... on regarde beaucoup, on chante quand on comprend, en Hébreu et en Anglais. Nadav capte ici et là un mot ou deux de ce qui se dit en Arabe, assez pour me traduire que les manifestants insultent le chef d'état égyptien, le traitent d'agent de la CIA...

On suit le cortège, beaucoup de drapeaux palestiniens, de drapeaux verts avec un verset du Coran dessus. Soudain, on est encerclé de barbus et de femmes voilées qui scandent « Allah Ouakbar ! ». Je filme une très jeune fille voilée qui tient dans ses bras une poupée couverte de sang, un drapeau palestinien dessiné en rouge sur son front.

La manifestation est immense. Le maire de la ville parle au micro, demande l'arrêt des bombardements. Nadav me rappelle que beaucoup des gens présents ont de la famille dans les camps de réfugiés à Gaza...

On entre dans un restaurant de supporters de l'équipe de foot Saknine, qui est jumelée avec celle de Nadav, Hapoel TLV... On nous a dit que c'était le meilleur humus de la ville, tant mieux : on a faim... Nadav m'explique les noms de joueurs écrits sur les murs, en Hébreu et en Arabe.

La manifestation se termine et les manifestants se pressent dans les restaurants de la rue principale. On propose à un couple de se joindre à notre table : il y a quatre place, on n'a qu'à se serrer. On commence à parler. L'homme est le directeur de la première école « mixte » (Arabe-Juive) du pays... un très beau projet...

Un ami à nous avait fait un film sur lui et sur l'école... Comme quoi, c'est vraiment petit, ce pays !

On parle de la manifestation, on parle politique. Nadav lui demande pour qui il va voter... Il nous donne ses impressions des trois options qui s'offrent au Arabes-Israéliens... Il nous dit que Hadash (les communistes) sont ceux qui ont la plus belle idée politique dans tout le Moyen-Orient, surtout parce qu'ils veulent vraiment travailler au-delà des religions... Il laisse quand même transpirer sa propre déception de ne pas avoir été reélu dans sa commune, après tous les efforts investis... Il dit : les politiciens arabes, tout ce qu'ils font une fois qu'il sont en place, c'est grossir... on rigole : c'est vrai qu'ils sont tous gros, les hommes politiques en Israël... qu'ils soient Arabes ou Juifs, d'ailleurs...

On rentre à Tel-Aviv à temps pour une manifestation de la gauche, à l'appel du parti communiste. Rendez-vous place Rabin...

Arrivé un peu en retard, on se fait happer par la « contre-manif »... A l'appel de la droite, des patriotes sont venus en force pour soutenir l'armée et huer les « traîtres » que nous sommes... ça hurle sec. Nadav est tellement à fleur de peau que je le vois prêt à en découdre avec un type qui lui hurle dessus qu'il espère qu'un Quassam tombera sur lui et sa famille. Très calme, Nadav lui lance : tu es laid, si laid !

On sert les rangs, on retrouve les nôtres. La police s'interpose entre nous et les autres, mais il y a quand même quelques échauffourées : les porteurs de drapeaux israéliens arrachent les banderoles des mains des smolanims (gauchistes).

Arrivés à destinations, on retrouve le reste de la famille de Nadav... Sa mère a reçu une pierre, lancée depuis le haut d'un immeuble. Heureusement, elle est tombée sur sa main et pas sur sa tête.

La manifestation se termine, on se disperse en groupe, pour ne pas être seuls face à ceux qui attendent la fin de la manifestation pour se bagarrer... On croise un couple encadré de policiers, la fille en larme vient de se faire frapper.

On retire drapeaux, badges et signes distinctifs et on va souhaiter bon anniversaire à notre voisine, Shira, qui était aussi à la manifestation... Après concertation, elle a décidé de maintenir son pot d'anniversaire malgré la guerre.

On apprend que l'opération militaire au sol a commencé.

Le frère de notre voisine a reçu un texto de l'armée lui demandant de se tenir prêt à partir. Il est parachutiste. Il ne se pose pas la question de refuser, il partira si on lui demande.

Hadass, une amie de Shira, vient de revenir de quatre ans à Berlin. Elle nous dit qu'elle avait envie de partir, de quitter Israël. Mais qu'elle a compris que cet endroit on ne peut pas le quitter, qu'il vous poursuit même quand on essaie de fuir, même quand on part loin.

Notre voisine a déjà beaucoup bu, elle nous invite à faire de même. On ne sait pas « à quoi » boire. Alors on boit sans trinquer.

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