La marche vers l'abîme

La macronite aigüe qui saisit nos élites de tous bords est-elle de nature à contenir la vague FN qui s'annonce ?

La dénonciation de l’UMPS est au cœur de ce qui suscite l’adhésion au Front national.  Ces quatre lettres sont devenues, dans la bouche de Marine Le Pen, le symbole même de tout ce qui pervertirait la politique, organiserait la duperie des citoyens à grande échelle, masquerait sous une fausse alternance la continuité d’un système qui ne profiterait qu’à une oligarchie, à des prétendues élites totalement coupées du peuple, qui, seules, bénéficieraient d’une mondialisation heureuse. C’est « grâce » à l’UMPS qu’elle peut proclamer que le Front national est le parti du peuple, des ouvriers, et plus largement de tous ceux que bafouerait le système. Et peu importe son programme, et peu importe qu’elle ait maille à partir avec la justice et soit ou non mise en examen, peu importe qu’elle danse ou non dans les bras de nazis à Vienne, le jour même de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz. Le sésame, le nom magique qui lui ouvre les cœurs et remplit les urnes, c’est UMPS.

Or, c’est pour contrer, disent-ils, le Front National, pour ne plus revivre un 21 avril, qu’accourent de toutes parts les élus de droite, de gauche, du milieu, vers un parti attrape-tout, des PS, des LR, des UDI, députés, sénateurs, des ministres peut-être, qui viennent valider de la pire manière qui soit, l’analyse de l’extrême droite.

Parlons d’abord du PS. On le savait depuis 2012, mais là, la chose est éclatante : le PS n’est ni de gauche, ni respectueux de la démocratie. Voilà un gouvernement et des parlementaires qui, depuis 5 ans, ont fait monter le FN en menant avec violence une politique contraire à la quasi-totalité des engagements  pris par leur candidat en 2012, et dont une grande partie se reconnaît davantage dans le programme ultra libéral de Macron que dans le programme du candidat vainqueur des primaires. Deux millions d’électeurs se déplacent et payent, dont presque 59% pour dire leur rejet de Valls et de la politique menée, choisir un projet plus de gauche et l’appareil du parti lâche le vainqueur parce qu’il se sent plus en cohérence avec le libéralisme « pragmatique »  de Macron ! Ayant bien intégré qu’une élection ne doit pas changer les choix politiques  (le non à la constitution européenne bafoué par le traité de Lisbonne d’ailleurs ratifié par le PS ; le vote des Grecs…), certains ayant d’ailleurs stipulé qu’ils se réservaient un droit de retrait si le vote aux primaires de la gauche ne leur plaisait pas, ils soutiennent publiquement ou encore en sous-main avant d’y aller au grand jour, le candidat dont le programme, fondé sur des recettes éculées piochées dans la boîte à outils du capitalisme anglo-saxon des années 80, consiste fondamentalement à faire exploser ce qu’il reste du  modèle social. 

Parlons ensuite de ceux des LR qui fuient un candidat qui se révèle aussi dangereux pour leur parti que Sarkozy dont les primaires avaient miraculeusement permis de se débarrasser. Ceux, nombreux, qui sont passés chez Macron se reconnaissent « naturellement » dans son programme - un candidat dont le ni droite ni gauche ne trompe pas la droite- et voient en lui peut être le sauveur du pays à la sauce qui leur convient, plus sûrement le moyen de retrouver le siège qui risque fort de leur échapper. On peut d’ailleurs se demander comment Macron pourra à la fois réduire le nombre de parlementaires, comme il l’annonce, et satisfaire les attentes de tous ceux qui l’ont rejoint.  

Il en est sûrement aussi qui se demandent comment rejoindre Fillon qu’ils viennent de lâcher. Bref  ces lâchages, ces allers et peut-être ces retours me semblent apporter une effrayante validation au FN.

 Cela d’abord, cela essentiellement, remplit les urnes de Marine Le Pen.

Cela nourrit aussi l’abstention tout comme l’aurait fait, selon moi, un rapprochement entre le Front de gauche et le PS, à la recherche d’une  synthèse entre Mélenchon et El Khomry.

Marine Le Pen n’a pas tort en dénonçant la collusion entre les partis traditionnels de l’alternance. Et ce qui se passe depuis deux mois en est hélas un éclatant témoignage. Mais pour paraphraser Fabius en son temps, elle apporte de mauvaises réponses, insupportables, effrayantes.

Mélenchon, le programme du Front de Gauche, constituent la seule réponse possible à la crise actuelle et à la marche à l’abîme dans laquelle elle nous précipite.

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