L'union fait-elle toujours la force ? A propos de l'union d'ALet de la CGA

Deux groupes politiques libertaires, Alternative Libertaire et la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA) ont finalisé en juillet dernier leur union , devenant l'Union Communiste Libertaire.

C'est un fait notable car dans le milieu de l'anarchisme politique on est plus habitué à des scissions et dissidences, qu'à des unions en fanfare.

Hormis la Fédération Anarchiste qui représente la vision « synthèsiste » (1) de l'anarchisme , Alternative Libertaire est resté le seul groupe militant libertaire d'une relative importance. Son périodique « Alternative Libertaire », devenu l'organe de la nouvelle UCL, se trouve depuis un certain temps déjà, régulièrement en vente dans les kiosques. Les groupes, les militants d'AL, sans être très nombreux, étaient, sont déjà présents et actifs dans nombre de luttes. La ligne politique se veut unitaire au sein du mouvement ouvrier et syndical, avec, compte tenu du degré de combativité, une préférence pour la CGT et SUD. Cette attitude unitaire, « oecuménique », rappelle la stratégie trotskyste. AL restait en effet régulièrement mentionnée en signature de nombre d'actions dont les têtes de liste était la Ligue Communiste Révolutionnaire, puis le NPA.

L'activisme a souvent prévalu, avec un manque d'analyse. Il impliquait un suivisme où nombre de militants, par exemple, se retrouvaient fiers de jouer les « porteurs d'eau » de la CGT qui elle-même participa à l'enterrement du mouvement de grèves de 2010 (2).

AL est ainsi apparu longtemps comme un groupe gauchiste gentillet parmi d'autres. L'effondrement du gauchisme, et particulièrement du trotskysme, dont nombre de ses défenseurs ont rendu les armes (3) laisse aujourd'hui un créneau à la nouvelle UCL. Sous condition que des analyses conséquentes soient élaborées au vu des derniers mouvements sociaux. Ce qui pourrait déboucher naturellement sur des stratégies en réseaux bien comprises, facilement adoptables.

Quant la CGA, née d'une scission d'avec la Fédération Anarchiste (4), la décantation qui l'a affecté, a permis de voir partir les vieux « fondamentalistes » - encore une scission ! - se réfugiant dans une nouvelle « Organisation Anarchiste » ultra groupusculaire. La CGA apporte ce qu'il restait de plus dynamique en elle. Mais dans l'histoire il apparaît bien que c'est AL, par son expérience, qui reste la locomotive .

Il conviendrait d'approfondir certaines analyses comme par exemple celles concernant l'explication du rejet du keynésianisme, la nature de la crise qui affecte le système capitaliste, la place du travail, sa valeur, dans la société actuelle, la définition du prolétariat, l'affaiblissement de l'idéologie de la marchandise, la mort de l'environnement promise par le système, etc.

L'UCL devrait pouvoir compter sur certains penseurs alsaciens... .

Sans ce travail indispensable, l'union des deux groupes aboutira à une simple addition de deux faiblesses, allant des dérives de l'idéologie et du folklore, au petit groupe gauchiste aux slogans faciles..

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(1) Dans les années 1950 une grave scission affecta la Fédération Anarchiste qui se divisa en deux tendances : les « communistes libertaires », plus activistes, parfois électoralistes. Et les « synthèsistes » plus rassembleur, du végétarien à l'évolutionniste. C'est cette tendance qui finalement prévalut dans la FA...

 

(2) « Partie remise – Le mouvement social de l'automne 2010 » Ensemble d'articles publiés dans le journal « Alternative Libertaire ». Face à la faiblesse de la riposte syndicale, on justifie une politique d'entrisme (« les communistes libertaires dans la CGT ») « pour contrecarrer le réformisme confédéral dans les niveaux intermédiaires »(p.80).

 

(3) Affinités Révolutionnaires.  Nos étoiles rouges et noires.  Pour un solidarité entre marxistes et libertaires (Paris,  Fayard,  Mille et une nuits,  2014) . Dans ce petit ouvrage constructif, un constat apparaît clairement entre les lignes : l'écroulement du marxisme-léninisme face à l'anarchisme ....

 

(4) La CGA est née d'un désaccord quant aux élections présidentielles de 2002 où Le Pen se retrouvait en lice pour le 2e tour. La FA était favorable à un vote Chirac. Mais une partie des adhérents soutenaient l'abstentionnisme...et se séparaient en créant ledit CGA. Motif suffisant pour susciter un programme ?

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