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Billet de blog 22 mai 2016

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Rapport de la réunion de la commission « Travail » de Nuit-Debout Tarbes du 20/05/201

Voici le compte-rendu d'une réunion de commission de Nuit Debout à Tarbes....

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DE NOS DESIRS A LA REALITE

La discussion a débuté par l’énoncé d’un désir de pouvoir choisir son travail en fonction de ses goûts, dans l’intérêt général de tous. Une réponse  a été de définir le travail comme s’inscrivant  dans une société où la recherche du profit est l’unique moteur. On ne peut espérer une activité choisie si celle-ci ne rapporte pas d’argent pour celui qui a commandé le travail. Celui qui propose le travail possède le capital, que ce soit un ensemble industriel, un service de maintenance ou d’encadrement, ou l’Etat lui-même. On peut toujours refuser le travail proposé mais c’est alors s’en remettre à des services sociaux qui vont inciter à « la recherche d’un emploi ». Ce qui veut dire que l’on doit accepter ce qui est proposé et non pas ce qui est désiré. Et bien sûr compte tenu de l’état actuel du marché de l’emploi, il est de plus en plus rare que l’emploi obtenu corresponde à nos désirs.

Dans les Hautes-Pyrénées les conditions de travail dans le secteur privé, particulièrement dans l’agro alimentaire, sont très dures. Et les relations employés-employeurs, malgré l’omni présence de la CGT,  rappellent celles de l’Ancien Régime, du temps où le servage n’était pas aboli.

Le même intervenant souligne qu’il est prêt à effectuer un travail en harmonie avec la nature (jardinage) s’intégrant dans une communauté, vivant en affinité, sans la recherche du profit. Il rappelle que le mot travail vient du latin « tripalium » qui est un instrument de torture. Deux autres intervenants rappellent que dans l’Antiquité le travail est avant tout dévolu aux esclaves. Pour les Romains tout lien correspondant à un travail et à un salaire, signifiait un lien de servitude.

C’est donc le salariat qui domine la relation entre le commanditaire, bourgeois, capitaliste, étatiste, et celui qui travaille. Cependant la pression correspondant à la crise qui touche le capitalisme mondial, oblige la classe dominante, celle qui dans son ensemble commande le travail, à chercher à diminuer toujours plus les coûts du travail, non seulement pour conserver les profits, mais pour les augmenter toujours plus sous peine de crise fatale de tout le système.

Le paradoxe flagrant réside dans le fait que plus le travailleur est efficace, plus le capital fixe augmente (machine, maintenance informatique…). Et plus ses revenus diminuent et plus il risque le licenciement. Le nombre de postes de travail diminue régulièrement alors que le potentiel de  production augmente, devient plus efficient. Ce même potentiel de production sert une minorité, et est parfois même détruit. Cela permet cependant d’entrevoir logiquement une alternative (voir plus loin).

Et c’est ainsi qu’est promu « le libre-entrepreneuriat », qui correspond à celui d’un travailleur indépendant dépouillé de tous les droits sociaux dont pouvait encore bénéficier le salarié traditionnel. Là encore c’est souvent contraint, faute de place sur le marché du travail pour un emploi correctement rémunéré, qui amène l’impétrant à se lancer dans « la libre entreprise ». Bonjour patron(ne) ! Il est toujours dépendant du marché c'est-à-dire de la solvabilité des acheteurs, et de ses fournisseurs aliénés au système capitaliste dominant. Il en résulte là encore une dépendance et des conditions de vie souvent plus difficiles encore que celle d’un salarié avec un maigre revenu. Mais bien sûr c’est le miroir aux alouettes de la réussite que l’on présente où se reflètent quelques rares cas mirobolants. Le « dégraissage » ainsi réalisé, voulu par les vrais décideurs capitalistes, correspond à une volonté de destruction des acquis sociaux (sécurité sociale, retraites…). Cette politique est appliquée dans  le monde entier et se heurtent bien sûr à une résistance plus ou moins affirmée.

