nid d'abeille

Il y a deux nuits de cela, je me suis fait piquer par une abeille. En plein milieu de la nuit. On l’a retrouvé, les pattes en l’air, mourante, sur le lit. Bizarre, non ? une abeille en pleine nuit. Une copine de passage, à qui je montre ma cuisse rouge, me dit que j’en ai de la chance : au moins je ne suis pas allergique, son père, lui, dès qu’il est piqué, il tombe dans les pommes.

Le lendemain soir, autour de la lampe du salon, des trucs volants non identifiés, se pressent devant la lumière. A y regarder de plus près, les signes sont inconstestables: ce ne sont pas des mouches, pas plus que des papillons de nuit. Ce sont des abeilles. Des grosses abeilles jaunes et noires, une vingtaine. On a un mouvement de panique, bien sûr. D’autant plus que quand on va dans la chambre à coucher, il y en a plein d’autres, celles-ci agglutinées autour de la lampe de chevet. Sans trop oser s’approcher, on regarde cette aberration de la nature : des abeilles en pleine nuit, incrustées chez nous.

On téléphone à la mairie, où le standardiste, goguenard, nous dit qu’il faudra rappeler demain, sont tous partis, y’a rien a faire. Demain, huit heures.

Bon. Et en attendant ? en attendant, plus qu’une chose à faire : descendre au supermarché et s’armer de ce qu’on y trouvera.

On demande conseil à la caisse. Marrant comment tout d’un coup, tout le monde se fait spécialiste en élimination d’abeilles. Tel gaz n’est pas mal, mais très toxique, faut bien ouvrir les fenêtres, et se couvrir la bouche. Tel autre, mouais… connais pas, mais à y regarder les composants il semble pas très convainquant. Cet autre ? Ecologique… mais faut se méfier de ces trucs bio, moi j’ai pas confiance, vous vouliez quelque chose de radical, non ? Alors il vous faut du chimique, du vrai… Le garde, à l’entrée, demande : vous voulez vraiment en finir avec ces choses ? (il fait un geste avec les deux mains pour dire pfff, plus rien). Oui, oui, on veut en finir… Je vais vous montrer de quoi faire une holocauste, il rigole.

Deux bouteilles de RAID en main, on retourne à l’appart. Elles sont toujours là. Nadav en pulvérise une, qui s’éloigne, ivre. Une autre qui tombe tout de suite. D’autres s’approchent, intéressées, et connaîtront le même sort. On garde les cadavres, histoires de pouvoir raconter notre bataille devant témoins.

C’est une nuit agitée. Je passe mon temps à vérifier que Nadav respire, on entend des bourdonnements imaginaires, on sort vérifier que les abeilles mortes le sont toujours. Huit heures du matin, on téléphone à la mairie.

Ah… ça va être compliqué. Voyez, on habite au dernier étage. Et la mairie ne s’occupe que de nids « à hauteur d’homme ». Sinon, il peut y avoir des accidents. Nadav insiste tant et si bien que, une heure après, deux hommes sont devant notre immeuble avec une bombonne de poison pour abeille. Mais ils refusent de monter. Trop haut, pas le droit, seulement les nids à hauteur d’homme, comprenez, y’a eu des accidents. Je dois avoir un regard fou parce que, quand je lui dis: « s’il te plaît monsieur », le gars monte, même s’il laisse son pote et sa bouteille de poison derrière lui.

On exhibe les cadavres. Il hausse les épaules : bizarre. Et, puis, il se fait tard. Il sort, non sans nous donner le numéro d’un ami qui s’occupe (de façon privée) des nids à plus de deux mètres (sont grands, les Israéliens). L’ami en question ne nous aidera pas plus : il nous conseille de trouver le nid, et nous promet que, si nous on le trouve, lui il l’éradiquera.

Nadav contemple l’idée de grimper sur le toit pour voir ce qui s’y trouve. Je lui rappelle que, selon les paroles du standardiste de la mairie : y’a eu des accidents.

La nuit approche et on considère de s’exiler chez les beaux-parents. Nadav téléphone à Eram, un ami botaniste. Des abeilles ? La nuit ? Il est curieux. Il nous demande de regarder les cadavres, de compter les ailes. Quatre ? Il est très intéressé. La couleur ? jaune et noire ? De plus en plus intéressé, il nous demande s’il peut passer voir.

Il arrive une heure après, le soleil tombe et l’angoisse monte.

Il boit un verre d’eau, regarde les cadavres et rigole : c’est des mouches. Des mouches dernières générations, qui ont trouvé la parade contre les oiseaux qui les chassent… elles se déguisent en abeilles. C’est comme les terroristes qui se déguisent en femme, voyez ? Ha, ha, elles vous ont bien eu ! Il rigole, le bougre…

Et ma piqûre ? Une vulgaire araignée, sans plus. Peut-être même que sa cible première (à l’araignée) était la mouche, et que j’ai bougé au mauvais moment.

Il sort sur le balcon, nous montre l’arbre sous notre terrasse : là, c’est une abeille, une vraie. D’ailleurs, il se fait tard et elle va rentrer à la ruche. Là, et là et là aussi, c’est des mouches déguisées. Et elle n’ont pas le même nombres d’ailes. Pas de quoi s’inquiéter. Dans deux jours, la chaleur tombera et elles disparaîtront…

Elle est chouette votre rue. Voyez ces arbres, il nous montre les gros arbres plein de fleurs roses, et bien une de ces fleurs peut tuer une famille entière ! C’est un poison des plus mortels… D’ailleurs, il dit, il faudrait en faire bouffer aux mouches déguisées…

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