la parole

Je suis sidérée. Nous sommes sidérés. Je me rends compte que je n'ai plus de mots. Et que j'ai bien évidemment du mal à sourire.Ah si, j'ai quand même ri récemment. Lors d'une conversation sur le terrorisme, la terreur, la trouille, la flippe, l'horreur et le reste, un ami a insisté pour dire "le tas islamique". Le tas, au lieu de l'Etat. Un petit pas de côté. On ne parle plus d'Etat, on va parler de tas. De petit tas. Et ça m'a fait rire, mais rire... Un vrai rire. Certes un peu nerveux, mais plein quand même. Le tas islamique. Haha.

Je suis sidérée. Nous sommes sidérés. Je me rends compte que je n'ai plus de mots. Et que j'ai bien évidemment du mal à sourire.

Ah si, j'ai quand même ri récemment. Lors d'une conversation sur le terrorisme, la terreur, la trouille, la flippe, l'horreur et le reste, un ami a insisté pour dire "le tas islamique". Le tas, au lieu de l'Etat. Un petit pas de côté. On ne parle plus d'Etat, on va parler de tas. De petit tas. Et ça m'a fait rire, mais rire... Un vrai rire. Certes un peu nerveux, mais plein quand même. Le tas islamique. Haha.

Ce matin j'ai lu un texte très beau, d'un collectif de cinéastes syrien qui sont la meilleure chose qui soit arrivée au cinéma depuis les frères Lumières.

Ils s'apellent Abounaddara et je vous passe ici ce qu'ils écrivent. Les liens vers leurs films sont inclus. Je ne saurais assez vivement vous recommender de cliquer sur les trois petits films qu'ils mettent en avant dans ce texte. C'est d'une beauté et d'une intelligence rare, ça permet de mettre des mots et de la pensée sur des choses qu'on peine à (se) dire.

 

Un idéal, ou on va tous crever

Un crime odieux a été perpétré au nom de Dieu en ce 13 novembre à Paris. Les assassins présumés sont des citoyens français ou belges qui ne se reconnaissent ni dans leur communauté nationale ni dans la commune humanité. Cela mérite indignation, question et mobilisation. Mais au lieu de cela, on nous promet état d’urgence, guerre et davantage de frontières.

On a ainsi décrété que le mal vient d’ailleurs, d’un pays de barbus au couteau entre les dents. Car c’est bien dans ce pays que les assassins de Paris auraient fourbi leurs armes. C’est aussi dans ce pays que leurs complices égorgent les “mécréants” et s’en vantent sur YouTube. Et si vous ne le croyez pas, honnêtes citoyens, c’est parce que vos télévisions ne vous montrent pas la vérité crue : ainsi parle un éminent philosophe français, lauréat du Prix Bristol des Lumières, qui appelle à diffuser en prime time des scènes d’égorgement réalisées par Daech afin de “faire prendre conscience de la réalité”.

Or ce pays de barbus, qui se trouve être le nôtre, n’est pas plus “le pays du mal” que la France est “le pays des Lumières”. Nous le savons bien nous autres qui le filmons au quotidien depuis cinq années. Voyez donc ce soldat qui a égorgé son ennemi (https://vimeo.com/55082448), ce barbu qui a vu son prochain se faire égorger (https://vimeo.com/140283505) ou cet autre barbu qui ne croit plus en la justice des Hommes (https://vimeo.com/113070561). Tous disent que le mal n’est pas plus une fatalité ici qu’ailleurs, qu’il n’est pas davantage une culture ou une religion, mais plutôt une tentation à laquelle tout un chacun peut céder à son corps défendant.

A quoi bon donc l’état d’urgence, la guerre et les frontières ? Le mal ne se trouve pas dans un territoire déterminé attendant qu’on l’“éradique”, comme s’accordent à le dire les dirigeants du monde démocratique, Vladimir Poutine, Bachar el-Assad, ainsi que… les assassins eux-mêmes qui promettent d’éradiquer la “perversion” à Paris. En l’occurrence, le mal réside plutôt dans ce discours de l’éradication qui s’en prend à notre monde commun, celui de la déclaration “universelle” des droits de l’Homme, en nous annonçant deux mondes irréductibles avec EUX d’un côté et NOUS de l’autre. Un discours qui se fait désormais entendre en prime time sur les médias du monde pour le plus grand bonheur des annonceurs de produits électroménagers (https://vimeo.com/116944509).

Face au feu qui menace ainsi notre monde commun, en Syrie ou à Paris, il nous faut allumer un contrefeu en inventant un nouvel idéal. Un idéal qui dissuade nos frères et nos enfants de “divorcer la vie d’ici-bas”, comme les y invite Daech dans son communiqué publié suite au crime de Paris. Un idéal de commune humanité, sinon on va tous crever.

Collectif Abounaddara

 

P.S. A propos de commune humanité, il serait bon de commencer par demander aux médias du monde de s’abstenir d’exhiber les corps des victimes syriennes, comme ils ont si bien fait s’agissant des victimes parisiennes, au nom du principe de dignité.

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