Propagande ratée

En faisant des recherches sur le cinéma israélien il y a de cela quelque temps, j’étais tombée sur plusieurs sites se disant d’information, qui en fait s’occupent de distiller la pire propagande avec le sourire…

En faisant des recherches sur le cinéma israélien il y a de cela quelque temps, j’étais tombée sur plusieurs sites se disant d’information, qui en fait s’occupent de distiller la pire propagande avec le sourire… Par curiosité, pour me maintenir informée et parce qu’on m’a appris qu’il toujours mieux connaître les outils de ses ennemis, je m’étais inscrit sur quelques-unes des mailing-list de ces militants-colons et reçoit donc régulièrement des informations sur leurs productions vidéos.

 

Ainsi, j’avais pu découvrir en avant-première exclusive lepremier épisode d’une websérie, entre le documentaire et la fiction,entièrement réalisée dans une colonie, où les acteurs « jouaient leurpropre rôle » et où il était question de guerre contre le terrorisme, desurvivance, de conquêtes et de victoire. C’était pas très bon, la propagandel’est rarement, non ? surtout c’était très, TRES, angoissant… ouvertementraciste, sans retenue aucune.

Mais j’ai continué de regarder leurs envois.

La plupart des hommes et des femmes-troncs qui prêtent leurvoix à ces « spots » de pub et de propagande, organisés comme despetits reportages ou courts-métrages ont des accents américains et en grandemajorité, ces petites vidéos sont souvent très bien produites. Il y a un message fort (etsimple : on est chez nous ou quelque chose d’avoisinant), des genssouriants d’un côté et méchants de l’autre.

 

Voici ce que j’ai reçu il y a quelques jours :

http://www.chizuknow.com/pick-a-side-video

La vidéo s’intitule donc : choisis ton camp

Ce qui est assez drôle, c’est que si on ne sait pas d’oùvient ce que l’on voit, on se laisse assez porter par les 25 premières secondesoù des images colorées montrent sur un rythme rock des drapeaux palestiniensqui flottent au vent et des pierres et des coups qui tombent sur des soldats.

Après, un type nous explique qu’il s’agit d’une guerremondiale. Une guerre mondiale de religion dans laquelle Israël a un rôle àjouer. Encore une fois, c’est peut-être mon esprit tordu mais entre les visagesmasqués de keffiehs et les robocops-flics surarmés, entre les bouches ouvertesdes manifestants en colère et les fourgons de police blindés qui filent vers lenéant… j’ai l’impression que leur propagande ne prend pas.

Mauvais choix d’image, peut-être ?

Mais alors, c’est aussi un très mauvais choix d’images queces sourires tête-à-claques qui suivent, sans parler des longues séquences deprières au mur des lamentations, bizarrement mis en rapport avec le mur deséparation…

Ah… la belle vie dans les colonies… !

Je lance une question, en forme de parenthèse : commentfont les colons pour TOUJOURS cadrer leurs lieux d’habitats au milieu d’un videintersidéral… à les voir, leurs colonies, on a l’impression qu’il n’y avraiment rien autours… rien à part quelques oliviers et des collines à perte devues. On ne voit pas les villages arabes sur lesquels ces coloniess’implantent, on ne voit pas les soldats qui montent la garde à plusieurs pourque la petite fille puisse jouer sur sa balançoire « en toutesécurité ».

Le clip continue : le drapeau, encore et toujours, adnauseam… et la musique aussi, cette soupe sur la terre promise, c’en est trop…

Un type en costume insiste pour savoir dans quel camp je metrouve… après ce clip vidéo, la réponse est claire : le camp où il n’y apas la musique geignarde et le type qui n’arrête pas de sourire.

Je trouve que décidément, en matière de propagande, ils ontraté leur coup cette fois-ci.

Ce qui est plutôt réjouissant.

 

Pour en finir avec cette vidéo décidément de très mauvaisgoût. A 01:09, un soldat et unesoldate se prennent en photo devant un mur barbouillé de graffitis et qui pourraitêtre le béton gris d’un check point… ça vous rappelle quelque chose ?

Je n’arrive pas à savoir si le spot a été réalisé avant quela soldate Eden poste ses photos sur facebook sous le titre « l’armée, lemeilleure moment de ma vie ! » ou si cela a été un choix délibéré.

Cette histoire de photos m’a rappelé le film de Tamar Yarom,« Pour voir si je souris » dans lequel la réalisatrice interview desfemmes ayant fait leur service dans les territoires occupés plusieurs annéesaprès leur service. Les femmes racontent ce qu’elles ont vu, ce qu’elles ontfait, s’interrogent sur l’armée en tant que femme, sur ce que c’est d’avoir lepouvoir. L’une d’entre elles parle d’une photo qu’une amie avait prise d’ellealors qu’elle posait à côté du cadavre d’un homme Palestinien. Elle dit dans lefilm qu’elle voudrait retrouver la photo pour voir si, dessus, elle sourit.

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