Sauvons l'enseignement professionnel sous statut scolaire, suite

« Je ne supporte plus le manque de considérations des filières professionnelles [...] qui entraîne la faillite de la construction de l’élève pour affronter la vie active » ; « sauver la démocratie passe par le partage de savoirs communs, par la transmission de valeurs communes, par le fait que chacun peut envisager son avenir en tant qu'être humain ayant des talents à mettre à contribution de l'autre ».

La pétition que nous avons impulsée le 2 septembre sur la sauvegarde de l’enseignement professionnel sous statut scolaire connaît un franc succès. Avec plus de 13000 signatures en 6 jours, nous pouvons dire que cette initiative était attendue avec impatience. Élèves et anciens élèves, parents, inspecteur et chefs d’établissement, enseignants du public et du privé, citoyens soucieux du service public de l’éducation nationale, très nombreux sont ceux qui nous ont laissé un commentaire fort motivant pour la suite à donner à cette pétition.

Aujourd’hui, nous relayons le contenu d’un bon nombre de commentaires. Ce relevé ne peut être exhaustif mais il reprend l’essentiel des idées fortes exprimées.

Le plus frappant dans ces commentaires est la ligne directrice : « Contre la privatisation des services publics et surtout celui de l’éducation. » Et dans ce contexte : « Pour sauver l’enseignement professionnel sous statut scolaire. » Cette dernière idée pourrait paraître simple voire simpliste puisque c’est le titre de la pétition mais elle fait un bien fou quand elle est reproduite des centaines de fois dans l’océan de silence politique et médiatique sur ce sujet d’éducation !

Anciens élèves de LP et d’EREA :

« J'ai bénéficié moi-même de ce cursus de formation professionnelle que je recommande »

«  Pour sauver les lycées professionnels dont je suis issue et où j'ai appris un métier...»

 « Ancien élève de B.E.P. au CET de…, j'ai apprécié cette formation plurielle qui m'a permis de continuer en Bac F3, de découvrir un métier: ascensoriste puis de reprendre des études Instituteur spécialisé et professeur des écoles...»

« Je suis une ancienne élève d’EREA et j'estime que ces établissements ne devraient pas fermer ; ça sert à beaucoup d'enfants en difficulté et c'est important pour eux de suivre un enseignement scolaire adapté ; c'est déjà assez difficile de trouver des établissements scolaires adaptés alors si on ferme les seuls qu'il y a…»

« Ayant suivi un parcours d'enseignement professionnel, je suis écœuré de voir que notre gouvernement a délaissé ces branches. Il n'y a plus assez de professionnels de métier d'artisans ou manuels. Que ceci arrête !! »

« Mes profs de l'enseignement professionnel l'avait prédit il y a 35 ans…»

Parents :

«  Pour le bien être de nos enfants. »

« L’éducation de mon fils en handicap en clis, en lycée d’enseignement professionnel adapté, nous a amené de l’espoir pour son avenir »

« Les familles sont pénalisées (et les jeunes aussi bien sûr) quand ils ne trouvent pas d'entreprises pour signer leur contrat lorsqu'ils se ''forment'' hors cursus scolaire »

« Mon fils a fréquenté l’EREA, tout le monde a fait du bon travail avec lui. Et parce qu’on a besoin d enseignement professionnel c’est très important pour nos jeunes »

« Ça va de soi...mon fils qui n'était pas du tout scolaire a pu passer un baccalauréat professionnel dans la vente. Il a très rapidement trouvé des emplois dans divers commerces et il se régale là-dedans alors que ce n'était pas gagné ! »

Inspecteur et chefs d’établissement :

« Ancienne proviseure de lycée techno et professionnel »

« Ancien directeur de SES et de SEGPA »

« Retraitée de l’enseignement et de l’inspection, j’ai vu les réussites étonnantes d’élèves que l’on pensait perdus, sauvés par des professeurs merveilleux et totalement engagés auprès des jeunes, mais j’ai vu aussi le démantèlement honteux de la voie pro ces dernières années…Instruire, éduquer, former, émanciper: tout le contraire de formater et soumettre aux besoins de l’Economie., sans offrir en même temps le bonheur d’accéder à la culture et aux connaissances générales. On a besoin de scientifiques, de techniciens qui soient aussi philosophes et artistes si on ne veut pas d’une société «  talibane ! ».

« Ancien proviseur de LP, j'ai pu apprécier la richesse humaine et les qualités professionnelles de ses enseignants ainsi que la réponse que pouvait apporter un tel enseignement à des élèves en souffrance voire déstructurés par un passage en collège (dont je fus également chef d'établissement).»

