Enfumage lexical - Terme 8 : nous vivons dans l'abondance

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Il est évident que nous sommes dans une société d'abondance. On n'a pas à se plaindre car nous avons de tout. Par exemple, quand on veut acheter un pull, on a des dizaines de modèles à notre disposition, chacun se déclinant en plusieurs couleurs ce qui multiplie encore les choix. Et ceci est vrai pour plein de produits : téléviseurs, téléphones portables, aspirateurs, voitures, etc, etc, etc... On peut même manger des tomates en plein hiver ! Bon elles n'ont pas de goût à cause des divers traitements qu'elles subissent pour lutter contre les maladies, les parasites et pour les aider à supporter le voyage. Mais l'essentiel n'est-il pas de pouvoir en manger quand notre caractère capricieux a décidé qu'on en voulait ?

Mais si on allume notre cerveau 2 minutes et qu'on réfléchisse un peu, on va finir par se poser cette question : a-t-on vraiment besoin de tout ça ? Les gens qui fabriquent ces multiples modèles qui finalement se ressemblent tous ne pourraient-ils pas être plus utiles à d'autres tâches ? Au final, ne manque-t-on pas de l'essentiel ? Et vu la qualité de tous ces produits, en fait, ne manque-t-on pas de tout ? Cette soi-disant abondance n'est-elle pas pré-fabriquée ?

Y'a-t-il assez de consultations médicales ? Auparavant chacun avait droit à une visite médicale par an en guise de prévention. Maintenant c'est une tous les deux ans... et encore. A-t-on assez de maternités ? De médecins généralistes ? D'ophtalmologues ? A-t-on assez d'enseignants ? A-t-on assez de producteurs agricoles qui font de la qualité ? Où sont nos industries ? Où en est la production manufacturière ? Et les artisans, peuvent-ils vivre décemment de leur métier ou sont-ils obligés de faire dans le bas de gamme ou l'industriel afin d'éviter de mettre la clé sous la porte ? Qu'en est-il des métiers de services du genre plombiers, menuisiers, peintres ? Et on pourrait trouver bien d'autres exemples.

Cela prouve que du travail à faire, il y en a plein. L’espace de production économique, dans un sens très large, n’est pas du tout saturé. Au contraire, nous manquons de tout ! Une somme colossale de travail est affectée à des activités nui­sibles ou inutiles, qui font barrage à des activités dont nous manquons, et c’est précisément cette profusion d’activités qui explique que, tout à la fois, nous avons l’impression trompeuse d’être dans un confort in­égalé alors que nous sommes, en réalité, privés de beaucoup de choses et notamment de l'essentiel.

Il faut absolument sortir de cet état de fait et pour en sortir, il faut prendre le pouvoir du travail aux dominants. C'est la première chose à faire.

Pour en savoir davantage sur la définition du travail, je vous renvoie à la Fiche pratique 3 : les producteurs de richesses de ce blog.

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