Podemos: El Che Monedero?

La nouvelle, en ce 1er Mai, fait la une de tous les médias du monde hispanique : Juan Carlos Monedero, fondateur avec Pablo Iglesias de Podemos, quitte la direction du parti.

Ici même, Ludovic Lamant nous conte en détail les tenants sinon les aboutissants (qui peut prédire ce qui va se passer maintenant ?) de ce geste, cette geste, spectaculaire.

Il est vrai qu’un véritable malaise s’est propagé à l’occasion de la révélation des ennuis fiscaux de Monedero alors même que l’administration fiscale n’a relevé aucune irrégularité et s’est donc abstenue de toute sanction, mais enfin le mal est fait, il n’y a pas de fumée sans feu, etc.

Il est sans doute vrai qu’il y avait des désaccords quant à la stratégie à observer entre Errejón et Monedero et que Iglesias a tranché en faveur du premier quoique… Il est peut-être même vrai que, comme le dit Iglesias, Monedero n’est pas « un homme de parti » et qu’il sera plus utile à la base qu’au sommet.

C’est en tout cas ce que semble penser Teresa Rodriguez, ex- députée européenne et leader de Podemos en Andalousie, et même Pablo Echenique, lui aussi ex-député européen et leader du parti en Aragon.

Pourtant on sent bien que tout cela n’est pas très convaincant et il convient alors de lire attentivement la lettre adressée ce 1er Mai par Monedero à «mi amigo Pablo Iglesas » car il apparaît immédiatement, mais peut-être seulement aux plus anciens d’entre nous, que ce texte sonne comme une musiquette déjà entendue il y a bien longtemps certes et sous d’autres cieux.

Ecoutons : « il s’agissait de transformer cette  indignation  sociale (celle du 15 mai 2011) en indignation politique… nous avions avec nous la puissance d’un type authentique portant « coleta » (queue de cheval) et dont la voix avait le timbre des gens d’en bas et qui avait surtout beaucoup d’idées. Quand Pablo me dît : « on se lance ? », je lui répondis : « avec toi Pablo, je me lance ».

Poursuivons : « aujourd’hui je quitte les responsabilités à la direction de Podemos avec une seule intention : impulser avec encore  plus de force ce projet ».

Je suis sûr que certain(e)s ont déjà reconnu le ton d’une autre lettre elle aussi adressée à « un type authentique ».

Puis encore : « Pablo est une partie superbe de ma biographie… en politique, je ne me suis jamais senti plus en sécurité que quand il était près de moi. Qui ne comprend pas cela, ne  comprendra pas pourquoi Pablo Iglesias a le mandat de gouverner ce pays… Je suis fier d’être ton ami. Merci pour tout ce que tu fais et pour la résistance que tu opposes  à tant de mensonges. »

Il ne restait plus qu’à conclure :

 Hasta la victotia siempre, Patria o muerte !

 Car on l’a deviné la lettre à laquelle je faisais allusion est celle adressée par Ernesto Che Guevara à Fidel Castro en 1965                      alors qu’il vient de quitter Cuba et son poste de ministre pour « d’autres terres du monde qui réclament le concours de mes modestes efforts ».

Et ce n’est pas par hasard, bien sûr. On sait maintenant  combien ces trois professeurs sont fascinés par les processus politiques d’Amérique Latine, fascinés par la personnalité de ces « caudillos », de Fidel à Correa  en passant par Chavez et Morales au point de théoriser le charisme et la  nécessité d’un personnage charismatique  autour  duquel se rassemblent et se mobilisent les gens (la gente) pour se constituer en peuple.

On sait en outre combien leur fascination pour le spectacle et la «communication » les a conduits à se saisir de Gramsci et de sa théorie de l’hégémonie culturelle pour faire irruption sur tous les écrans, sur toutes les ondes.

Et tout cela fonctionne à l’émotion comme le dit Monedero lui-même dans sa lettre (mais l’émotion ne dure qu’un temps…) et tout cela suscite des réactions, diverses, ces deux commentaires par exemple (Publico.es) à la suite de la lettre :

De Noelia :

« Merci professeur […]. Tu es notre comandante. Hasta la victoria siempre ! ».

Mais aussi de Francisco José Martinez :

Cher Juan Carlos, en toute amitié quelques observations. […] Par ailleurs, le chant au leader qui protège, le « avec toi je me lance » dénote une conception du leadership qui pour ceux qui n’avons jamais été ni péronistes ni même léninistes est particulièrement troublante.

Enfin, ce n’est pas Pablo Iglesias qui a le mandat de gouverner notre pays mais le peuple qui n’est pas seulement les gens (la gente) mais quelque chose de plus structuré idéologiquement et politiquement.

Ne semble-t-il pas alors que s’éclaire le sens de la lettre de Monedero à Iglesias d’une lueur quelque peu sinistre, celle du culte de la personnalité. Car par ce dithyrambe et par son « retour à la base » Monedero pose définitivement et de manière spectaculaire son ami en tant que « caudillo ».

 Ce faisant n’affirme-t-il pas, n’applique-t-il pas la stratégie qu’ensemble ils concoctèrent dans leur université : un « comandante », la gente, le spectacle, le pouvoir ?

Seulement comme dit fort justement Teresa Rodriguez : Podemos n’est pas une expérience universitaire.

Est-ce à dire que tout cela serait un montage spectaculaire donné au moment où les sondages sont médiocres ? Le proche avenir ne va pas tarder à nous le dire.

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