Enseignants :

« J'ai vu et entendu le ministre de l'éducation prêcher pour l'apprentissage comme si c'était la voix de l'excellence. C'était au ministère de l'économie et des finances. J'y étais avec mes élèves. C'était du mépris envers moi, mes collègues et notre profession. À chaque question posée, il répondait par l'apprentissage. On est sorti du ministère et la seule chose retenue c'était la voie de l'apprentissage. Il m'a écœurée. »

« Enseignant de Lettres/Histoire-géographie en lycée professionnel, j’ai vu depuis deux ans fondre les heures d’enseignement au profit d’heures de co-intervention inadaptées et insignifiantes pour nos élèves »

« Je suis enseignante en lycée professionnel. L’apprentissage est une solution pour quelques uns de nos élèves, très peu en réalité, en aucun cas le moyen idéal pour amener nos jeunes à devenir des adultes ouverts sur le monde qui les entoure. La vie ne se résume pas à un statut professionnel, nous éveillons nos élèves à être des individus bien dans leur tête et dans leur corps. Un chemin vers la personne en devenir. »

« L'enseignement Professionnel valorise d'autres aptitudes de l'élève que les savoirs académiques pour mieux y revenir plus tard, donne une polyvalence et indépendance par rapport aux entreprises, mais n'oublions pas non plus les Enseignements Technologiques de lycée qui peuvent être une continuité et une passerelle vers des études longues. Enseignements qui sont sacrifiés, réduits à leur plus simple expression, cela depuis des années !... »

« Je suis enseignant en lycée professionnel et si l’apprentissage peut être une solution exceptionnelle pour des métiers spécifiques ou des profils d’élèves particuliers, sa généralisation fermerait la porte à la possibilité de poursuite d’études, réduirait l’enseignement pro aux seuls gestes liés au métier, sans l’ouverture culturelle nécessaire au plein exercice de la citoyenneté et placerait l’apprenti en situation de subordination par rapport à son hypothétique employeur. »

« Je suis en LP privé et j’enseigne des matières générales. Je rejoins complètement ce propos : on destine nos élèves à être dociles voire serviles. Et ça accentue les inégalités sociales et donc les tensions »

« Je signe parce que je crois en l'éducation nationale, que j'aime mes élèves, et que j'ai envie que la France compte de bons professionnels dans ses entreprises. Chose impossible avec la réforme Macron/Blanquer. »

« Dans un LP, profs et élèves réfléchissent, parlent, s'intéressent mutuellement, apprennent...Les stages en entreprises très suivis par les personnels enseignants relient la formation scolaire aux milieux de travail. Les retours de stages retravaillés en classe sous les différents aspects des cours des programmes élargissent et vivifient l'étude des avenirs professionnels envisagés. La Philosophie n'est pas loin ! Bien sûr, il faut des heures, des moyens financiers et l'objectif d'un gouvernement qui serait à la hauteur ! »

« Je ne supporte plus le manque de considérations des filières professionnelles ainsi que la complexification des demandes des IEN et surtout la suppression de toute la partie professionnelle de la formation. Le tout entraîne la faillite de la construction de l’élève pour affronter la vie active. »

Citoyens soucieux de l’avenir de l’enseignement professionnel :

« L'enseignement professionnel sous statut scolaire est nécessaire pour affronter les défis du 21 siècle qui ne sont pas les priorités de l'enseignement patronal ! »

« Une société bien formée saura faire face aux défis du demain. Maintenir l'enseignement professionnel sous statut scolaire profitera à tous ! »

« Parce qu’il est urgent d’offrir aux élèves les plus fragiles un enseignement public de qualité qui leur permette d’acquérir de réelles compétences professionnelles et de devenir des citoyens éclairés. »

« La formation professionnelle publique doit être le pilier de l'enseignement technique qui peut permettre d'offrir un choix émancipateur à tous les jeunes en restant implantée dans chaque département au plus près de la population. »

« Il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées, il faut savoir les mettre en œuvre. Sauver le lycée pro c'est sauver l'intérêt général ».

« Sauver la démocratie passe par le partage de savoirs communs, par la transmission de valeurs communes, par le fait que chacun peut envisager son avenir en tant qu'être humain ayant des talents à mettre à contribution de l'autre. Le projet pour l'enseignement professionnel forme des humains rentables comme on le fait avec les animaux : pas rentable = jetable. Si c'est le projet politique de ceux qui sont élus, alors c'est non, nos jeunes méritent d'être considérés avant tout comme des être humains ayant des talents, des espoirs, des rêves : à nous de cultiver cela ! »

Conclusion :

Lancer une pétition pour sauver l’enseignement professionnel sous statut scolaire était et est donc  d’une impérieuse nécessité. Les témoignages recueillis sont d’une évidente force. Ils parlent d’éducation, de construction, d’émancipation, d’avenir, d’humanisme…ils parlent de la VIE ! Ils nous donnent la force de poursuivre notre engagement POUR SAUVER L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL SOUS STATUT SCOLAIRE. Nous reviendrons très rapidement vers Vous.

Continuez de signer et de faire signer massivement cet appel / pétition.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.