La guerre, vue d'Israël

Pour peu qu'on se refuse à l'angélisme sioniste qui voudrait faire d'Israël le pays des Juifs gommant toutes différences culturelles d'entre ses habitants par sa simple existence, on peut voir Israël comme une grande agrégation de différentes nationalités.Des groupes se forment, des groupes qui se regardent en chien de faïence, généralisent allègrement les uns sur les autres.

Pour peu qu'on se refuse à l'angélisme sioniste qui voudrait faire d'Israël le pays des Juifs gommant toutes différences culturelles d'entre ses habitants par sa simple existence, on peut voir Israël comme une grande agrégation de différentes nationalités.

Des groupes se forment, des groupes qui se regardent en chien de faïence, généralisent allègrement les uns sur les autres.

Il y a ceux qui, comme les "Américains" ou les "Français" sont réunis par un pays d'origine... Et puis il y a des regroupements plus vastes, des cultures qui se rejoignent, du moins en ce qu'elles ont de différent par rapports aux autres groupes. Les "Sudaméricains", par exemple, sont un groupe qui comprend pêle-mêle TOUS les immigrants d'Amérique du Sud. Forcément pour un observateur extérieur, ils aiment tous danser et faire la fête. Les "Russes", c'est pareil... un groupe hétéroclite dans lequel se pressent en vrac tous les habitants des pays de l'ex-union soviétique, arrivés en masse en Israël à partir des années 90 et l'ouverture du rideau de fer. Eux aussi ont leur habitudes culinaires et leur codes mystérieux, pour un observateur étranger eux aussi parlent une langue aux accents étrange. Et cela ne viendrait à l'idée de personne dans mon cours d'hébreu de demander à Olga d'où elle vient... d'ailleurs, même une fois qu'elle nous annonce son pays d'origine (l'Ukraine), son surnom reste inchangé: la belle Russe.

Il y a trois semaine de cela dans nous avons étudié un court texte qui parlait de tensions frontalières entre la Russie et la Géorgie. Du fond de la classe, Victor crache un commentaire, sa voisine se marre. Contagieux, le rire gagne toute la rangée. Notre professeur demande ce qu'il y a de drôle: rien, rien, juste une blague sur les Géorgiens. Les Américains sont choqués: le politically correct n'a donc toujours pas atteint l'ex-URSS. Les conséquences de la blague enflent et Victor se défend comme il peut: il ne pensait pas mal faire, il avait juste envie de rigoler un peu. Tout le monde fait des blagues sur les Géorgiens, non?

La blague de Victor a créé une faille dans le petit groupe de "Russes". Ils n'étaient pas Russes, pas tous. Et tout d'un coup, l'union se désagrège et d'infinies sous-parties se créent. Ah, ces Russes, ils se croient tout permis... soudain Michel comprend que la première chose à faire pour séduire Olga s'est lui trouver un nouveau surnom.

Ma professeur ayant certainement une grande expérience de ce genre de cas, nous n'avons plus touché au sujet des frontières russo-géorgiennes en cours. Pas même maintenant que la guerre tonne... motus: on se concentre sur les JO, une actualité moins risquée.

Mais en dehors des cours, on ne parle que de ça, les événements en Géorgie. Il y a eu une grande manifestations d'anciens ressortissants de Géorgie devant l'ambassade de Russie de Tel-Aviv. Des deux côtés les discussions sont enflammées.

Dans le journal hier, un entretien avec un ex-soldat israélien qui entraîna les troupes géorgiennes. Sous couvert de l'anonymat, L., 24 ans, raconte comment jusqu'en Avril, il a entraîné des commandos géorgiens aux combat au sol en terrain ennemi. Il est inquiet, raconte qu'il n'arrive pas à joindre les hommes qu'il a entraîné. Il a leur numéro de téléphone mais les lignes sont constamment occupées. C'est sûr qu'ils n'ont pas de grandes chances de victoire, il dit: c'est une armée de troisième monde. Mais tout de même, ils étaient très enthousiastes, ils avaient très envie d'apprendre, on sentait le climat de guerre déjà à l'époque de son séjour là-bas. Il est furieux de la décision israélienne de geler a vente d'arme aux Géorgiens, s'identifie avec ceux qu'il a entraîné et connu.

Ce n'est pas un cas isolé, il y a comme ça beaucoup de sociétés militaires israéliennes qui se promènent de par le monde, enseignant des tactiques guerrières à ceux qui veulent, souvent aux plus offrant. L'avantage pour Israël est que ces sociétés privés proposent les armes qu'elles connaissent le mieux, des armes israéliennes, donc. Ces sociétés privées travaillent donc en accord avec le gouvernement et lui permettent d'augmenter leur vente d'arme, un business des plus profitable.

Nadav me remémore un voyage que nous avions fait dans le désert du Néguev avec un de ses amis du lycée, Shai. Nous avions passé la nuit chez des amis de ce Shai. Ils habitaient dans une immense ferme flambant neuve au milieu du désert. Pendant tout le dîner, le couple nous avait régalé d'histoires plus ou moins drôles sur les neuf mois qu'ils venaient de passer en Afrique. J'avais demandé, puis insisté puis insisté encore sans obtenir de réponse: vous faisiez quoi, là-bas? Au café et après avoir un peu bu, ils avaient parlé d'armée et d'entraînement militaire... l'ami de Shai avait fait allusion aux capacités militaires du pays où ils avaient vécu tout ce temps... et on en était resté là.

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