Télévision et religion en Israël

J'adore la télé israélienne.En fait, nous n'avons pas de télévision à proprement parler, juste écran sur lequel on voit TOUTES les séries télévisées qui nous tombent entre les mains. Soit disant pour que je puisse perfectionner mon hébreu. En fait, pour être honnête, tout simplement parce qu'une fois le premier épisode regardé, on meurt d'envie de regarder le deuxième, et ensuite le troisième et ainsi de suite. C'est qu'elle sont bonnes, les séries israéliennes...

J'adore la télé israélienne.

En fait, nous n'avons pas de télévision à proprement parler, juste écran sur lequel on voit TOUTES les séries télévisées qui nous tombent entre les mains. Soit disant pour que je puisse perfectionner mon hébreu. En fait, pour être honnête, tout simplement parce qu'une fois le premier épisode regardé, on meurt d'envie de regarder le deuxième, et ensuite le troisième et ainsi de suite. C'est qu'elle sont bonnes, les séries israéliennes...

La dernière série en date est peut-être la meilleure que j'ai vue jusqu'à présent. Elle s'appelle "srugim" (les tricotés) et raconte le quotidien de jeunes religieux habitant à Jérusalem.

Les "srugim" sont les religieux qui portent des calottes tricotées de fils colorés, par opposition aux religieux "haredim" qui portent des calottes noires. Dans chacune de ces deux "sections" il y a des courants et des disputes terribles...

Comme dans la blague: Après quinze ans, des secouristes retrouvent sur une plage déserte l'unique rescapé du naufrage d'un bateau. Ravi de la soudaine compagnie, le naufragé leur fait faire le tour de son île... Il y a tout construit! Une petite maison, un bar, une pharmacie, une synagogue... Très impressionné, le secouriste montre une dernière construction, tout aussi impressionnante, qui n'a pas encore été nommé. Le naufragé baisse la voix et chuchote d'un air entendu: ça, c'est l'autre synagogue... je n'y mets jamais les pieds!

Les "srugim" se sont auto-proclamés des religieux-sionistes. Ils sont les nouveaux pionniers, revendiquent un lien très fort à la terre d'Israël. Ce sont eux qui pour la plupart peuplent les colonies illégales. Ou pour être plus précis: certaines branches idéologiques de ce courant religieux sont le fer de lance du mouvement des colons. Ce sont souvent eux qui ont remplacé les kibboutzim au front, car non content de faire l'armée (par opposition aux Haredim qui en sont eux dispensés) ces religieux excellent dans leurs carrières militaires et sont sans peur aucune quand il s'agit de défendre la mère patrie.

A ce propos, il y avait eu plusieurs cas durant le démembrement des colonies sur la bande de Gaza, où un ou plusieurs soldats se refusait d'évacuer ceux qu'ils considéraient des camarades idéologiques... Ce qui pose un problème certain: si la gauche laïc fait de moins en moins l'armée et surtout de moins en moins l'armée à des postes combatifs, l'armée israélienne ne risque-t-elle pas de devenir bientôt une entité totalement régie par des religieux de droite voir des religieux nationalistes, voir des religieux ultra-nationalistes?

Pour revenir à la série, dès les premières minutes, j'ai été époustouflée. A ma charge, j'arrivais bardée d'a priori, je pensais qu'une série sur des religieux serait forcément inintéressante... puisqu'elle ferait impasse sur l'élément essentiel à l'addiction (seul véritable critère de qualité): les histoires de coeur...

Eh bien non: il n'y a que ça !

Il y a trois héroïnes. La première refuse une demande en mariage de son partenaire sous prétexte qu'il a attendu de gagner autant qu'elle pour lui demander sa main: elle refuse d'être la femme d'un homme qui refuse que sa femme gagne plus que lui. La deuxième retrouve un ancien amoureux lors d'une séance de 'speed dating' (méthode américaine qui consiste à voir un maximum de candidats potentiels pour une rencontre et ce en un minimum de temps). La troisième autorise son copain à dormir sur le canapé après qu'ils aient trop bu... elle provoque l'ire de sa co-locatrice, furieuse que les règles établies ne soient pas respectées. Mais de toute façon, quand le jeune homme en question refuse les boîtiers à prières de la voisine sous prétexte qu'ils appartiennent à une femme, notre héroïne a compris que ce n'était pas un homme pour elle...

J'étais incroyablement surprise. Tellement que j'ai soupçonné que le tout avait été transformé pour en appeler à des gens comme moi. Non, non... Une "srougim" de l'ulpan m'a confirmé que tout ce que je pensais être des évidences étaient en fait des clichés. C'est des questions de courants d'idées, de tendances, de chapelles, quoi...

Bien sûr que je m'étais déjà fait la réflexion que, à passer ses journées entières à déterminer ce qui est le plus pudique, le moins chaste, le plus pur etc les religieux (toutes religions confondues) n'ont qu'UNE SEULE ET MÊME IDÉE EN TÊTE, déclinée à l'infini... (oui, celle-là... et celle là aussi... et celle-là encore, parfois oui...) Donc, le fait qu'il y ait des histoires de coeur dans la série préférée aurait dû me sembler normal... Mais la confirmation que les religieux sont, en fait, des gens comme nous, a été un bouleversement.

Jusqu'à ce que je me rende compte d'une chose: il n'y a à aucune moment dans ce premier épisode, quoi que ce soit en rapport à des questions politique. Alors, oui... des gens comme vous et moi (si, honorable lecteur, vous n'êtes pas inscrit à la synagogue d'en face). Mais il manque un élément important à la description de ce nouveau courant du judaïsme... Peut-être que les créateurs (des jeunes religieux soucieux de montrer leur communauté sous un angle différent) ont préféré faire l'impasse...

On verra: la suite au prochain épisode...

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