weekend Tarabut

Réunion de travail à quelqu’uns dans le Sud de la France.

 Nous rencontrons des militants Israéliens et Palestiniens de l’association Tarabut-Hithabrut  

(http://www.tarabut.info/en/home/  

et un texte en Français http://www.tarabut.info/en/articles/article/tarabut-qui-sommes-nous/ ). 

 

La proposition était de penser à la fois comment mettre en place une coopérations depuis la France avec les projets de Tarabut en Israël/ Palestine, mais aussi d’imaginer des manières par lesquelles nos expériences là-bas peuvent nourrir nos luttes ici.

C’est mon amie Tal qui m’a invitée : Tal à qui je dois d’avoir pu garder une relation avec « là-bas » depuis mon retour « ici ». Tal que j’avais rencontré pour des cours d’Hébreu et qui m’avait introduit à un groupe d’Israélien-n-e-s et de Palestinien-n-e-s en exil plus ou moins volontaire dans les rues de Menilmontant, un petit groupe avec qui une histoire d’amitié a commencé depuis trois ans maintenant.

J’avoue que c’est la deuxième proposition de ce weekend de travail qui m’intéresse le plus. Mes années là-bas m’ont convaincues qu’Israël est un laboratoire, poste avancé des expériences du pire possible en l’Occident. Exagéré ? peut-être. Les laboratoires sont pluriels et nos camarades Isratéliens ont eux aussi beaucoup a apprendre en pensant ce qui se joue dans nos quartiers ou dans nos favelas, raison pour laquelle l’idée d’échange sur les différentes facettes de la guerre qui se cache me plaît.

Et puis, il faut dire que la rencontre avec les amis de Tarabut est formidable. Je retrouve l’humour envahissant des militants Israéliens et Palestiniens. On rit beaucoup, c’est contagieux : blague sur blague. Ils tapent dru sans aucun cynisme, jamais. Il s’agit de déconstruire, par de désamorcer.

Et la langue ! Je suis toujours aussi ravie que les mots fassent (encore) sens pour moi. Je parle ! et me fais bien évidemment charrier sur mon accent. Sarfatia, eh ! Oui, Française. En Hébreu, je ne sais pas être autrement.

 

Plein de choses. Un weekend rempli. Et trop court, bien entendu.

Mais ce que nous a dit Johaina sur Saint Jean d’Acres doit être mis en commun car il se pense au présent et se doit d’être urgemment partagée dans l’action.

 

Johaina vient de Saint Jean d’Acres. Je connais cete ville sous le nom de Akko, son nom Juif. En Anglais elle se nomme Acres. Et en Arabe Akka.

Quand Johaina parle de la ville, c’est Akka bien sûr.

Elle raconte : la lente et discrète expropriation qui se fait au fil des années de moins en moins lente et de moins en moins discrète. Elle parle de sa mère, insidueusement persuadée que oui, « ils » ont raison, faudrait songer à déménager après tout le quartier devient dangeureux, non ?

Ce sont des histoires qu’on connaît bien, d’ici. La ville qui s’étend, qui devient ou redevient attractive aux capitaux nationaux ou étrangers, le potentiel touristique, immobilier, financier, spéculatif. Les opportunités uniques pour des plus-values exponentielles précieuses, les ravalements de façade, les hommes les femmes et les enfants qu’on pousse un peu vers les marges ou qu’on vire sans vergogne parce que « ça bouge, ça change ».

Faut vivre avec son temps ou disparaître.

Il y a des trésors d’orientalisme cynique dans les directives préconisées par la ville qui construit ni plus ni moins qu’un « musé vivant » (sic) au centre de la ville.

 

Johaina raconte qu’elle ne sait plus comment indiquer à ses visiteurs le chemin de sa maison. « Ils » ont changé les noms des rues.

Je repense à cette phrase du général Moshé Dayan, connu pour ses faits-d’armes lors des guerres des Six Jours et du Kippour autant que pour son œil manquant et sa passion pour l’archéologie et les fauves : « Vous ne connaissez pas les noms des villages arabes et rien n’est plus naturel car les livres de géographie ont disparu et les villages aussi. Nahlal s’est élevé à la place de Mahlul, le kibbutz Gvat à la place de Jibta, le kibbutz Sarid à la place du village de Huenifis, Kfar Yehushua a remplacé Tal al-Shuman. Il n’est pas de lieu dans ce pays qui n’ait pas été construit sur les ruines d’une population arabe. »

 

La ruine passe par la langue aussi. Bien sûr.

Sur l’autoroute qui mène à Saint Jean d’Acres, un panneau vert annonce la ville. En lettres Hébraïques AKKO, en lettres romaines l’Anglais de Acres et en Arabe la transcription littérale de AKKO, qui s’écrit AKKOU. Et puis, littéralement entre parathèses le nom de la ville en Arabe, (AKKA), comme il devrait être.

« Ils » volent jusque dans les représentations, pillent sans vergogne chaque recoins du réel, qui se transforme en souvenir par la violence de la volonté coloniale. Cette image, d’un nom de ville qu’on force à l’oubli, m’est insupportable.

 

Et, puisqu’il y a urgence à penser ce qui se passe là-bas, alors voici quelques pistes à partager. Le texte en pièce-jointe donne une idée de ce qui se passe à Akka. Ce serait formidable de les penser « depuis ici », avec nos outils (de) Français-e-s. Et puis, au cours du mois d’Août des propositions seront faites pour imaginer ensemble l’à-venir de la lutte contre l’extension de la colonisation de Akka.

 

 

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