Au secours ! Suis-je en sécurité ? Ai-je de l’importance ?

Ces deux questions hantent en permanence notre psyché. Et dans une société de prédation et de soumission comme celle dans laquelle nous vivons, elles restent la plupart du temps sans réponse satisfaisante. Ce questionnement sans résolution crée des souffrances inimaginables et des situations d’opposition inextricables. Et vous, vous sentez-vous en sécurité ? Pensez-vous avoir de l’importance ?

Amygdale, cerveau émotionnel et centre de la peur

L’amygdale, ou complexe amygdalien, est un noyau pair situé dans la région antéro-interne du lobe temporal au sein de l’uncus, en avant de l’hippocampe et sous le cortex péri-amygdalien. C’est une structure cérébrale essentielle au décodage des émotions, et en particulier des stimuli menaçant l’organisme. L’amygdale fonctionne comme une alarme qui permet au cerveau de se préparer à la sensation de peur ou de menace.

La sécurité – plus exactement les sécurités –, c’est bien son sujet de prédilection. Physique, psychique, émotionnelle… la sécurité en elle-même n’est pas un état précis, unique, permanent et réellement définissable. La sensation de sécurité est individuelle, et si elle regroupe quelques archétypes communs à chacune et à chacun (un toit, de la nourriture, de la protection, de l’affection…), la façon de la vivre et les niveaux de stress liés à son absence sont variés d’un individu à l’autre.

L’autre sujet de prédilection de l’amygdale, c’est l’importance de soi. Ici aussi, la façon de le vivre, les manques et les inquiétudes sont aussi nombreux qu’il y a d’individus. Au cœur, il y a le fait que mon importance qualifie ma raison d’être, ma contribution au monde, ma « valeur » au sens quasi existentiel du terme.

Dans les deux cas, sécurité et importance, l’idéal serait que cela se vive dans l’interdépendance et l’équivalence. L’idéal serait que ma sécurité n’empiète pas sur celle de l’autre (ou que son coût ne soit pas porté par l’autre) et que mon affirmation de moi ne se nourrisse pas de la disparition de l’autre. Sans quoi l’autre devient soit un obstacle, soit un danger à détruire, à soumettre ou un objet déshumanisé à tordre selon mes désirs, à utiliser sans limite.

État des lieux

Inutile de s’appesantir, l’état des lieux de notre capacité à vivre ensemble est effarant. Alors que le confinement nous faisait caresser le rêve d’un « monde d’après » aussi flou que doux, aussi imprécis que vital, à la sortie de notre privation plus ou moins volontaire de liberté, les peurs et les blessures « d’avant » resurgissent brûlées au gros sel d’une profonde et insupportable déception. Déception de constater que nous recommençons à nous opposer et à nous haïr. Déception de constater (pour celles et ceux qui y ont cru) que les applaudissements de 20 heures n’ont rien résolu. Déception de constater que la voix des invisibles, des exploité·e·s, des agressé·e·s qui fut parfois audible dans le silence des activités humaines suspendues est de nouveau couverte par le brouhaha de cette course folle vers l’écrasement du monde et la boue des paradigmes de prédation et de soumission .

« J’imagine qu’une des raisons pour lesquelles les gens s’accrochent à leur haine avec tellement d’obstination est qu’ils sentent qu’une fois la haine partie, ils devront affronter leurs souffrances. » James Baldwin

Prise en considération

Dans ces conditions, comment répondre à ces deux questions : « Suis-je en sécurité ? » « Ai-je de l’importance ? » Tous les indicateurs sont au rouge. Personne ne se sent en sécurité, l’autre et soi-même étant des sujets permanents d’effroi, tout le monde revendiquant une importance que rien ne qualifie clairement et à laquelle il ne semble donc possible d’accéder qu’en niant l’importance de l’autre. Bref, l’amygdale s’affole, et les systèmes nerveux (qu’ils soient organiques, politiques, moraux, spirituels, etc.) s’effondrent.

Nous avons toutes et tous besoin d’être pris en considération. C’est un élan vital qui stabilise les relations et qui permet la coopération et la survie du groupe. Cette prise en considération doit aussi nourrir l’équité, la justice et le respect. Si elle n’est pas présente dans la relation, la colère liée à une angoisse de perte d’intégrité (physique, émotionnelle, psychique) est telle que celle ou celui qui vit cette peur sera systématiquement dans le rejet de l’autre. Même lorsque le sujet abordé a du sens, même si, en lui-même, le sujet n’est pas polémique. À partir du moment où je ne me sens pas pris·e en considération (et, de fait, ma sécurité n’est pas garantie, et mon importance niée), ma principale stratégie sera de rejeter l’autre et ses propositions. La question étant à ce moment-là : « Quand je dis non, est-ce pour amorcer un dialogue visant à bonifier la proposition ou est-ce pour bloquer l’autre ? » Parce qu’il est alors question de survie.

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