L’ALTERNATIVE

Dans une société construite sur l’exploitation d’une classe par une autre, aux intérêts antagonistes, c’est celle qui travaille, qui produit concrètement, qui doit s’emparer des leviers de l’économie pour changer le rôle du travail. Celui-ci doit devenir non pas une source de profit pour certains, mais une activité permettant de satisfaire les vrais besoins. Et ici nous définissons ces vrais besoins en opposition à ceux qui sont artificiellement suscités par les capitalistes sans cesse à la recherche de nouveaux marchés à exploiter.

Une des alternatives jadis proposée est l’étatisation, baptisé « nationalisation », liée à une pérennisation et à une extension de services publics. Cette volonté de préserver l’intérêt général est légitime. Mais dans les faits, l’étatisation mène à la faillite dans la mesure où le capitalisme n’est pas vraiment remis en question, devenant  un capitalisme d’état. C’est ce paradigme qui correspond au fonctionnement des économies des pays de l’ex-bloc soviétique, faisant faillite en 1989.

C’est plutôt vers une socialisation des moyens de production, comme l’a précisé un intervenant lors de l’assemblée générale, qu’il faudrait s’orienter, allant vers un système de démocratie directe locale, fédérale…

Une planification du travail correspondant aux besoins réels des consommateurs pourrait se mettre naturellement en place grâce à l’informatique et internet, mettant en relation producteurs-production et consommateurs-consommation – ce sont les mêmes individus qui se retrouvent tour à tour dans chacun de ces secteurs.

Un intervenant rappelle que les syndicats ont eu longtemps dans leurs statuts cette volonté de reprise des outils de la production. Cette option a été délaissée par les syndicats qui, au seuil de la transformation sociale, s’en remettent aujourd’hui aux politiciens. Ceux-ci sont de plus en plus rejetés au regard d’une organisation basée sur la Démocratie Directe voulu et pratiquée par un nombre grandissant d’acteurs sociaux. C’était également la vision des premiers syndicalistes.

L’exemple concret d’une telle autogestion généralisée est celle de l’Espagne révolutionnaire où, de 1936 à 1939 des conseils de travailleurs – 9 millions de personnes - ont réorganisé la production, l’augmentant, tout en diminuant le temps de travail, changeant les rapports sociaux, mettant en avant le rôle des femmes, etc. Un des intervenants rappelle que l’échec des révolutionnaires espagnols (anarchistes, anarcho-syndicalistes, trotskystes, socialistes de gauche) vient du refus idéologique des anarchistes de prendre le pouvoir. Ce point serait bien sûr à discuter. Mais ce n’était pas le sujet premier de notre débat.

En France l’exemple autogestionnaire le plus connu est celui des Lip en 1973 soutenu par la CFDT d’alors mais critiqué par la CGT. En effet, faute d’une rupture globale de tout le système, les Lip étaient condamnés à s’intégrer dans l’économie de marché ce qui à terme signifiait la fin de toute utopie, de tout vrai changement.

Mais à Tarbes, face au démantèlement de l’industrie de l’armement, aux suppressions de postes, à la fermeture de ces entreprises, la seule réponse de la CGT se borna à réclamer le maintien de « notre industrie nationale » de l’armement. Au même moment l’industrie de l’armement italienne, en faillite, se transformait et les usines qui fabriquaient des tanks produisirent …des ustensiles de cuisine. Certes on ne peut se substituer aux capitalistes qui décident au mieux de leurs intérêts. Mais on peut toujours avancer le projet alternatif, l’exposer, même si l’on n’a pas la capacité de l’imposer.

Ce chapitre doit être encore creusé.

Il manque ici les nouvelles définitions du travail, son atomisation, les délocalisations, l’importance, la place des services…Ces sujets pourraient faire la suite des débats dans la commission.

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