Nestor Ferrer
Ours de contrefaçon
Abonné·e de Mediapart

7 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 janv. 2022

La saga du mépris : La commission #1

La commission parlementaire ou la fosse commune des bonnes idées.

Nestor Ferrer
Ours de contrefaçon
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voilà quelques jours que le projet de loi visant à lutter contre la précarité des accompagnants d’élèves en situation de handicap et des assistants d’éducation, rapporté par la socialiste Michèle Victory a été présenté et voté, à quelques amendements près. L’âge de la frustration et de la colère est terminé et le temps de l’analyse est arrivé. J’essaierai donc, comme Frodon amène l’anneau au Mordor, d’amener à vous la réflexion qui est la mienne dans une saga mais sans aucun Sam pour me soutenir.

Le passage par une commission, ici celle des affaires culturelles et de l’Éducation, est obligatoire pour une proposition de loi. Souvent ces propositions, particulièrement lorsqu’elles viennent de l’opposition, sont tordues, amputées voire vidées de toute substance. Ce travail qui nous concerne ne fait pas exception à la règle et le projet voté par l’Assemblée, en plus d’être à des années lumières de nos revendications est aussi bien loin des ambitions du premier texte proposé par la députée.

Ainsi un comparatif du texte initial et du texte proposé par la commission nous montre comment du quignon de pain sec qui était proposé, seules quelques miettes sont arrivées dans l’hémicycle. Que ce soit pour les AESH ou pour les AED, en plus du besoin de sortir de la précarité ce projet de loi était la possibilité de trouver un peu de reconnaissance vis-à-vis de nos métiers trop souvent inconsidérés.

Nous y trouvons, pour les deux professions, la suppression des alinéas relatifs à l’embauche en CDI dès le premier contrat avec des spécificités concernant le temps de travail et de préparation pour les AESH et la possibilité de 6 ans de CDD maximum pour les AED avec un calcul des précédents services effectués sans distinction des temps partiels ou complets. Les deux sont remplacés par un paragraphe chacun, bien moins ambitieux que ce qui était proposé initialement. Ils laissent place à une possibilité d’embauche en CDI après 3 ans pour les AESH et 6 ans pour les AED. Et la star de ces deux paragraphes, le César du mépris et de la non reconnaissance, c’est l’utilisation, magistrale, du verbe « pouvoir ». En effet, rien ne signifie que l’embauche est obligatoire après ces deux périodes d’essai pluriannuelles. Pire même, pour les AED cela laisse supposer qu’en cas d’arrivée au terme des 6 années en CDD, la reconduction des contrats ne se fasse tout simplement pas et que les AED n’obtenant pas de CDI se retrouvent sans emploi étant donné l’impossibilité de prolonger les CDD au-delà d’une période de 6 ans.

C’est ainsi qu’en un paragraphe nous passons d’une possible stabilité financière à un système identique voir encore plus inégalitaire qu’avant où l’avenir des contrats dépendront du bon vouloir de quelques Dasen ou chef.fe.s d’établissements. Encore une fois nous sommes ramenés à notre statut de personnel jetable et pourtant essentiel au bon fonctionnement de l’accompagnement des élèves, que ce soit de manière individuelle ou au travers de la vie scolaire. Mais tout ne s’arrête pas là, quitte à cracher sur un métier autant le traîner aussi dans la boue si on en a l'occasion. La seconde chose qui est supprimée concerne les primes REP et REP+ pour les AESH comme les AED. Cette fois, pas de remplacement du texte, juste une suppression. Quel est le message alors pour toutes et tous les collègues en poste dans ces établissements ? Vous ne subissez pas les mêmes difficultés que les autres personnels ? Vous ne faites pas vraiment partie des équipes ? Vous n’avez pas un vrai métier alors pourquoi vous donner des primes ?

Enfin il y a une dernière chose de supprimé par la commission qui concerne les AED. Il s’agit d’un taux d’encadrement minimal des élèves par les AED proportionnel au nombre d’élèves dans l’établissement. Même si la proposition n’établit pas de chiffre l’idée n’est pas mauvaise ! C’est une chose qui est déjà pratiquée dans l’animation (encore un métier précaire et dont la reconnaissance est aussi très proche du néant) et qui permettrait de sortir du sous effectif constant de nos équipes et d’arriver à participer à l’éducation et à la pédagogie dans les établissements de manière plus simple et plus sereine, en bref de se donner les moyens de vraiment faire vivre cette vie scolaire. Et ce n’est pas la seule proposition digne d'intérêt qui est passée dans la commission. En regardant les amendements discutés en commission on peut voir par exemple la proposition de Béatrice Descamps, d’un stage dans le cadre de la formation des AESH pour avoir une première expérience, mais cet amendement a été retiré. Ou encore l’allocation de moyens supplémentaires spécifiques pour les accompagnants d’enfants en situation de handicap, proposé par Matthieu Orphelin mais qui est tombée. Pareil pour la possibilité d’accéder à une validation d’acquis d’expérience permettant d’accéder aux masters de l’enseignement pour les AESH et les AED qui a été rejetée ou retirée.

En somme, c'est un immense gâchis qui témoigne du peu de sérieux que les membres de la commission des affaires culturelles et d’éducation accordent aux questions relatives à nos métiers. Un mépris que je n’imaginais pas, tant je pensais que nous étions simplement oublié.e.s des institutions. Mais ce qui a fini de me convaincre de ce manque de considération général se trouve dans les annexes du rapport de la commission où sont listé.e.s toutes les personnes auditionnées dans le cadre de ce projet de loi. On y retrouve syndicats et associations de parents d’élèves, représentants de directions générales liées aux ressources humaines ou à différentes branches de l’éducation et … une seule AESH, représentante du syndicat SUD-éducation. Aucun.e AED et une seule AESH ont été auditionnés dans le cadre de cette proposition de loi. Au-delà de la farce, c’est une véritable humiliation d’être ainsi inconsidéré. Autant s’arrêter de creuser dans la fosse septique de ces textes de commission, ce n’est pas au milieu des excréments institutionnels que poussent les fleurs de la reconnaissance.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser. 
par Romaric Godin
Journal
Électricité et gaz : les salaires mettent le secteur sous haute tension
Appel à la grève dans le secteur des industries électriques et gazières, le 2 juin prochain, pour réclamer des revalorisations de salaires indexées à l’inflation. Chez RTE, gestionnaire du réseau électrique français, un mouvement social dure depuis déjà depuis treize semaines.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Nouveau gouvernement : le débrief de Mediapart
Premier conseil des ministres du deuxième quinquennat Macron ce matin, marqué par l’affaire Damien Abad. Émission consacrée donc à notre nouveau gouvernement et à la campagne législative de ceux qui n’en font plus partie, comme Jean-Michel Blanquer, parachuté dans le Loiret.
par À l’air libre
Journal — Écologie
Planification écologique : le gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Déblanquérisons l'École Publique, avec ou sans Pap Ndiaye
Blanquer n'est plus ministre et est évincé du nouveau gouvernement. C'est déjà ça. Son successeur, M. Pap Ndiaye, serait un symbole d'ouverture, de méritocratie... C'est surtout la démonstration du cynisme macronien. L'école se relèvera par ses personnels, pas par ses hiérarques. Rappelons ce fait intangible : les ministres et la hiérarchie passent, les personnels restent.
par Julien Cristofoli
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN