Fiche pratique 14 : les bonnes questions

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Avant d'essayer de résoudre un problème, il faut d'abord le comprendre. Quand on parle ici de résoudre, c'est résoudre complètement. Pas de mettre des rustines partout afin de se donner bonne conscience. C'est cette compréhension que ce blog tente d'apporter. Mais pour s'avancer vers les vraies bonnes solutions, c'est-à-dire vers les solutions qui résoudront définitivement le problème majeur, encore faut-il se poser les bonnes questions et leurs poser les bonnes réponses. L'objet de cet article est donc de poser quelques questions, de mettre des réponses en face et de voir ce qu'on peut tirer de tout ça.

La première question qu'on pourrait se poser est la suivante : pourquoi des entreprises (comme Monsanto par exemple) fabriquent-elles des produits qui détruisent la planète ? Pollution des sols, pollution des rivières, massacre des insectes, dégradation de la santé des êtres humains... Tout simplement pour répondre à un problème de course aux profits qui "oblige" les agriculteurs/éleveurs, dans ce monde financiarisé et mondialisé, à sur-produire. Alors tout ce beau monde pourrait se tourner vers des solutions tout aussi efficaces mais naturelles. Mais par des normes et des règlements accompagnés d'aides financières pour les faire respecter, les gouvernements ont interdit des pratiques qui étaient utilisées depuis de nombreuses années. Le recours à la chimie et aux produits toxiques est devenu indispensable. Tout ça dans le seul but de générer des flux financiers et des profits. Plutôt que le paysan produise lui-même les produits dont il a besoin notamment avec les déchets de sa production, on lui impose d'utiliser des produits nocifs. Pour faire gagner de l'argent aux multinationales, on produit de la merde. Voilà la justification.

La seconde question, c'est pourquoi des gens acceptent de travailler pour ces entreprises nocives ? Ben parce que la grande majorité d'entre eux n'ont pas le choix. Le chantage à l'emploi orchestré par un chômage de masse fait que les ouvriers, s'ils veulent pouvoir manger, sont bien obligés d'accepter n'importe quel emploi qu'on leur propose. C'est une question de vie ou de mort pour eux. Il y a fort à parier que si on demandait à tous ces ouvriers de ces multinationales pollueuses de travailler dans une entreprise saine pour le même salaire, ils le feraient.

Troisième question : pourquoi nous vend-on des produits alimentaires qui ruinent notre santé ? Tous contiennent ce qu'on appelle des colorants, des additifs alimentaires, du sel, des sucres ajoutés, superbe cocktail très efficace pour déclencher diverses maladies comme l'obésité, le diabète, le(s) cancer(s), les allergies... Tout ça parce qu'ils reviennent moins cher à produire que des produits naturels inoffensifs. Et parce qu'ils permettent aussi de masquer des goûts ou des aspects douteux, d'augmenter les délais de conservation, écueils qui pourraient freiner les ventes. Ainsi on vend davantage tout en produisant moins cher, donc on dégage davantage de bénéfices.

La quatrième question c'est pourquoi on joue avec notre santé en la faisant passer de l'intérêt général aux intérêts privés. On sait que le service public sera toujours plus efficace et moins cher que le privé (voir sur ce blog la Fiche pratique 2 : différences entre public et privé). Pourquoi alors prendre des décisions qui affaiblissent les infrastructures publiques de santé (exonérations de cotisations sociales, CSG...) ? Justement pour les mettre en difficulté et pouvoir ainsi pointer du doigt leur inefficacité. On se tourne alors vers le privé pour qui le seul objectif n'est pas la santé publique mais le profit.

Il existe des biens communs, universels, indispensables voire stratégiques comme la recherche, la fabrication et la distribution des médicaments, l'énergie (électricité, gaz), l'eau, les transports (ferroviaire, aérien avec la gestion des aéroports, routier avec notamment les autoroutes), les moyens de communication (téléphonie mais aussi Internet), les médias, ainsi que la monnaie, privatisée depuis 1973 au seul profit des banques. On peut tirer de là la cinquième question : pourquoi donc tous ces biens communs sont-ils bradés aux intérêts privés ? Là encore pour qu'une poignée de privilégiés (grands patrons, actionnaires mais aussi politiques et toutes les petites crapules qui les entourent) amasse des milliards de profits. Et on fait tout ceci en utilisant bien sûr la même méthode que pour la santé publique comme vu précédemment, c'est-à-dire qu'on coupe les vivres aux services publics, ce qui les met en difficulté et joue sur leur efficacité. Il devient alors facile de démontrer que les services publics sont défaillants et qu'il vaut mieux donner leurs missions aux intérêts privés. On peut trouver beaucoup de mots pour définir pareille attitude de la part de nos élus : malhonnêteté, machiavélisme, violence sociale, manipulation, mensonge, endoctrinement,  sarkozysme, hollandisme, macronisme...

Vous pourrez trouver plein d'autres questions comme celles qui précèdent et vous constaterez qu'elles auront toutes la même conclusion, conclusion que voici...

Conclusion : tout est une question d'argent pour le compte d'intérêts privés. Ni plus ni moins. Il n'y a pas d'autre raison que ça. La seule et unique raison qui fait que nous produisons aussi mal, que nous abandonnons tous nos biens collectifs, que nous détruisons la planète et l'humanité, c'est pour qu'une petite minorité gagne des milliards. La seule raison qu'il faut retenir pour détruire notre planète et tuer nos vies ce n'est pas pour lutter contre le chômage ou je ne sais quoi d'autre de futile. Non. C'est uniquement pour enrichir quelques privilégiés. Et qu'est-ce qui veut ça ? Le système capitaliste accompagné de la financiarisation de tout ce qui peut rapporter de l'argent. Pourtant ce système capitaliste n'a rien de naturel. C'est l'être humain qui l'a créé et qui en établi les règles. L'être humain peut donc parfaitement modifier ces règles pour qu'elles répondent à des objectifs au service du plus grand nombre.

Pour s'en sortir, il suffit juste d'arrêter de donner la possibilité à des gens de s'enrichir en faisant n'importe quoi. Et plus généralement, empêcher que des gens puissent s'enrichir car quand on est trop riche on a trop de pouvoir et on en fait n'importe quoi, quitte à aller au-delà de la folie. Un pays pauvre est d'abord un pays qui a des riches. Alors que faut-il mettre en place pour arrêter tout ça ? Ce sera l'objet des prochains articles...

 

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