adtraka (refoulement en hébreu)

Il faut dire une chose, les gens ici savent faire la fête.

Depuis le début de la semaine, les rues de Tel-Aviv sont remplies de gens en costume. Les enfants ont passé les derniers jours sans quitter leur déguisement et les adultes ont suivi avec enthousiasme. Les fêtes sont nombreuses, débordent des appartements sur les trottoirs.

Je ne sais pas si c’est l’article satirique dans le Haaretz de la semaine dernière présentant la fête de Pourim comme le moment de l’année où, en règle générale, les attentats reprennent… Toujours est-il que tous ces gens costumés me donne froid dans le dos.

C’est difficile de raconter aux autres cette sensation de fin du monde qui me prend à la gorge dans la rue animée. Je ne vais pas leur gâcher leur fête, quand même. Tout le monde à l'air de tellement s'amuser. Une légèreté absolue. Il fait chaud, c'est le printemps.

Il y a plein de Hassan Nassralah, une fille en robe grise sur laquelle est épinglée une étoile jaune où il y a écrit jude qui danse avec un carnet beige à la main : it’s my diary, I am Anne Franck… un Ben Laden pas très recherché qui a gardé ses lunettes de myope, beaucoup de Breslavs ivres et extatiques dont on n’est pas sûrs s’ils sont déguisés ou non, un porte parole de Al-gezira en maillot de bain rouge et perruque blonde de Pamela Anderson, des nonnes, des fées, un type qui porte un drapeau d’Israël et une kippa de colon et du rouge à lèvre et une paire de faux seins, un Igal Amir, des Arafats, des terroristes…

Sur les murs, les invitations pullulent : super hard tekno party, come and dance before the war comes

On fait comme tout le monde, on danse, on fait la fête.

Il y a des soldats en perm'. Ils ne sont pas déguisés, eux. Ils doivent venir de loin sinon ils auraient pris le temps de se changer.

Les gens boivent peu mais se droguent beaucoup. Beaucoup. Sans retenue et sans aucune pudeur.

L’effet d’angoisse passe.

Et puis revient un instant quand on est pris dans une cohue au sortir d’une fête.

Je rencontre Oren qui travaille à l’association Btselem. En parlant fort pour couvrir le son de la musique, il me dit que trois des garçons du bureau sont allés passer la nuit à Hébron pour monter la garde : à la fête de Pourim, les colons se soûlent et vont attaquer les Palestiniens qui vivent à côté d’eux, à coup de pierre, de crachats, d’insultes. La présence des activistes n’empêche pas les violences, mais leurs caméras serviront de témoins.

Le déguisement de prédilection des colons pour la parade de Pourim à Hebron ? S’habiller en Baruch Goldstein, un malade qui est entré dans la mosquée du tombeau des Patriarches et a assassiné 29 personnes en pleine prière.

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