Pedro Sanchez (PSOE) vient d’être chargé par le Roi de former un gouvernement. Mais avec qui puisque le PSOE (Parti socialiste) semble décidé à ne pas suivre les conseils du vieux renard Felipe Gonzalez qui verrait bien une coalition de toute la droite, PSOE compris puisque ce parti n’a plus rien de socialiste, plus rien d’un parti de gauche, comme d’ailleurs son voisin le PS de Valls et Hollande ?
En effet, la tambouille interne au PSOE se résume à une lutte au couteau entre celles et ceux qui veulent la peau du secrétaire général Pedro Sanchez (notamment ce monstre de politicienne aux dents de vampire Susana Diaz, déjà présidente d’Andalousie mais qui rêve depuis longtemps d’un destin national) et celles et ceux qui le soutiennent encore un peu.
Mais voici que Pedro Sanchez, après avoir été reçu par Felipe VI, se déclare prêt à « parler avec tout le monde » même avec Podemos qui pourtant, dit-il, a fait preuve d’arrogance à son égard, et bien sûr avec le PP de Rajoy également.
Arrogance de Podemos
Arrogance donc : il est vrai que Podemos subodorant l’inéluctable imbroglio frappe un grand coup le 24 janvier, coupant l’herbe sous tous les pieds en proposant un pacte au PSOE dans lequel il réclame non seulement la vice-présidence pour Pablo Iglesias mais encore un certain nombre de postes-clé, Intérieur (Errejón, pourquoi pas ?), Armées avec le général Julio Rodriguez (ancien chef d’état major de la Défense, récemment retraité) et pourquoi pas, tant qu’on y est, un ministère (à créer) des « plurinationalités » chargé de régler par référendum la question notamment de la Catalogne et qui serait attribué précisément à Xavi Domenech, le porte-parole de « En Comun Podem ». Sans oublier qu’il serait bon d’attribuer un ministère à Alberto Garzón de IU (Izquierda Unida, PC, écolos, etc. ) malgré son cuisant échec aux élections où il n’obtient qu’un siège de député.
Mais ce n’est pas tout car Podemos par la bouche de Iglesias met en avant un certain nombre de propositions : une réforme constitutionnelle soumise à référendum et un plan d’urgence sociale comportant des mesures à mettre en œuvre dans les cent premiers jours et concernant, par exemple, les expulsions des logements, les chômeurs ne bénéficiant d’aucune prestation (la moitié des chômeurs) et les victimes de la violence machiste. Ces mesures font d’ailleurs l’objet d’une proposition de loi dite « Ley 25 de emergencia social » déposée sur le bureau du Congrès le jour même de la rentrée parlementaire.
Tout cela n’a évidemment pas plu aux dirigeants du PSOE totalement pris de court et heurtés semble-t-il par le ton quelque peu péremptoire et peut-être même condescendant avec lequel ces propositions ont été formulées. Arrogance donc.
Pour couronner le tout alors que certains « barons » du Ps verraient d’un bon œil un pacte PSOE- Ciudadanos (droite modernisée), Iglesias vient de déclarer que le programme de Podemos étant incompatible avec celui de C’s il n’est pas question de participer à une telle coalition ni même de voter l’investiture à Pedro Sanchez dans le cas de figure PSOE-C’s.
Retour à l'indignation?
Dans ces conditions la perspective de nouvelles élections se dessine de plus en plus nettement alors que les affaires de corruption prennent une ampleur jusqu’ici inégalée (tous les élus du PP de la Communauté de Valence viennent d’être mis en examen pour blanchiment), que Ada Colau à Barcelone semble vouloir transformer sa plateforme « En Comun Podem » sinon en parti politique du moins en un mouvement quelque peu plus structuré, et que les militants et responsables de la tendance assembléiste et libertaire semblent vouloir donner de la voix face à cette « cuisine politicienne » peu ragoutante.
C’est ainsi que le 17 janvier dernier s’est tenu, à l’occasion des deux ans d’existence de Podemos, dans le cadre du « Teatro del Barrio » où avait eu lieu la première réunion publique, un colloque intitulé « De la indignación à los procesos constituyentes » (que l’on peut regarder ici, pardon pour les non-hispanophones).
On notera que tous les intervenants en appellent plus ou moins vigoureusement à l’intervention de la « base », des « círculos », de « la gente » et expriment une très perceptible défiance quant aux tractations politiques de celles et ceux «d’en haut». On notera particulièrement les deux interventions de Yayo Herrero, anthropologue, pédagogue, militante écologiste et féministe qui décrit minutieusement ce que, à son avis, doit être un processus constituant dans un espace limité entre le nécessaire bien-être de chacun(e) et la finitude de la planète, processus qui implique donc inéluctablement, sobriété et partage.
Ne vient-il pas alors immédiatement à l’esprit que devant cette incapacité des institutions politiques à résoudre leur propre crise c’est l’intervention indignée des femmes et des hommes de la rue, dans la rue et sur les places, comme ce fut le cas le 15 mai à la « Puerta del Sol » et ailleurs, qui une nouvelle fois est souhaitable ? Sans doute. Seulement, l’indignation active ne se décrète pas.