Que faire avec Ehud Olmert?

Déprime. Les interminables histoires de corruption liées à Olmert, le premier ministre israélien font la une de tous les journaux. Dans une émission satirique télévisée il y a deux semaines de cela, des comiques montraient des vieux extraits d’entretiens avec des hommes politiques. L’un d’eux montrait Bibi Nethanyaou qui disait en riant : Sharon premier ministre ? et pourquoi pas Olmert (hahaha…).

Olmert a bel et bien été nommé à la tête du gouvernement et du parti Kadima, après que l’accident de Sharon lui empêche d’assurer ses fonctions. Homme politique gris et sans intérêt apparent, Olmert était déjà précédé d’un parfum de scandale, ses frasques financières lui ayant déjà attiré les soupçons de beaucoup : favoritisme immobilier, tractations pas nettes… Moi je l’aimais bien, malgré que Nadav ait contre lui une méfiance installée depuis diverses affaires louches datant de sa période à la mairie de Jérusalem.

J’avais lu un article dans Haaretz d’un commentateur politique qui avait décidé que Olmert, par son côté gris justement, pouvait être celui qui amènera la paix au Moyen-Orient puisque, éloigné de considérations politiques plus vastes, il pourrait rassembler au-delà des frontières politiques pour un grand effort pacifiste. J’y ai cru, parce que, pratiquant le Moyen-Orient depuis peu, je n’ai pas encore l’habitude de lire des commentaires pareils avec distance et réserve. Et que l’idée semblait plausible… Non ? Au-delà des luttes partisanes, un homme politique auquel personne ne croit pourrait devenir un héraut de l’amitié entre les peuples.

En plus, au fil des mois, Olmert m’était devenu sympathique. Sa femme, une peintre de gauche très engagée pour la cause Palestinienne, sa fille, une lesbienne assumée chez qui Nadav avait été à l’occasion d’une rencontre avec des membres Arabes du parti communiste israélien, son fils qui avait été l'un des premiers refuzniks, et puis son sourire permanent, sa passion pour le foot... Certes, son comportement durant la deuxième guerre du Liban mérite toutes les critiques. Mais à l’époque, la vraie tragédie c’était Amir Peretz, terriblement plus porteur d’espoir et autrement plus décevant.

Il y a deux semaines de cela, la femme de Olmert a été l’objet d’un article de fond dans le Haaretz du week-end. Peintre et sculptrice, elle aurait invité des multimilliardaires, des entrepreneurs et des hommes politiques (dont Condolezza Rice) a ses expositions. Beaucoup ont acheté ses tableaux… la question était posée s’il y avait lieu de croire qu’ils attendait des faveurs ou du favoritisme en échange de leur préférences artistiques. Aliza Olmert s’en défendait, et soulignait les grands dons qu’elle avait fait à diverses organisations pour la paix ou musées, certains de ces dons sous forme de tableaux. Dans le traditionnel repas du vendredi soir avec la famille de Nadav, les commentaires acerbes ont fusé sur les couples Olmert et leur train de vie dispendieux sous couvert de charité et de modestie. Mais tout le monde était s’accordait à dire que le couple aussi bien que l’homme politique était sympathique, affable, toujours gentil en société, se souvenant des noms de tout le monde, souriant…

C’est d’ailleurs ce que dit Talansky, le milliardaire israélien qui a donné sa déposition dans l’enquête contre Olmert. Talansky a raconté plusieurs heures durant comment Olmert lui demandait de l’argent pour financer ses campagnes aussi bien que ses vacances en Italie (25,000 dollars quand même) ou ses séjours dans des hôtels de luxe à New York. Talansky dit qu’il proposait des chèques qui étaient refusés : il fallait du liquide. Il parle d’une fois où il a été à pied jusqu’à la banque pour retirer dix mille dollars. Il raconte tout cela en pleurant, disant qu’il pensait vraiment qu’Olmert avait le charisme pour être l’artisan d’un nouvel Israël (lequel on ne sais pas trop, mais clairement Talansky est déçu...)

Jusqu’à il y a peu, j’étais persuadée que les attaques contre Olmert venaient tenter de déstabiliser ses efforts pacifistes. Apparemment, c’était l’effet voulu et je suis tombée dans le panneau du « spin », voir même du « double spin » (on suppose que vous allez penser cela alors on vous fait penser ceci, mais en fait c’est la première chose qui se passe vraiment). En bonne inexpérimentée des affaires politiques d’ici je pensais encore que les théories du complot étaient des équations simples.

La phrase « l’étendue du désengagement (de la bande de Gaza) dépend de l’étendue des enquêtes menées contre Sharon » que les journalistes se refilait pendant l’été 2005 semblerait se vérifier d’autant mieux dans le cas Olmert : plus on l’enquête, plus il veut faire la paix avec la Syrie.

En attendant, la paix semble loin, très loin. Et comme le disait Benvenisti dans un très très bel article paru dans Haaretz à l’occasion de la visite de Bush en Israël : qui sont ces trois types qui lèvent des sommes records dans le monde entier (A Annapolis, par exemple) pour une paix qu’ils ne serait pas même en mesure de faire passer à des électeurs qui ne croient plus en eux depuis longtemps ? Bush est décrié chez lui et de par le monde, Abu Mazen s’est vu forcé de céder la place au Hamas puisque aucunes des demandes qu’il a formulées à Israël n’ont étées prises en compte alors que les militants terroristes trouvent à qui parler puisqu’ils font peur… et Olmert est si corrompu que s’il n’a pas la décence de se retirer, il finira bien par être jeté dehors…

 

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