L’apprentissage contre l’enseignement professionnel scolaire public

L’enseignement professionnel public sous statut scolaire est à un tournant de son histoire. Nous sommes tout proches d’être confrontés à un basculement des priorités éducatives dans notre pays, en particulier en ce qui concerne l’éducation des jeunes issus des classes moyennes et populaires.

Ces deux modes de formation professionnelle coexistent depuis longtemps, mais les contenus du projet de loi présenté au Conseil des ministres le 27 avril 2018 et les déclarations du gouvernement visent essentiellement à disqualifier la voie professionnelle scolaire pour mieux servir les intérêts des organisations patronales dans leur volonté de faire main basse sur l’enseignement professionnel au sein de l’Ecole. Ainsi l’apprentissage est utilisé pour remettre en cause l’enseignement professionnel scolaire seul garant d’une formation professionnelle généraliste et émancipatrice. Beaucoup de points dans ce projet de loi expriment la volonté de favoriser l’apprentissage et de marginaliser l’EPP. Et n’en doutons pas, les déclarations du gouvernement se traduiront par des décrets, arrêtés et circulaires administratives qui iront tous dans le même sens. C’est grave.Dans la même semaine du 23 au 27 avril 2018, l’espace médiatique national a connu deux grandes campagnes de promotion de l’apprentissage. La première menée par la Ministre du travail et la deuxième, et comme par hasard, orchestrée par le Medef (voir les pages 2 et 3). Main dans la main et avec un arsenal législatif et des facilités financières et administratives, leur projet de destruction de l’EPP peut finir par atteindre ses objectifs. Ainsi les meilleurs profils d’élèves seront pris en apprentissage, et le lycée professionnel concentrera toujours plus des élèves en difficulté sociales, économiques et scolaires.

Et en plus ils ne se gênent plus pour étaler leur attitude méprisante :"… désormais le milliard et demi d'euros attribués aux régions pour financer les lycées pros ira "aux entreprises et aux jeunes". De Muriel Pénicaud lors de sa présentation de la loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel, le 23 avril 2018. Elle laisse ainsi sous-entendre que, d'une part, les lycées professionnels perçoivent réellement cette somme et, que d'autre part, l'argent dédié aux établissements ne bénéficient pas aux jeunes !!!!  Mais plantage de la ministre, puisque ce milliard et demi est la part régionale de l’actuelle taxe d’apprentissage ; elle est consacrée dans sa totalité à l’apprentissage !!!! Même plus la peine de faire des efforts pourvu que le bon peuple gobe et que « l’apprentissage, ça rapporte ! », comme disent certains !

Ces déclarations mensongères servent une fois encore à dévaloriser la voie professionnelle scolaire afin de promouvoir l'apprentissage à tout crin. Elles sont révélatrices d'un mépris intolérable pour les personnels qui s'investissent au quotidien pour faire réussir les 700 000 jeunes scolarisés dans le service public de la formation professionnelle.

Le secrétariat national du SNUEP a réagi vivement à ces déclarations erronées en publiant un communiqué de presse (Café pédagogique du 30 avril) et en protestant auprès du ministère de l’EN qui nous donne raison sans déclaration officielle de sa part. C’est de plus en plus insupportable !

Nasr Lakhsassi

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