A Rio, guerre civile assumée et chambres à gaz

A Rio, depuis samedi, la guerre a été déclarée. Depuis quelques temps maintenant, les Unités de Pacifications (UPP) ont envahi les favelas et mis en fuite les trafiquants de drogue. Les groupes de narcos, voyant leur chiffre d’affaire diminuer, se sont regroupés dans les rares favelas que la police militaire (PM) n’occupe pas. Depuis ces lieux, ils se sont mis à penser ensemble.

A Rio, depuis samedi, la guerre a été déclarée. Depuis quelques temps maintenant, les Unités de Pacifications (UPP) ont envahi les favelas et mis en fuite les trafiquants de drogue. Les groupes de narcos, voyant leur chiffre d’affaire diminuer, se sont regroupés dans les rares favelas que la police militaire (PM) n’occupe pas. Depuis ces lieux, ils se sont mis à penser ensemble. Ils ont commencé à attaquer « l’asphalte », c’est à dire dans la zone sud de la ville, chez les riches. Et puis, fatigués de ne pas pouvoir poursuivre le trafic, ils ont décidé de réunir les factions rivales depuis toujours, et ont commencé une série d’action dans la ville, en protestation contre la repression policière. Bus, van, voitures brûlées… et puis, cocktails molotovs, grenade, drive by à coups de kalash…

Ceci depuis samedi, donc.

C’est la guerre, c’est la guerre. Tout le monde ne parle que de ça.

L’armée a été apellée à la rescousse, six blindés ont été envoyés pour envahir la favela de la Vila Cruzeiro.

Les images de la TV globo sont hallucinées. Un caveirao, l’un de ces chars de l’unité spéciale du BOP (celle du film cinétrash à sensation troupe d’élite qui explose la billeterie bréslienne à l'heure actuelle) a été atteint par une grenade. Des policiers s’enfuyant ventre à terre. Des bandits s’échappant dans l’une des brousses verdoyantes près du complexe de l’Alemand, tirant en l’air avec des mitraillettes de poing.

Depuis la zone sud, c’est la panique qui s’installe. Ma tante Hermione ne veut plus sortir de chez elle. Tu te rends compte, s’ils s’unissent ? s’ils se regroupent ? qu’est ce qu’on va devenir ? on est à leur merci ! on est encerclés !

Un dîner de famille, thanksgiving à la brésilienne, avec la famille élargie. Discussion très sérieuse sur la meilleure manière d'en finir avec le trafic... et par extension les trafficants. Tatie Liliane hoche la tête et d'un air docte, annonce: la seule solution c'est la mort aux rats. Puis, se ravise: ou les chambres à gaz.

En pièce jointe, un tract qui circule sur internet… et qui serait un appel des différents commandos. Forcément, on est en droit de se demander si ce ‘manifeste’ est vrai ou non. Peu importe. Qu’il soit le fruit du fantasme d’un blanc/ riche/ de la zone sud ou véritablement un document composé par les « bandidos » le fait est que la guerre, à se déclarer, prend un tour social inespéré à Rio, cidade maravilhosa.

Traduction :

Il a été décrété par l’union des partis CV, ADA et TCP(Comando Rouge, Amis des Amis et Troisème Comando) respect, loyauté, force, humilité, amour et dignité pour toutes les communauté, joignez-vous à nous.

Il a été décrété par l’union des partis : quand il y aurala repression de la police dans une favela, quelqu’elle soit, lâcheté qui fait couler le sang, toutes les communautés prepareront leurs armes et tireront sur les immeubles, sur les voitures importées et sur ce qu’il y a de plus riche proche de ta favela, saccageant les entreprises, les boutiques, les marchés.

Il a été décrété par l’union des partis que pour chaque habitant innocent et pauvre que la police tuera, il sera tué deux riches.

Il a été décrété par l’union des partis que pour chaque personne du parti que la police tuera, il sera tué deux policier et membres de sa famille et du système, parce ce sont eux qui apportent la drogue et les armes

Le riche financie tandis que la police facilite.

Les hommes politiques volent des milliards, tuent en massed’un seul coup de stylo, et ensuite ils veulent que ceux-là même qui apportentles armes et la drogue au parti viennent dans la communauté pour tuer les innocents.

Les pauvres ne sont pas ceux qui enrichissent le trafic,ceux qui achètent la drogue sont tous des classe-moyenne et des riches.

(…)

Notre frère du PCC (primero comando da capital, faction de Sao Paolo) a dit que l’enemi porte un complet veston et une cravate

au nom de la paix et de l’amour et de toutes les favela,c’est l’heure de l’union, de la révolution

Puisque sans union ce n'est plus possible, allons tous ensemble

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