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Billet de blog 23 oct. 2008

La cabane des Refuzniks

On sort beaucoup en ce moment... La période des fêtes (enchaînement étourdissant sur quelques semaines de Rosh Hashana, Yom Kippour, Soukkot et enfin Simhat Torah... ) est riche en événements, réunions et sorties.

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On sort beaucoup en ce moment... La période des fêtes (enchaînement étourdissant sur quelques semaines de Rosh Hashana, Yom Kippour, Soukkot et enfin Simhat Torah... ) est riche en événements, réunions et sorties.

Pour Sukkot- la fête des cabanes- il est de tradition d'inviter ses amis dans sa sukka/ cabane. Ainsi, nous avons fait un petit tour des sukkot de la ville, allant notamment à celle du candidat communiste à la mairie de la ville et à celle des Refuzniks, les jeunes gens qui refusent d'aller à l'armée, non pas en se faisant passer pour fou ou incapable, mais en disant haut et fort qu'ils refusent de participer à l'armée occupante. Ces jeunes gens passent en jugementen cour martiale... après quoi, ils seront condamnés à des peines de prison ferme.

Les Refuzniks et leurs amis ont planté leur cabane au coin de la rue King Georges et des allées des Fils de Sion. Il y a surtout des filles, de très jeunes filles, pour la plupart des amies des quatre qui ont refusé il y a de cela un mois. Curieuse, je demande à les rencontrer... Ben non, elles sont en tôle! Leur refus a fait beaucoup de bruit et pour celles avec qui je discute, c'est aussi une victoire féministe... Avant, quand une fille refusait de partir à l'armée cela ne faisait que peu de remous, il était entendu qu'elle était de tout façon un secondaire, puisqu'elle ne combattrait pas...

Distribution de tracts pendant que les banderoles montent aux arbres...

L'une de ces banderoles, la plus grande, est le dessin iconographique de 68: le CRS levant sa matraque, prêt à taper le manifestant. Je pense au slogan: CRS-SS. Je raconte le slogan et l'effet de condensation désagréable à Yafit qui en train d'aider deux autres à fixer la banderole à un arbre. Je lui demande si ce dessin a été choisit en connaissance de cause, si c'est une citation... Elle se marre: c'est elle qui a fait la banderole... et non elle ne savait pas d'où ça vient... mais c'est un heureux hasard, non?

Une fois déroulé, le slogan en Hébreu se mêle aux silhouettes des flics à bâtons: L'OPPRESSION D'UNE ARMÉE OCCUPANTE NOUS RONGE DE L'INTERIEUR.

Quelques passant grognent un peu contre ces gauchistes idiots qui devraient mieux s'occuper de leur pays... mais il sont très très rares. Et très peu menaçant. Rien à voir avec ceux qui ont cassé le nez d'une militante de gauche venue accompagner la cueillette des olives palestiniennes de l'autre côté de la ligne verte. Après tout, nous sommes en plein centre de Tel-Aviv, la ville de toutes les permissions et de toutes les indifférences. Pour le meilleur et pour le pire. Les manifestations de gauches, ils connaissent ici. Et ce n'est pas quelques refuzniks qui vont les détourner de leur routine.

Je prend un des tracts qu'on me tend: une fête contre l'occupation! Plus précisément, nous sommes invités par les Anarchistes contre le Mur à venir danser contre le Mur de Séparation. Trente shekels, l'intégralité des fonds sera reversé à la lutte.

On y va, bien sûr.

Tout le monde est si jeune! Nadav et moi ferions figures de vieux schnoques s'il n'y avait pas les camarades de Btselem pour redresser un peu la moyenne d'âge. Tous jeunes, tous un peu punk, tous Juifs. Pas d'Arabe à l'horizon. Et pas d'explication quand j'essaie de comprendre pourquoi. Les seuls fêtes vraiment mixtes que j'ai vues à Tel-Aviv étaient les fêtes homos... vraisemblablement le seul endroit nocturne où garçons et filles Arabes et Juifs se rencontrent vraiment...

A la sortie de la boîte de nuit, un homme s'arrête, interpelle un jeune homme aux longs cheveux roux qui je sais a déjà fait dix mois de prison pour refus de service. L'homme lui explique avec patience et sympathie qu'à son avis, il vaut mieux tout de même faire l'armée... malgré tout, malgré ses désaccords politiques avec le gouvernement que l'armée sert, il argue que c'est la seule manière de faire changer les choses : de l'intérieur. Tu comprends, dit-il, ce pays a toujours été et sera toujours militariste. Si on laisse l'armée à la droite, qu'est ce qui nous restera? Il nous faudrait un nouveau Rabbin, un nouveau général pour la paix, c'est notre seul salut... Et il ne viendra que de nos rangs à nous, de la gauche contestataire... sinon on continuera d'être gouverné par des Sharon et des Mofaz. Mais alors, la gauche contestataire doit contester en saluant au garde à vous?

Le jeune homme roux fait un salut moqueur, la main sur la tempe. L'homme sourit avec nostalgie: l'armée c'est beaucoup plus que ça, tu sais...

Cela me rappelle une discussion qu'on avait eu il y a quelque temps avec Nadav: si on soutien les refuzniks, n'est ce pas la porte ouverte à tous les refus? que dire alors des soldats qui ont refusé d'évacuer les colonies de Gaza...? Et qu'est ce qui est plus efficace pour le quotidien des hommes et des femmes qui souffrent de l'occupation: un soldat qui dit NON, je ne servirait pas, au risque d'aller en prison... ou le même soldat qui, en uniforme, refuse de remplir des missions iniques et tente de remplir sa mission en respectant l'Autre, celui en face de lui?

La vidéo ci-dessus est un très bel entretien avec Yonathan Shapira, haut gradé de Tsahal qui a refusé et qui explique pourquoi.

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