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Billet de blog 12 juin 2011

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En réponse à Cyril Comte, président du Médef de la Martinique - Article parue dans le journal "France Antilles" du 10/06/2011

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Monsieur Cyril Comte, président du Medef Martinique a accordé le 30 mai 2011 une interview au journal « France-Antilles ». Il prétend poser la question du développement de l’emploi et relever au passage certains « paradoxes »…

L’industrie en Martinique

Le patron du Médef affirme que la résorption du chômage se fera par le développement des entreprises donc du secteur privé. Cette affirmation, qui avec le temps ressemble de plus en plus, dans nos îles, à une incantation, n’a évidemment rien d’original. D’autres avant lui, des puissants, ont tenu ce même langage et ce depuis des décennies voir des siècles dans les Antilles. Une référence à l’Histoire, à la nature même de la société coloniale, aurait du préalablement s’imposer.

Historiquement donc l’industrie ne se développe pas dans une colonie. Ce qu’a été pendant des siècles la Martinique. Celle-ci est destinée à produire des matières premières qui seront traitées par les industries installées en métropole. Dans ce schéma colonial, la création même d’industrie dans une dépendance de ladite métropole est interdite. Nous mettons en exergue l’industrie du sucre et du rhum dont le développement a d’ailleurs été toujours sévèrement contrôlé par la métropole.

Mais à ces gênantes allégations, Monsieur Cyril Comte répondrait certainement en nous disant que lui veut justement s’affranchir d’un tel schéma, de « ces vieilles conceptions » aujourd’hui dépassées, qui sont la grille d’analyses de gauchistes dépassés….

Bels pawols !

Car si l’on regarde les investissements qui sont faits dans nos îles, fort peu, aucun, et ce depuis la naissance de l’industrie elle-même, ne concerne des investissements dans le secteur industriel qu’il soit traditionnel ou qu’il concerne des techniques de pointe. Pourquoi les capitalistes comme Monsieur Comte investissent-ils la plupart dans le commerce ? Pourquoi constituent-ils un marché fermé, sans concurrence extérieure, qui leur permet par exemple de vendre des pièces détachées automobiles plus du double du prix vendus en métropole ?

A cela le dirigeant du Médef répond comme à l’habitude par « ces trop lourdes charges » qui grèveraient les budgets des entrepreneurs potentiels. Mais finalement on se demande aussi qui est aux commandes, aussi bien politiques et économiques. On peut affirmer néanmoins que la politique se met au service de l’économie c’est-à-dire au service du type d’entreprise capitaliste que défend Monsieur Comte. Et donc si c’était des charges qui empêcheraient lesdits investissements il y a belle lurette qu’elles auraient été allégées en conséquence selon le bon vouloir d’une certaine oligarchie

Et elles le sont dès que le patronat comprador, tousse un peu. Comme en avril 2009 par exemple, où dans le vent de la contestation populaire, le Conseil Régional avait abandonné dans de discrètes négociations, le prélèvement de la taxe d’octroi de mer pour un certains nombre d’articles importés.

La réalité c’est le choix qu’ont fait, depuis l’origine, patrons et hommes d’affaires : investir dans des activités commerciales qui tirent leurs profits des revenus des salariés et particulièrement de ceux du secteur public. Voilà le vrai schéma de cette fausse économie. Que ces revenus soient à la baisse, que l’économie mondiale soit en crise, ce sont des vérités que Monsieur Comte a bien entrevues. C’est sur les propositions et remèdes qu’il pourrait donc y avoir discussion.

Les revenus de la fonction publique… et ceux des autres.

