Se faire livrer ou ne pas se faire livrer? That is the question.

4ème semaine de confinement. Je viens de commander sur Amazon.Mode culpabilité enclenché.

Ah le confinement. On y est. Début mars quand je m'alarmais que les écoles soient ouvertes, je m'attendais certes à une catastrophe mais j'avoue que la réalité a fini par dépasser mes prévisions les plus pessimistes.

Personne ne sort. Enfin personne n'est censé sortir. Nuance.

Seuls les enseignes de première nécessité sont ouvertes. Bonheur de faire la queue pendant 3h devant le supermarché du coin où une centaine de personnes a eu la même idée que vous. 

Etre confiné pour au final m'exposer dans un supermarché, très peu pour moi. Autant aller claquer la bise à tout va.

Reste la solution du drive ou de la livraison à domicile. Problème: peu de personnel et une explosion de la demande. Décrocher un créneau horaire dans les 48h provoque en cette période de confinement autant d'émotions que d'avoir gagné 100€ à un jeu de grattage.

Mais même en ayant décroché le Graal, le choix est plus que limité. Les stocks sont plus faibles que dans les supermarchés et le choix des produits réduits à l'alimentaire et à l'hygiène.

4ème semaine de confinement: 4 semaines d'école à la maison avec des enfants scolarisés en maternelle et en élémentaire. Le stocks de feuilles, encre d'imprimante et peinture fond à vue d’œil. C'est que j'aimerais bien également bouquiner...

Mon mari travaille. Dilemme: aller au supermarché avec 2 enfants, faire la queue pour au final ne pas être certaine de me procurer ce dont j'ai besoin ou..... commander sur Amazon.

Malheur, j'ai prononcé le nom de l'enseigne du mal: AMAZON.

Finalement, j'ai fini par commander sur Amazon. Que celui qui n'a jamais pêché me lance la première pierre.

N'ayez crainte, les reproches et la culpabilisation je les entends d'avance  à travers mon écran: " tue les petits commerces", " maltraite leurs employés", "détruit la planète".

Oui,j'entends bien. C'est le cas également  d'Auchan, Carrefour, LVMH , l' Oréal  etc

Amazon est au final la partie bien visible et émergente de l'iceberg de notre économie et de ses travers. Car si Amazon a pu si bien prospérer, c'est grâce aux largesses de l'économie néo-libérale capitaliste.

On pointe du doigt le géant étranger qui ne paye pas ses impôts en France. Malheureusement , c'est loin d'être le seul.

 

Donc, oui, après 4 semaines de lutte intérieure ,à culpabiliser,  consciente que mon geste allait contraindre des personnes à travailler, j'ai fini par commander sur la plateforme. 

Pourtant j'ai lutté, repoussé l'échéance au maximum  en cette période de crise sanitaire. 

Entre temps, coups de téléphones à des amis et à la famille pour prendre de leurs nouvelles. Tiens donc, l'un deux est auto-entrepreneur livreur. Il travaille notamment pour Amazon.  Ce n est pas la panacée mais pour un jeune sans qualification,  cela reste bien mieux que le chômage, la vente de cannabis où le salaire de misère couplé à des conditions pas non plus topissimes en tant que salariés dans les autres services de livraison.

Son souhait: que l'Economie reprenne au plus vite. Car baisse de commandes= baisse de revenus pour lui ainsi que pour tous les livreurs auto-entrepreneurs.

Boycotter Amazon, c'est donc priver des auto-entrepreneurs de revenus. Mais pas seulement. C'est aussi boycotter des milliers de revendeurs car ne l'oublions pas, Amazon n'est ni plus ni moins qu'un service de livraison payé par les vendeurs eux-mêmes. Des places de marché à portée nationale vendues au plus offrant.

Outre les travailleurs en plateforme, des millions de travailleurs sont liés à l'activité du géant du e-commerce. On pourra s'interroger sur le fait qu'une telle puissance permette un "chantage à l'emploi". J'y reviendrai plus tard.

 

Pour le moment, revenons à ma commande : fournitures scolaires et...un livre.

Malheur à moi, les petits libraires vont me faire la gueule. Ou peut être pas.

Parce que moi, j' aurais bien aimé avoir un "petit libraire".

Sauf et bien qu en banlieue...y en a pas et non, il n y en a jamais eu. Le discours "ça tue les petits commerçants" n est vrai que dans les territoires où il y en a ou il y en a eu. Ce qui n est ni le cas dans les banlieues ou les zones rurales dans une grande majorité.

La livraison aux quatre coins de la France a permis de sortir de l'isolement de nombreux territoires. C'est une réalité. 

Si les conditions de travail sont largement à revoir notamment dans cette période de crise, c'est le cas dans de nombreuses entreprises. La force syndicale a le pouvoir de contraindre Amazon à la protection de ses salariés ce qui est loin d'être le cas dans une majorité d'entreprises et dans la fonction publique elle-même.

Bravo à eux. Faire respecter la sécurité des employés par l'employeur démontre une fois de plus la nécessité et l'utilité des syndicats en France.

Vous l'aurez compris, pour moi, ce n est pas Amazon, Carrefour ou autres le problème.

Le problème, c est notre modèle économique qui incite à tout sauf à bien traiter l être humain.

Est on bien traité à l hôpital? Dans les écoles?

Non, tout est détruit au profit de ce même système néo libéral ou l argent est au centre de tout.

Boycotter Amazon pourquoi pas; Mais dans cette même logique boycottons alors tout mastodonte commercial. Plus compliqué n'est ce pas?

La vérité est que nous sommes tous dépendants à des degrés divers de notre économie que ce soit dans ses effets bénéfiques ou ses travers.

Boycotter tous les oeufs élevés en batterie c'est facile, boycotter tous les hypermarchés, c'est une autre paire de manche.

Faire croire à une vision manichéenne est à mon humble avis simpliste et presque malhonnête. Tout comme la culpabilisation envers les consommateurs, souvent les plus fragiles.

Amazon ne fait que profiter des failles béantes largement connues de tous. Optimisation fiscale, absence de taxes, absence de programme écologique. Failles que l'Europe se garde bien de colmater. Elles permettent tout de même à des individus à être plus riches que des Etats.

Sans parler du "chantage à l'emploi"  : "Pas de lois restrictives sinon on fout le camp mettant au chômage par la même occasion des milliers de personnes".

Suis-je la seule à rêver pouvoir leur répondre: Chiche? Moi j'y crois.

OSONS. Votons des lois restrictives, allons chercher l'argent où il se trouve. Si cela ne plaît pas à Amazon ou autres, libre à eux de dégager. Toutes les structures sont sur place, d'autres entreprises qui accepterons de se plier aux règles se feront un plaisir de les récupérer. 

Quoi, moi utopiste? Peut être. Mais c'est le moment ou jamais.

 

 

 

 

 

 

 

 

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