waiting for God.ard

A minute's silence - Bande a Part (AKA Band of Outsiders) © MisterSix
Le festival international de cinéma étudiant de Tel-Aviv a commencé hier sur les chapeaux de roues avec une fête d’ouverture sur la plage des Metziztim ou plage des voyeurs… Nadav et moi sommes venus rencontrer deux cinéastes français, Luca et Diego Governattori, des amis de Paris qui présentent leur très beau film au festival. Jean-Luc Godard, le seul l’unique, était censé d’être membre d’honneur du festival. Nous avions rencontré son agente il y a quelques mois de ça lors d’un mariage, et elle nous avait annoncé la nouvelle : JLG enfin en terre sainte ! Entretenant depuis des années un dialogue solitaire avec le plus grand des grands cinéastes, nous nous réjouissions, comme beaucoup, de pouvoir toucher des yeux l’objet de notre admiration. Une grande conférence était prévue à l’université.Shani, lorsqu’on lui a proposé d’être l’interprète du maître (j’étais là, je témoigne) est tombée à genoux, tenant son portable à la main comme un cierge. Ido avait prévu de le kidnapper, de l’asseoir devant un écran et de le forcer d’expliquer ses films devant une caméra sous la menace d’un pistolet à eau. Long débat avec des camarades d’école de cinéma : faut-il prévenir Godard (ou son agente d’ailleurs) du kidnapping en question, pour lui en expliquer le but artistique, ou l’y impliquer à son insu… ?Shani, en contact avec le producteur de Godard, me demande si je connais quelqu’un en Palestine qui parle le français, Godard voulant une traductrice/ un traducteur pour l’hébreu et un(e) autre pour l’arabe… je recommande Diala, qui travaille pour l’association Btselem. Tout d’un coup, c’est le département vidéo de Btselem qui est en émoi : si Godard vient en terre sainte, c’est dans les territoires qu’il doit aller… Ils envoient des mails, proposent de lui organiser un voyage à Hébron…Tout le pays bruisse des nouvelles de la visite. Les étudiants en cinéma sont sur le pont. Diala me téléphone pour me faire part de ses doutes : des artistes palestiniens ont demandé à Godard d’annuler sa visite, appelant au boycott du festival, dans le prolongement des boycotts culturels contre l’état d’Israël et ses institutions. Diala se demande si elle doit ou non participer à sa visite comme traductrice. Godard est déjà annoncé dans le programme, avec une petite photo et la précision qu’il vient au festival « en tant que personne privée et éternel étudiant en cinéma ».Voici un lien internet vers la lettre des artistes palestiniens appelant Godard à boycotter le festival : http://www.pacbi.org/letters_more.php?id=738_0_3_0_CSuspense… Viendra ? Viendra pas ? Le suspense n’a pas beaucoup duré… Godard a annulé sa visite, on l’a appris par un mail de son agente, attristée de la campagne de pression mise en place pour convaincre le cinéaste de ne pas visiter Israël. En allant retrouver Luca et Diego à la plage nous avons dû annoncer la décevante nouvelle aux amis israéliens présents à la fête d’ouverture du festival. Beaucoup haussent les épaules, habitués des désistements de dernières minutes. D’autres sont tristes, d’autres énervés… L’un rappelle le boycott du festival du film documentaire de Lussas qui, pendant la deuxième guerre du Liban avait décidé d’annuler un certain nombre de film documentaires israéliens pour les remplacer par des films palestiniens ou libanais. Ils avaient ainsi déprogrammé l’un des deux films de David Perlov (peut-être le plus important cinéaste israélien de documentaire), un film d’une cinéaste arabe, un film sur la prostitution à Tel-Aviv. Nadav rapporte que à Cannes, l’une des questions posées à Ari Folman, réalisateur du très beau « Valse avec Bachir » était : allez-vous demander l’asile politique ?On peut (et on doit !) dire beaucoup sur Israël, ce n’est pourtant pas un pays où les institutions culturelles peuvent être taxées de manque de critiques par rapport aux politiques du gouvernement. Régulièrement d’ailleurs, des hommes politiques font campagne pour que cela change, que des films comme « checkpoint » de Yoav Shamir, racontant le quotidien dans ces zones de non-droit d’un point de vue très critique, n’ai pas le droit de bénéficier de fonds publics. Peine perdue : même si elles connaissent des hauts et des bas, les institutions culturelles continuent de fonctionner comme des agents provocateurs à l’intérieur même des institutions…Mais il est évident que tous les moyens de pression possibles et imaginables doivent être exercés pour en finir avec l’occupation. Et que la venue, ou son annulation, d’une personnalité telle que Godard, est un moyen de pression. Je me suis chargée de lancer la nouvelle aux gens de Btselem… Diala était rassurée : elle n’a pas eu à prendre une décision compliquée. Les Israéliens de Btselem, fans de Godard, sont impressionnés de sa décision. Sauf un, qui est déçu de son héros… Lui pense que Godard aurait dû refuser depuis le début. Et que, puisqu’il avait accepté, faire quelque chose d’ici, une performance, un truc, un machin… Par exemple refuser de mettre les pieds en Israël, longer la ligne verte tel un funambule… en restant toujours du côté palestinien.En lien vidéo, une minute de silence...

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