Enfumage lexical - Terme 6 : gouvernement et hommes de pouvoir

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Ce que dit à demi-mot notre président : "j'ai été élu ce qui me donne le droit de faire ce que je veux jusqu'aux prochaines élections, que les décisions que je prenne vous plaisent ou pas". Presque il pourrait reporter la responsabilité sur le peuple en lui disant : "vous n'aviez qu'à pas faire l'erreur de m'élire. Na !"

C'est aussi absurde que de donner le droit à l'esclave de choisir son maître ou au condamné à mort de choisir son bourreau. Et c'est comme ça qu'on nous le vend, tout en cachant soigneusement qu'il existe des maîtres et des bourreaux et que justement ce sont eux qui tiennent les manettes. Et le pire c'est qu'on l'accepte. Pourquoi ?

Parce qu'on a abandonné la bataille des mots, de la sémantique. Et pourtant c'est essentiel dans la recherche de la vérité ou dans l'endoctrinement d'une population. Par exemple, dire qu'on a un gouvernement est de l'endoctrinement au même titre qu'employer des termes comme la croissance négative (ou même la croissance tout court d'ailleurs), ou de dénoncer la radicalisation des banlieues ou celle d'un mouvement social, ou d'affirmer qu'il n'y a pas assez d'argent pour verser une retraite décente à partir de 60 ans (et même avant), ou encore de parler de liberté de la presse quand elle est tenue par des milliardaires et ne vit que par la publicité (voir sur ce blog l'article Enfumage lexical - Terme 5 : la presse gratuite). A force de rabâcher ces termes à longueur d'années et d'antennes, tout le monde finit par admettre que ce sont des vérités.

La vérité serait de dire qu'on a des représentants. La différence est majeure en ce sens qu'intrinsèquement, le mot "gouvernement" signifie que ceux qui le composent ont la légitimité pour prendre toutes les décisions qu'ils veulent, y compris quand elles vont à l'encontre de l'intérêt général. Alors que des représentants appliquent des décisions venues du peuple... ou sont remplacés quand ils ne représentent plus l'intérêt général.

On doit donc avoir des représentants car, dans une démocratie, celui qui gouverne, c'est le peuple. Un pays démocratique ne peut pas avoir de gouvernement ni d'hommes de pouvoir. Ça n'a pas de sens. Il faut absolument refuser, nier, bannir ces termes. On devrait pourrait même aller jusqu'à sanctionner ceux qui les prononcent parce qu'ils incitent à la prise de pouvoir d'un groupe restreint sur tout un peuple, ce qui ne correspond ni à la définition du mot "Démocratie", ni à la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

En laissant dire et en employant ces termes, donc en donnant une légitimité à ces "gouvernants", nous, peuple, sommes dans l'illégalité, et même dans un crime contre l'Humanité puisque toutes les décisions prises depuis des décennies sont en train de détruire la planète et tout ce qui s'y trouve. Et en plus d'être des criminels on est des imbéciles car les victimes... c'est nous.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.