Nasr Lakhsassi
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Billet de blog 29 mars 2020

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Une place en lycée professionnel comme un lit d’hôpital!

Avec la crise que nous traversons, les choix politiques, économiques et sociaux sont donc mis à nus. L’hôpital ne peut être géré comme une entreprise privée aux mains des seuls « beds managers ». Le lit d’hôpital n’est pas une marchandise mais le témoignage d’un édifice commun que des générations ont construit pierres après pierres. L’école fait aussi partie de ces biens publics fondamentaux!

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Une place en lycée professionnel comme un lit d’hôpital !

Pendant la crise que nous traversons, réflexions et analyses ne manquent pas. Elles pointent, preuves à l’appui, le manque cruel de moyens dans les hôpitaux à cause des orientations néo-libérales de nos différents gouvernements, qu’elles soient politiques, économiques et sociales.

Mais le secteur de la santé n’est pas le seul secteur concerné par la casse du service public et la toute-puissance du secteur privé au nom de la sacro-sainte rentabilité. D’autres secteurs sont particulièrement touchés comme la recherche, les transports, l’éducation…Dans ce dernier domaine, je veux prendre l’exemple des lycées professionnels.

Ils accueillent aujourd’hui 650000 élèves (733000 en 1990 !). Ils font partie de l’histoire de l’éducation nationale et ont permis à des millions d’élèves de s’insérer positivement dans la vie active. A leur création en tant que Collèges d’enseignement technique en 1959, leur priorité était de donner une formation méthodique et complète à l’Homme, au travailleur et au citoyen. D’où l’importance égale de l’enseignement pratique et de l’enseignement théorique qui était donné à leurs élèves pour qu’ils acquièrent des compétences, certes, mais aussi des SAVOIRS !

Néanmoins depuis plus de 10 ans, ces établissements sont en voie de déstructuration totale. Ce fut d’abord en 2009 « la rénovation de la voie professionnelle » avec le bac pro 3 ans et la diminution d’un quart de la formation scolaire pour des élèves sensiblement plus fragiles que ceux de la filière générale puis en 2018 « la réforme de la voie professionnelle » avec la réduction drastique d’heures d’enseignement en bac professionnel comme en classes de CAP (- 18 % d’heures en enseignement général pour les élèves de CAP) !

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que derrière les éléments de langage de « la rénovation » et de « la réforme » se cache une volonté politique affirmée de destruction de l’enseignement professionnel public. En effet, sous l’influence croissante du MEDEF et de sa branche du secteur de la métallurgie, l’UIMM, ce gouvernement a accordé la priorité de la formation professionnelle à l’apprentissage patronal. Certes, ce n’était pas une nouveauté puisque depuis plus de 20 ans, les gouvernements successifs n’avaient eu de cesse de relancer l’apprentissage mais là, ce sont les grands moyens qui ont été employés en donnant tous les pouvoirs aux branches professionnelles !

Avec la crise que nous traversons, les choix politiques, économiques et sociaux sont donc mis à nus. L’hôpital ne peut être géré comme une entreprise privée aux mains des seuls « beds managers ». Le lit d’hôpital n’est pas une marchandise mais le témoignage d’un édifice commun que des générations ont construit pierres après pierres. L’école fait aussi partie de ces biens publics fondamentaux !

Il faut donc que cesse cette politique néfaste pour l’avenir de notre pays qui considère qu’une place d’élève en lycée professionnel doit être traitée de la même manière qu’un lit d’hôpital ! C’est-à-dire sous le seul aspect de la rentabilité en mettant en avant le coût d’une place d’élève estimée autour de 11500 € ! Il n’est plus possible de ne gérer que des places vacantes au détriment des choix des élèves et des besoins de formation de la nation. D’ailleurs, la crise que nous traversons est là pour nous le rappeler : la formation en entreprises par l’apprentissage risque de connaître des lendemains fort difficiles car les employeurs auront d’autres soucis à gérer en urgence ! Mais si les lycées professionnels sont totalement déstructurés, que vont devenir ces milliers de jeunes en attente de formation professionnelle ?

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