Permaculture au quotidien

Permaculture ! Qu’es aquó ? Comme l’on dit (disait) dans mon Quercy natal. J’en avais une vague idée, comme tout le monde, mais le livre de Louise Browaeys, « Permaculture au quotidien » (Terre vivante, 2018) précise bien les choses.

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Je l’ai rencontré (le livre) dans la salle d’attente de mon cabinet de kiné-ostéo préféré, avenue du Président Wilson à Montreuil. Je l’ai feuilleté puis je l’ai emprunté. J’ai bien aimé ceci, asséné en introduction : « Agir c’est connaître le repos », oxymoron dû à Fernando Pessoa dont l’ambiguïté ne demande qu’à être levée par la lecture des pages qui suivent :

 Que faire ? Par qui commencer ? Avec qui parler? Où atterrir ? Nous savons que nous allons au bout de l’impasse. Nous sommes nombreux à nous poser des questions sur la crise écologique (à la fois environnementale, sociale et mentale) et sur la transition que nous allons vivre. Nous désirons habiter une nature inspirante, féconde et à nouveau politisée. […] (p.8).

Et puis ceci relevé en picorant par-ci, par-là :

« On retrouve souvent cette phrase dans les zones en lutte comme la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. »

Et encore ceci pour répondre au qu’es aquó ?

La permaculture n’est pas seulement une autre façon de jardiner : c’est une autre façon de concevoir et d’agir sur le monde, un changement philosophique et matériel global.

Autrement dit quelque chose comme ce que le philologue et philosophe Pierre Hadot désigne par le mot « conversion » quand il explique que la conversion philosophique, c’est vivre la vie d’un homme « conscient de lui-même, rectifiant sans cesse sa pensée et son action, conscient de son appartenance à l’humanité et au monde ». Mais que cette tâche est constamment menacée par « les soucis, les nécessités, les banalités de la vie quotidienne qui nous empêchent d’accéder à cette vie consciente de toutes ses possibilités », une conscience qui peut être « écrasée par la misère et la souffrance ». La question vient alors, inéluctable : « comment unir harmonieusement la vie quotidienne et la conscience philosophique ? Ce ne peut être qu’une conquête fragile et toujours menacée ». (La philosophie comme éducation des adultes, préface de Arnold I. Davidson, p.8).

Mais tournant les pages de ce livre passionnant voici que je sourcille quelque peu lisant dans une des rubriques « éducation » que « ce sont aussi des principes proches des éducations alternatives du type Freinet ou Montessori ». J’aurais préféré qu’il soit dit « pédagogies actives plutôt que « éducations alternatives » et que ne soit pas fait un rapprochement trop hâtif entre Célestin Freinet et Maria Montessori. J’y reviendrai.

En attendant tournons les pages pour apprendre ce que sont les « trois éthiques » de la permaculture (p. 17) : prendre soin de la terre, prendre soin de l’humain, fixer les limites à la consommation et à la démographie et redistribuer les surplus.

Comment ne pas acquiescer à un tel programme ? Poursuivons donc notre lecture pour découvrir « les douze principes de la permaculture appliqués au quotidien » (d’après David Holmguen, cofondateur de la permaculture avec Bill Mollison), principes qui se déclinent à partir d’« observer et interagir » jusqu’à « face au changement être inventif » en passant par « ne pas produire de déchets ».

Mais voici que le paragraphe « éducation » inclus dans le premier principe attire l’attention de l’enseignant et militant pédagogique que je suis :

Maria Montessori a milité pour le mélange des âges dans les classes, idée renouvelée par Céline Alvarez. [..]. Je suis ici dans le cas d’avoir à préciser que les classes multi-niveaux ou multi-âges existaient bien avant Montessori et en outre que Céline Alvarez n’a rien renouvelé du tout. Elle n’a été qu’un phénomène médiatique éphémère mis en scène par J-.M. Blanquer (avec les moyens exceptionnels qu’aucun autre enseignant ne peut avoir) et le neuroscientifique et professeur au Collège de France Stanislas Dehaene dont les théories pédagogiques (notamment en apprentissage de la lecture) sont loin de faire l’unanimité même parmi ses collègues neurologues.

Maria Montessori, dont l’apport à la pédagogie active est indéniablement important et que résume cet apophtegme : « Aide-moi à faire tout seul » est une pédagogue parmi ces nombreux autres qui fondèrent le mouvement de l’Éducation nouvelle au début du 20e siècle et dont l’animateur principal, Adolphe Ferrière, résumait ainsi la philosophie :

Et sur les indications du diable, on créa l’école.

L’enfant aime la nature : on le parqua dans des salles closes.

L’enfant aime voir son activité servir à quelque chose : on fit en sorte qu’elle n’eût aucun but. […]

Il voudrait résonner : on le fit mémoriser.

Il voudrait c hercher la science : on la lui servit toute faite.

Il voudrait s’enthousiasmer : on inventa les punitions.

Ces quelques observations seront partagées, j’en suis sûr, par Sophie Rabhi-Bouquet, fondatrice de la « Ferme des enfants » et du Hameau des Buis. (p73).

On trouvera donc dans ce livre, sous les rubriques agriculture et jardinage, organisation, intelligence collective, vie pratique, développement personnel, etc. une foule d’invitations à changer sa vie, à changer la vie.

Enfin, puisque j’ai rencontré ce livre dans le cabinet que je fréquente, je ne peux que laisser le dernier mot à Grégoire Benoit, ostéopathe et kiné, interrogé sur le(s) rapport(s) entre permaculture et ostéopathie :

                                                                                                                                                                                           

gregoire
                                                                                                                                                                    « Avant tout, il m’apparaît important de relever un détail : la permaculture semble vouloir replacer l’élément vivant qu’est la terre au centre de sa philosophie et je travaille tous les jours avec des corps vivants, sous mes mains, qui répondent aux mêmes lois ! Les parallèles sont donc évidents » […]

Bref, c’est ce que l’on appelle «être entre de bonnes mains ».

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