une lettre

Mes amiEs de Tarabut-LAT m'envoie une lettre ouverte au sujet de l'interdiction de la manifestation du 19 Juillet à Paris.Je les remercie de trouver la force d'écrire, eux.

Mes amiEs de Tarabut-LAT m'envoie une lettre ouverte au sujet de l'interdiction de la manifestation du 19 Juillet à Paris.

Je les remercie de trouver la force d'écrire, eux.

Je vous recommande aussi le blog de Joëlle Marelli ici:

http://blogs.mediapart.fr/blog/joelle-marelli/180714/manieres-de-dire-la-fin-du-monde-bords-bordures-haies-falaises.

Pour ma part, I'm all out of words, je suis à court de mots.

J'ai reçu quelques nouvelles d'amis israéliens, toutes d'une tristesse insondable.

Pas de nouvelles des quelques habitants de Gaza que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans les dernières années.

Je leur ai écrit, bien sûr. Des mots sans réponses.

Pas de nouvelles... Je n'ai pas de nouvelles. Il n'y a pas de nouvelles. Enfin, si: des news, des actualités. Mais pas de nouvelles.

 

suit donc, la lettre des amiEs de Tarabut:

 

Lettre ouverte au sujet de l’interdiction de la manifestation du 19 juillet à Paris en solidarité avec le peuple palestinien

L’association française loi 1901 « Les AmiEs de Tarabut – LAT » - soutien au mouvement anticolonialiste Juifs/Arabes Tarabut-Hithabrut qui développe prioritairement ses activités sociopolitiques au sein de la société israélienne - était signatrice de l’appel à manifestation en solidarité avec le peuple palestinien du dimanche 13 juillet 2014 et y a participé.

Nous dénonçons fermement l’interdiction de celle du 19 juillet. Et nous posons des questions sur lesquelles nous voudrions avoir des réponses précises de la part du gouvernement :

·         Au sujet de l’interdiction au nom des troubles à l’ordre public du dimanche 13 juillet

-       Comment se fait-il que les membres de la Ligue de Défense Juive (LDJ – mouvement autorisé en France alors qu’il est interdit Israël !) aient pu se rassembler devant la synagogue de la rue de la roquette alors que leur appel à rassemblement mentionnait clairement : « Tuer le Hamas » ? Quelque soit la position de quiconque vis-à-vis du Hamas, depuis quand une telle incitation au meurtre (ne jouons pas sur les mots quant au fait que le Hamas est une organisation et pas une personne) est-elle autorisée à s’exprimer sur la voie publique en France ? N’y-avait-il pas là matière à interdire ce rassemblement pour « graves risques de troubles à l’ordre public » ?

-       Comment se fait-il que ce soit ces mêmes personnes qui se soient en premières retrouvées avec des armes au contact physique de participants à la manifestation à proximité de la synagogue rue de la roquette alors que c’est seulement aux « forces de l’ordre » que revient le droit à l’usage de la force pour rétablir « l’ordre public » ? Qu’en est-il d’une procédure quant aux responsabilités de ces forces dans la situation ?

-       Comme le montre des vidéos visibles sur internet, comment se fait-il que toujours ces mêmes personnes dotées d’armes, après s’être montrées agressives et menaçantes à l’égard de manifestants présents rue de la roquette, aient pu ensuite être protégées par les « forces de l’ordre » de la réaction de ces manifestants sans pour autant être ni désarmées ni arrêtées ?

La réponse à ces questions n’est pas anodine car cela impact évidemment l’analyse des troubles de dimanche et par conséquent les leçons à en tirer.

·         La mise sous pressions des personnes solidaires du peuple palestinien

Nous avons participé à tous les rassemblements et manifestations à Paris depuis celui du mercredi 9 juillet à Saint-Michel. Nous faisons les constats suivant :

-       Rassemblement à Saint-Michel - 9 juillet : au début du rassemblement les « forces de l’ordre » l’entourant étaient juste en uniforme, sans protections spécifiques. Par la suite elles n’ont pas su empêcher l’agression du rassemblement par la LDJ. Le service d’ordre du rassemblement a tenu au courant les « forces de l’ordre » de ce qu’il constatait en matière de présence des membres de la LDJ.

