bon anniversaire

Hier c’était le soixantième anniversaire du pays. Le jour de l’indépendance. Chaque année, il y a le défilé militaire, mais cette année, c’était spécial : soixante ans. Il y a une eu grande parade, un défilé d’avions de chasse.

Ils se sont entraînés quelques jours avant. Moi qui n’étais au courant de rien j’ai eu une peur bleue quand les murs de la maison ont commencé à trembler au passage des avions. Je suis sortie sur le balcon (apparemment tout le contraire de ce qu’on est censé faire en cas d’attaque, mais bon) et c’est les voisins qui m’ont rassuré, hilares à la vue de mon visage livide.

Avant la fête et la joie, il y a le jour du souvenir, où la patrie reconnaissante se souvient de ses soldats morts. A huit heures du soir, il y a eu une première sirène. Nous étions au-dessus d’une grande route, l’équivalent du périphérique. Tous les conducteurs sont sortis de leurs véhicules, les soldats se mettant au garde à vous. Les radios ne diffusent que des chansons tristes, le présentateur précisant discrètement le nom du soldat pour qui elles furent écrites et la date de sa mort… « tu ne rencontrera jamais mon mari… tu ne seras pas non plus un mari, tu seras toujours mon frère le plus petit… » pour Eyal H.

La date donne la guerre dans laquelle le soldat est tombé. Nadav me raconte, quand il était plus jeune, il aimait passer des heures à regarder la télévision, qui pour l’occasion ne diffusait que des listes de noms, blancs sur noir. Nom, âge, date de mort. Parfois une photo. Il me montre sur ynet.com des portraits de soldats morts. Pour les soixante ans, le site a fait des petits films. Quand on clique sur un nom on peut voir des photos en fondu-enchaîné, et écouter des témoignages des parents ou des camarades du disparu. Untel est mort pendant la guerre du Liban, lui pendant la guerre de Kippour, l’autre pendant la dernière guerre…

Le lendemain, à onze heures, encore une sirène, et puis le jour reprend.

En fin de journée, les radios changent lentement leur programmation, passent doucement à des chansons plus légères. Parce que à partir de huit heures du soir, c’est la fête. La grande fête nationale : l’anniversaire, le jour de la liberté. A neuf heures, feu d’artifice magistral sur la place Rabbin, et ensuite animations et liesse jusqu’au petit matin.

Je suis très impressionnée par cette unité nationale. Soyez triste ! Tout le monde est triste. Fêtez, soyez joyeux ! Et tout le monde suit. Je ne connais pas ça.

Pendant le défilé militaire, il y a eu un terrible accident : un parachutiste a eu un problème dans sa trajectoire, a atterri dans la foule sur la plage de Tel-Aviv et a grièvement blessé deux personnes, et moyennement six autres, dont un bébé de deux mois. Interview d’une des blessées, le bras dans le plâtre, une minerve rouge autour du cou, trois côtes cassées : « Ce dérangement n’est rien en comparaison de la joie que je porte dans mon cœur après cette magnifique journée ! Quel beau pays que le nôtre ! Qu’elle est belle notre armée ! Quel fierté que la mienne ! »

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