A tous nos amis de l'intérieur

Les ami(e)s de l'intérieur sont entré(e)s en résistance en 2016, et, en ce début d'année, leurs actes sont avant tout des messages d'espoir.

Le 17 décembre 2016 , Frédéric Encel a qualifié d’« ennemi de la nation » Edwy Plénel, Alain Badiou et Pascal Boniface sur (LCP) chaîne publique d’information de l’Assemblée nationale.

Le 24 décembre 2016, la réponse officielle de Marie-Eve Malouines, responsable de la chaîne parlementaire à la lettre d’Edwy Plénel, publiée dans Médiapart le 6 janvier,  a de quoi laisser sans voix.  « Ennemis de la nation » … Utiliser de tels termes, si sombrement connotés, sur la chaîne parlementaire, ce serait, selon elle, développer une thèse « qui se comprend, une pensée qui se précise » écrit-elle.

On frémit à l’idée de ce qui sortira de la bouche des journalistes de LCP et de leurs invités quand la thèse aura vraiment pris forme et la pensée se sera totalement précisée.

2016 fut une année angoissante et cette tolérance voire cet encouragement  de la chaîne parlementaire à l’égard de l’immonde y met  un point d’orgue très inquiétant.

C’est pourquoi il me semble nécessaire de remercier celles et ceux qui en ce début d’année nous adressent à travers leurs paroles et leurs actes des messages d’espoir, de démocratie, d’ouverture aux autres et  de courage.

Je voudrais d’abord  remercier Assa Traoré de ses vœux de fraternité si émouvants, empreints de tant d’empathie, de  force et de dignité. Je voudrais aussi remercier Médiapart qui l’a choisie pour témoigner et  redire ce que devraient être les vraies valeurs de la France et de la république, en rappelant que les mots liberté, égalité, fraternité ont un sens.

A sa famille et à Assa, l’Etat, la justice, la police dénient le droit de savoir comment est mort Adama,  le jour de ses 24 ans. Assa est entrée en résistance et ses vœux sont des vœux d’espoir contre le racisme, l’injustice, la domination et la violence. Là où la presse et la télévision nous parlent des  « quartiers », de dangerosité, de riverains excédés, elle décrit la solidarité, l’indignation partagée,  la fraternité. 

Je voudrais remercier aussi Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni et tous ceux, agriculteurs, infirmiers, médecins, qui aident des migrants en détresse face aux carences des autorités locales et nationales.

Comme on le sait, cette détresse est d’abord celle de mineurs isolés, de femmes et des personnes les plus fragiles. Mais les autorités ont la loi pour elles[i]et se réclament aussi du devoir de vigilance… pour ne pas secourir ces populations en danger.

« Qui peut dire que dans les centaines de migrants que M. Herrou se targue d’avoir fait passer ne se dissimule pas un futur terroriste ? a dit Éric Ciotti, président du conseil départemental !!!

Ici aussi, l’humanité, la solidarité, la morale sont du côté de la résistance aux institutions, des soutiens, des pétitions pour  défendre cette « vallée-refuge » à l’instar de « la montagne-refuge » qu’étaient devenues le Chambon –sur-Lignon et  des communes voisines pendant la guerre.

En 2004, Jacques Chirac, président de la République, prononça un discours où il rendait hommage à ceux qui avaient fait le « le choix de la tolérance, de la solidarité et de la fraternité »« villageois et paysans du Plateau, habitants du Chambon et des localités voisines »

Un musée au Chambon-sur –Lignon,  lieu de mémoire, a été ouvert en 2013, musée qui regroupe les traces de la désobéissance civile collective des habitants du plateau.

Certains penseront peut-être « ça y est ! Comment peut-on comparer ce qui ne peut être comparable ? C’est jeter le discrédit sur toute cette chronique etc. »

Certes, ce n’est pas comparable avec le contexte de la seconde guerre mondiale, avec  les lois de Vichy, avec la déportation, avec les camps de concentration.

Mais quand une chaîne publique de télévision, non seulement  accepte comme thèse recevable que des journalistes, des intellectuels puissent être qualifiés d’ennemis de la nation, mais bien plus, en assure la promotion en diffusant plusieurs fois à l’antenne les anathèmes de Frédéric Encel, n’est-ce pas reconnaître  implicitement  que nous sommes en quelque sorte en guerre civile ?

Quand l’accueil et la solidarité sont considérés comme de graves délits, si graves qu’ils sont passibles de prison, d’amendes lourdes, et qu’il est fait appel de la décision des juges si la sanction ne correspond pas à l’attente des autorités politiques, ne sommes-nous pas comme dans un contexte de guerre civile ?

Quand la police est intouchable, quand un homme de 24 ans meurt sans qu’il soit possible d’obtenir justice,  quand « les crises cardiaques » sont monnaie courante lors d’interpellations et que seule la police fait l’objet de la compassion des puissants[ii] Quand des migrants sont traités a priori comme des criminels et que sont commis à leur encontre des actes tels que ceux dénoncés par MSF,  sans que ceux qui sont chargés de les exécuter ne s’en exonèrent  en raison de leur caractère inhumain , comment qualifier le contexte dans lequel nous sommes depuis plusieurs années, exacerbé par l’état d’urgence ?  

Un député belge, invité de Médiapart, lors d’un live, a dit que la France n’était pas le pays des droits de l’homme, mais seulement celui de la déclaration des droits de l’homme. Rectification  qui montre qu’outre Escaut on ne se trompe pas sur ce qui se passe en France aujourd’hui.

On ne peut pas se contenter de commémorer à tout bout de champ, comme le font les politiques de tous bords. Les horreurs commises pendant la guerre ne peuvent pas servir de mètre-étalon pour justifier la banalisation, la tolérance, la défense de paroles et d’actes inacceptables contraires aux valeurs que la France prétend défendre de manière universelle.

 

 

 

 

 


[i] M. Ciotti affirme que « la loi de la République doit s’appliquer dans la vallée de la Roya » et demande que ce principal point de passage vers la France des migrants venus d’Italie n’évolue pas « vers une zone de non-droit gérée par des individus hors la loi aveuglés par l’idéologie de la mouvance d’extrême gauche ».

[ii] "Il faut arrêter ce sport national de mise en cause des policiers",  telle fut la réponse de Bruno Le Roux, ministre de l’intérieur, à l’interpellation de MSF : "Les policiers harcèlent les migrants en leur confisquant leurs couvertures, utilisant parfois des gaz lacrymogènes pour les disperser, allant jusqu'à leur interdire de s'asseoir dans la file d'attente du centre humanitaire de La Chapelle où ils attendent une place d'hébergement", a affirmé MSF. Par – 5° …»

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