Nasr Lakhsassi
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Billet de blog 7 déc. 2021

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On nous parle d'école et de crayons. Nous répondons par Écoles et Crayons

Beaucoup méconnaissent l’enseignement professionnel sous statut scolaire. Ils en sont encore à l’image d’Epinal de l’école où l’élève est assis devant son bureau, un crayon à la main. En cette semaine des Lycées professionnels, Philippe Lachamp, professeur de productique en EREA, nous fait partager sa passion et ses craintes pour son métier de Professeur de Lycée Professionnel.

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L'École, l’ensemble des lieux où sont dispensés les SAVOIRS. Savoirs, Savoirs-Être, Savoirs-Faire… afin de construire l'individu de demain. Les Crayons ? Des morceaux de bois que l'on utilise pour écrire et apprendre mais aussi ceux qui servent à effacer, à corriger, à refaire car la vie n'est que la réussite de ses échecs et de ses erreurs. Les crayons ont évolué dans une société de plus en plus industrielle et commerciale, et ils sont aussi la main de l’homme, celle de l’outil dont il a besoin, celle du clavier qui se substitue aux crayons que nos parents et nos grands-parents avaient connu. Un ensemble de crayons pour l’ensemble de nos Écoles, notre école élémentaire, notre école primaire, notre école collège, notre école lycée professionnel, lycée général et technique, notre école universitaire !

Si la formation par apprentissage peut être une solution pour certains, nous le savons, que serait l'apprentissage sans l'École ? L'école de nos instits, ceux qui nous ont fait apprendre quelques bases essentielles sans lesquelles ces jeunes n'auraient même pas accès à l'apprentissage, la fameuse « voie royale » de ceux qui gouvernent, disons plutôt leur voie libérale ! Bien souvent celle de la main d’œuvre gratuite…

Certes, il arrive que des jeunes de LP restent assis dans nos cours théoriques. Certains s’ennuient, peut-être, mais il est indispensable de passer par cette étape pour leur permettre de réfléchir et de comprendre. Est-ce que cela justifie la succession de réformes pour discréditer et tuer nos lycées d’enseignement professionnel et la fermeture de centaines de sections de CAP et de Bac Pro parce qu'elles coûteraient trop cher ? Et cela justifie-t-il que l’éducation nationale se désengage de plus en plus de l’enseignement professionnel sous statut scolaire afin que le patronat devienne le seul responsable de la formation professionnelle de nos jeunes ? 

Pour quelles raisons l’Etat se désengage ainsi de sa vocation d’éduquer et de former notre jeunesse ? Sans nul doute pour faire des économies sur le service public et redistribuer l’argent ainsi gagné à la formation patronale privée. Il devient ensuite aisé d’accuser les enseignants de ne pas faire correctement leur travail, avec des crayons…

Pourtant ce sont ces enseignants qui portent l’école à bout de bras. Le patronat et le Medef  sont loin d’être en capacité de prendre tous les jeunes de nos lycées en apprentissage. Ils préfèrent d’ailleurs prendre les jeunes en Master dont la formation est plus rentable que des gamins de CAP ou de Bac Pro ! Heureusement que nous avons des profs de génie qui savent raccrocher et reconstruire ces jeunes bien souvent perdus, rejetés, dans nos formations de LP et d’EREA (Lycées d’enseignement professionnel adapté). Dans nos établissements, des milliers de projets fleurissent en impliquant les jeunes et en les valorisant, quel que soient les métiers. Le passage par le concret et la manipulation y est permanent et essentiel. Ce ne sont que ces « crayons » si souvent critiqués !

Dans ce libéralisme le plus total, dans la privatisation de l’Éducation à tous les niveaux y compris dans les structures accompagnantes avec les jeunes les plus en difficultés, c'est seulement une histoire d'argent qui prévaut pour fermer ou transformer des structures afin de  favoriser l’apprentissage.

Alors oui. Même dans les structures préparant aux CAP, Bac Pro, nous FORMONS, parfois assis, souvent debout, parfois avec un vrai crayon en bois ou un outil. Mais nos élèves sont toujours en action. Oui je fais rêver des jeunes. Combien sont passionnés par la fabrication de près de 200 thèmes dans la formation que je propose ! Des jeunes qui arrivent avant l'heure, des jeunes qui au lieu d'aller en étude, viennent pour travailler sur les tours et les fraiseuses dans une soif d'apprendre. Des jeunes en situation de handicap qui ont toujours été passionnés, des jeunes que nous avons eu le mérite de sauver et de leur permettre d'être quelqu'un !

Mais les réformes sont passées par là et on nous a supprimé les machines…On ferme nos formations en LP et en EREA. Il faut s'adapter, essayer de rebondir, toujours dans la passion de transmettre et d'intégrer les jeunes, de les armer au monde du travail. C’est notre métier : proposer une formation qui respecte l’élève et lui permette de s’épanouir. Même avec des boulets aux pieds, on continue !!

Oui, aujourd'hui, des jeunes me demandent de rester une heure de plus, en expliquant que "trier les graines ça me calme" ! Je les regarde, je les accompagne. Apprendre et faire véhiculer tout ce dont les jeunes auront besoin est une nécessité. Pour parler de tout cela, il faut connaitre son métier. Pour bien enseigner, il faut être bien formé. Alors, avant de critiquer ou de juger comme certains politiques, sans forcément avoir visité nos ateliers, il faut se renseigner et partager. Avant de détruire nos LP et EREA, nos responsables devraient réfléchir aux conséquences de leur politique. Ils devraient tout simplement respecter nos élèves qui veulent réussir.  

Nos jeunes sont le plus souvent heureux, heureux de faire, heureux d'être utile, heureux d'apprendre et fiers de dire qu'ils savent faire. L'École n'est-elle pas la construction de l'homme, de l’élève ? Nous essayons de les construire, parfois de les reconstruire car le système les a parfois détruits par ses réformes successives. Nous nous battons toujours et encore pour les former et les construire avec le peu d'heures qui nous restent. 

Nous savons que beaucoup de jeunes et de parents nous remercient pour notre travail souvent méconnu. Mais n’est-ce pas là l'essentiel de notre mission ? Former un futur professionnel et permettre à chaque élève de devenir un citoyen responsable. N'est-ce pas là la mission de notre École et de nos Crayons ? Car celle de l’entreprise est de produire et de rentabiliser. Elle ne peut donc pas remplacer les LP et les EREA. L’élève ne peut être considéré comme un produit, un objet, un numéro. Le jeune en formation doit rester un élève et ne doit pas être considéré comme un salarié. Redonnons aux LP, aux EREA, toutes leurs forces, toute leur vitalité et tout leur attrait pour une formation professionnelle méthodique et complète de l’Homme, du travailleur et du citoyen !  

Philippe Lachamp

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