zihronam li braha (que leur mémoire soit bénie)

Les étudiants d'Hébreu ont un journal rien que pour eux: on y lit les nouvelles en une langue simplifiée et nos professeurs s'y appuient pour les cours de grammaire ou de vocabulaire.Hier, la libération des otages.

Les étudiants d'Hébreu ont un journal rien que pour eux: on y lit les nouvelles en une langue simplifiée et nos professeurs s'y appuient pour les cours de grammaire ou de vocabulaire.

Hier, la libération des otages.

Pendant deux heures nous avons déchiffré un long article sur les deux soldats captifs (shvouim) qui ont enlevés (nehetfou) par le Hezballah, qui s'écrit avec un H guttural et non un H aspiré. Tous ensemble: hhhhhh(raclement de gorge)balah...

L'opération (mavtsa) aura lieu sur la frontière (gvul) à neuf heures du matin, soit une demie-heure après le cours de grammaire. Il y aura un échange, deux soldats israéliens contre cinq prisonniers du Hezballah. Un journal proche du Hezballah a publié un article qui laissait entendre que l'un des soldats serait encore en vie. D'autres détails après la récréation.

A la récréation se confirme la triste nouvelle: les deux soldats reviennent dans des cercueils. Les deux ont été tués (arougim) par des terroristes (mehablim)... encore un "h" guttural. Décidément...

Depuis que je suis ici, les portraits de Ehud Goldwasser et Eldad Regev me suivent, figures familières souvent associé aux troisième otage Gilad Shalit, lui toujours captif du Hamas. Leurs visages ne changent pas, toujours les mêmes portraits congelés dans le temps.

Ils sont morts, donc. D'après les analyses de leurs corps, ils semble qu'ils étaient déjà morts il y a deux ans. Leurs photos vont donc quitter les grilles du lycée d'en face ou les panneaux d'affichage. Seul Gilad va rester. Ehud et Eldad rejoindront la liste des soldats morts qu'on récite à la radio pendant le jour mémorial des morts pour la patrie.

Maintenant, à vous...

En utilisant le nouveau vocabulaire, dites ce que vous ressentez après les événements de la matinée :

C'est terrible pour leur famille, mais au moins ils en ont finit avec l'horrible attente... Ils étaient des héros, chaque soldat de Tsahal est un héros... Ils sont morts pour nous... oui, oui pour la défense de nos frontières... Mais, madame, une question... si on savait déjà qu'ils étaient morts, alors pourquoi on a rendu Kuntar-que-son-nom-soit-effacé?

(une coutume juive: la pire chose qui peut arriver à quelqu'un étant qu'on oublie son nom, on rajoute cet épithète aux noms de ses ennemis... Par exemple, sur les murs du mémorial de la Shoah au musée de la Diaspora de Tel-Aviv, on parle de A.H. sans écrire son nom)

A ce dernier commentaire, la blonde Kathya la Tchèque éructe: il ne fallait pas faire ça! on a rendu cinq assassin contre deux cadavres...ces hommes vont continuer de tuer des gens, des Juifs!

Le débat qui agite les médias israéliens depuis l'annonce de l'échange s'est retrouvé au centre de la discussion. Que faire? Récupérer à tout prix un soldat captif, sachant que le risque est que les terroristes voient dans l'enlèvement des soldats une possibilité de monnaie d'échange... Ou abandonner un ou deux ou trois soldats à l'ennemi par souci sécuritaire, sachant que chaque soldat est un citoyen qui risque de rechigner à servir une armée qui n'est pas prête à tout pour le défendre...?

Ce débat, à la fois politique, philosophique et idéologique a continué encore un peu dans la salle de classe, dans les frontières de notre vocabulaire limité. Surtout, il se poursuit aujourd'hui encore dans les médias et dans la rue, après les commémorations joyeuses du Hezballah à l'accueil des prisonniers que tous les Israéliens ont pu suivre sur leur poste de télévision, comme s'ils y étaient. Ou presque.

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