-       Rassemblement place des invalides – 11 juillet : dès le début du rassemblement, présence à distance des « forces de l’ordre » équipées (protections plastiques, casques, boucliers, flashball…). Le secrétaire général de l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS), un des organisateurs du rassemblement, a mis fin aux prises de paroles de jeunes dès lors qu’elles ont pris une dimension religieuse.

-       Rassemblement à Belleville – 12 juillet : au début du rassemblement les « forces de l’ordre » équipées (protections plastiques, casques, boucliers, flashball…), se tenaient à distance du rassemblement, les plus proches ainsi équipées étant devant la synagogue boulevard de Belleville. Quand le rassemblement s’est mis en mouvement vers le métro couronnes, nous sommes passés devant la synagogue sans incident jusqu’à ce qu’un membre de la synagogue provoque verbalement les manifestantEs. Les « forces de l’ordre » pourtant présentes et en contact physique direct avec la dite personne n’ont pas su empêcher cette provocation. Pour autant, par la suite, et malgré la colère des manifestantEs et la tension du moment, ceux/celles-ci ont su éviter tout dérapage physique à l’égard de la synagogue et des personnes qui s’y rattachaient.

-       Manifestation au départ de Barbès– 13 juillet : dès le début, total encadrement de la manifestation par les « forces de l’ordre » équipées (protections plastiques, casques, boucliers, flashball…). Service d’ordre de la manifestation intervenant pendant la manifestation pour éviter un dérapage avec un groupe de contre-manifestant protégé par les « forces de l’ordre » en plein milieu de la manifestation.

-       Rassemblement place des invalides – 16 juillet : dès le début présence des « forces de l’ordre » équipées (protections plastiques, casques, boucliers, flashball…) mais aussi de barrières antiémeute fixes et mobiles. Pas de troubles à l’ordre public.

Nous constatons ainsi que de jour en jour d’une part le dispositif des « forces de l’ordre » s’est fait de plus en plus présent et équipé et d’autre part que les organisateurs des rassemblements et manifestations n’ont cessé de prévenir les potentiels troubles à l’ordre public.

Comment se fait-il donc qu’aujourd’hui se soit ces mêmes organisateurs qui risquent d’être interdit de manifester ? Nous envisageons que derrière la posture des « forces de l’ordre » il y a une dynamique de renforcement des tensions plutôt que de leur apaisement. Dynamique à laquelle participe pleinement l’interdiction de la manifestation du 19 juillet.

·         L’importation du « conflit » en France

Selon le président de la république, M. François Hollande, et le premier ministre, M. Manuel Valls, il n’est pas question de laisser le « conflit » « s’importer » en France.

Que cela signifie-t-il quand la première déclaration du président de la république va à Benjamin Netanyahu et lui reconnaît le droit de « prendre toutes les mesures pour protéger sa population » sans poser de quelconques limites. Déclaration beaucoup moins permissive à l’égard de Mahmoud Abbas.

Que cela signifie-t-il quand le premier ministre dénonce des violences contre les synagogues de la roquette et des tournelles alors qu’il n’y en a pas eu mais qu’il y a eu des affrontements entre manifestants et membres de la LDJ ?

Nous envisageons qu’en fait ce dont il s’agit en matière de non importation du « conflit » en France c’est le non développement d’une solidarité avec le peuple palestinien et qu’ainsi l’Etat français soutien de fait la politique coloniale de l’Etat d’Israël, important en France un camp contre un autre.

Au regard de ces éléments nous envisageons que l’interdiction de la manifestation de ce samedi ne vise pas à prévenir des « graves risques de troubles à l’ordre public » et à apaiser la situation, mais plutôt à empêcher l’expression populaire d’une solidarité avec le peuple palestinien, d’autant plus quand elle a surtout quelque chose d’arabe et/ou de musulmans. Pour faire le travail de prévention de « graves risques de troubles à l’ordre public » et d’apaisement dont il est question il existe d’autres moyens que l’interdiction qui au contraire ne va que renforcer les tensions. Le plus simple serait de défendre concrètement les droits humains en prenant des mesures énergiques contre l’Etat d’Israël qui ne cesse de ne pas respecter le droit international. Un tel signal serait beaucoup plus efficace en matière de prévention de « graves risques de troubles à l’ordre public » et d’apaisement tant les personnes qui sont solidaires du peuple palestinien le sont avant toutes choses par souci de Justice et non par « communautarisme ».

« Les AmiEs de Tarabut – LAT »

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