Impressions de carnaval

Le carnaval de Rio s’est terminé hier. Mercredi de cendres-nom de la journée qui termine la folie carnavalesque- sous un soleil éclatant.

Le carnaval de Rio s’est terminé hier. Mercredi de cendres-nom de la journée qui termine la folie carnavalesque- sous un soleil éclatant.

_MG_0916.jpgFolie pure que ce carnaval. Toute la ville en ébulition, joie populaire au sens premier : une fête de la rue à laquelle tout participe.

Mouvements de foule, massif.


Se déguiser, se costumer, danser, boire, s’embrasser.

Dans différents coins de la ville, des « blocos »de samba se retrouvent et défilent, certains plus grands que d’autres, deux cent personnes ou deux cent mille personnes costumées, qui dansent et marchent aux rythmes de percussionistes ambulants, envahissant chaque coins de la ville.

Les noms des « blocos » annoncent la couleur : le bloco de l’aisselle du Christ, le bloco bouge pas, j’arrive ! le bloco embrasse moi, je suis cinéaste, le bloco sympatia e quase amor (la sympathie c’est presque l’amour), le bloco vade retro (qui a marché a reculons tout le long de la plage d’Ipanema), le bloco frances qui s’est retrouvé Place de Paris, dans le centre…

 

La ville entière se déguise. Certains incarnent leur« fantasia », déguisement/ fantaisie plus que d’autres. Cette année il y avait plein de cygnes noirs dans les rues, avec ou sans statuette d' Oscar à la main mais aussi un fort pourcentage de Khadafi en costards et lunettes de soleil, et beaucoup, mais alors beaucoup de rebelles lybiens qui promenaient des pancartes FREE LYBIA et des armes en plastique.

En voyant cet homme noir avec une bombe autour du cou, je pense au carnaval israélien où j’avais croisé le soldat Shalit et Anne Franck (avec son journal dans une main, une coupe de champagne dans l'autre), il y a deux ans de cela.

Petits moments de condensations historiques déroutantes comme seul le grotesque sait inventer.

 

Je suis le délire du mieux que je peux : une bière à la main, les pieds dans la samba.

Alors qu’on sautille sur une grande avenue surpeuplée sous un petit crachin de pluie, mon amie Elisa s’arrête, comme saisie d’une vision : en fait notre carnaval ici c’est l’équivalent de vos manifs là-bas.

Une fois que c’est dit, ce n’est plus possible pour moi devoir la folie du carnaval carioca autrement.

Et la plupart des éléments se rencontrent.

La manif, c’est le lieu où l’on se croise.

Tu viens ? oui. On se retrouve là-bas, alors. Tu faisquel parcours ? T’es avec qui ? T’es où, je te vois pas ?

Le carnaval aussi, tout pareil.

Pas de message ici. Aucun. Même ceux qui se risquent à uncommentaire sur l’actualité politique le font avec une distance telle que toute refléxion est annulée dans le même mouvement.

Du pain et de jeux et la fête et l’abondance et l’oubli. Surtout l’oubli.

Ça fait refléchir. Sur la fête, ce qu’on y trouve et ce qu’on y cherche. Sur les manifs, ce qu’on y trouve et ce qu’on y cherche.

 

Un groupe d’étudiants en antropologie de l’université de Niteroi a fondé un bloco de ordem, pour protester pendant le carnaval contre les diverses mesures repressives dont souffrent les pauvres et les très pauvres dans la ville de Rio. Mesures prises pour la plupart en prévision de la coupe du monde et des JO et qui visent directement à faire un enfer de la vie des plus misérables de la ville (histoire que, harassés et lassés, ils aillent être pauvres plus loin).

Ils ont fait plusieurs actions pendant le carnaval, toutes sous forme de promenade en centre ville accompagnée de tambours rauques, des critiques au préfet chantées sur l’air des marches carnavalesques traditionelles.

Dont celle-ci, trouvée sur internet : http://www.elefecto.com.br/mp3/cabrais.mp3

Qui est venu en caravelle tuer des indiens ?Cabral ! Qui est venu tuer les pauvres dans les favela ? Cabral ! Tu as été élu gouverneur, tu as oublié ce qui n'ont rien… et maintenanttu dis que les femmes des morros ne pondent que des marginaux, mais quel chaos (mensonge, en argot) !

 

Pour ceux/ celles qui veulent voir plus de photos de carnaval, suivre ce lien vers le site de Gabriel Mendes, auteur de la photo ci-dessus.

(gabmendes.com)

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