Dans l’article, tout naturellement, le journaliste qui interroge Monsieur Comte en arrive donc à évoquer le rôle moteur de la fonction publique. Le fait que celle-ci n’offre plus d’emploi n’est-il pas un sujet d’inquiétude ? Normal qu’on en arrive toujours à ce nœud qui entre dans la composition de l’économie artificielle de l’ ancienne colonie sans industrie. A cela Monsieur Comte répond à travers une logique hexagonale, voire mondiale qui permet de se défausser des spécificités martiniquaises précédemment évoquées. Et parlant un peu plus loin du paradoxe qui fait que l’on demande l’impossible sans donner ou sans se soucier des moyens ni de la société dans laquelle on est, il s’approprie et répète néanmoins cette vision chimérique : productions, offre et demande, s’intégreraient naturellement dans un cercle vertueux où tout le monde y trouverait son profit, surtout les entrepreneurs comme Cyril Comte . Un monde rêvé de l’ultra libéralisme où les fonctionnaires seraient hors des circuits de l’économie réelle. Un monde qui n’existe pas, que l’on ne veut pas voir exister dans « les colonies », qui de toutes façons à l’échelle mondiale est en pleine crise…et n’existe déjà plus !

Les salaires n’ont jamais été aussi bas. Un(e) employé(e) qualifiée de supermarché gagne couramment moins de 1000 euros par mois. La grève chez Mr Bricolage en novembre dernier a permis aux employés de montrer leurs fiches de paie avec des salaires ne permettant pas de vivre décemment. Les grandes surfaces ouvrent toujours même si certaines font faillite.

Mais Monsieur Comte, quoiqu’il en dise, prétend lui aussi faire courir des 100 mètres victorieux à des personnes sous payés, partant déjà avec un boulet au pied.

On oublie que c’est aussi toute l’économie et le libéralisme qui sont en crise. De toutes façons il y a moins d’emplois dans le secteur public, nous dit-on. Ce serait normal du fait de « l’importance de la dette publique ». Rappelons au passage que cette dette publique est tout simplement alourdie car héritière de dettes privées, de celles des banques. Mais cette digression nous éloignerait de notre petite Martinique….

Sur quel marché compte t-on pour « amorcer la pompe » ? Sur les revenus de ces employés sous payés ? Sur les fonctionnaires de moins en moins nombreux (…et de moins en moins bien payés !) ? Sur les quelques riches qui échangeraient entre eux comme au XIXe siècle ?

Alors c’est vrai que devant la faillite du système capitaliste, certains envisagent sérieusement l’utopie, le passage derrière le miroir, une autogestion libertaire qui mettrait fin à la simple recherche du profit. Mais cela n’est-il pas finalement dans la nature même du syndicalisme, dans l’essence même de l’Homme que cette recherche de solutions vers un mieux-être ?

La proposition de dialogue de Monsieur Cyril Comte

Monsieur Comte fait montre d’idées et d’initiatives. Mais tout d’abord il se désole d’une prétendue absence de dialogue de la part des syndicats. Ceux-là seraient en effet trop politisés, contre la société, inaptes par conséquent à tout dialogue constructif,… tel que l’entend le président du Médef.

Car on ne peut s’empêcher de rappeler ici quelques vérités.

Depuis le mouvement social de février-mars 2009, et même avant, les représentants des salariés n’ont cessé de demander le dialogue. Ce n’est pas de leur fait si l’oligarchie martiniquaise refuse systématiquement toute rencontre, traitent les salariés avec une désinvolture digne d’un autre temps. Ainsi en a-t-il été pour ce qui est des pièces détachées automobiles où Monsieur Cyril Comte lui-même a tout fait pour éluder un véritable suivi dans les échanges. Si un véritable dialogue avait été dans la culture du grand patronat martiniquais, bien des grèves et des mouvements sociaux, auraient pu être éteints. Tout le monde sait cela. Mais de ce point de vue qui a finalement l’intelligence de la situation ?

Monsieur Comte a des propositions concernant l’emploi. Il se dit prêt à inviter les syndicats.

Eh bien nous irons à sa rencontre, l’écouter, faire des remarques, faire nous aussi des propositions.

Et nous rendront public lesdits échanges. Cela retardera t-il l’explosion sociale qui se prépare de par le monde, de l’Amérique du nord et du sud à la Grèce, à l’Espagne, à la France ?...

Zéphyr Armaguedon dit Nemo3637, le 2 juin 2011.

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